Pas de permis, pas de boulot

Publié le 01/07/2019

Jean-François Samson de Pouqueville est l’un des premiers à avoir créé un Pôle mobilité en partenariat avec Pôle emploi. Reportage au Havre.

Il y a dix ans, Jean-François Samson de Pouqueville, aujourd’hui président de la Fédération des entreprises d’insertion de Normandie, fondait sa première société : une entreprise de nettoyage automobile sans eau, à partir de produits bio. Cette petite structure employait alors 30 personnes. Rapidement, il constate que procurer une activité économique pour aider les personnes éloignées de l’emploi à s’en sortir se révèle insuffisant. Les salariés doivent d’abord pouvoir se déplacer : « Pour développer leur employabilité, il fallait leur permettre de passer le permisB. Et là, j’ai compris que c’était à la fois une clé d’accès à l’emploi et un véritable parcours du combattant: le coût, la difficulté de l’examen, puis l’achat d’une voiture et l’entretien du véhicule, autant d’étapes que les personnes que nous accompagnons ne pouvaient pas franchir seules. »

Les agences d’intérim, même pour un emploi qui ne requiert pas l’usage d’une voiture, privilégient le candidat titulaire du permis de conduire. Le permis est même souvent le seul diplôme qui figure sur le CV des personnes peu qualifiées. « Sachant que ces personnes habitent généralement dans des quartiers excentrés et éloignés des zones d’emploi, les difficultés de mobilité ne constituent pas simplement un verrou parmi d’autres, mais bien l’un des principaux facteurs d’exclusion professionnelle. De plus, les emplois qu’on leur propose sont souvent à horaires atypiques, sur plusieurs sites (service à la personne) ou dans des zones d’activités éloignées des centres-villes et uniquement desservies par la route. »

Débloquer les freins 

En partenariat avec Pôle emploi, Jean-François a donc créé le Pôle mobilité du bassin d’emploi du Havre afin de proposer des « bilans de compétences en mobilité » dont l’objectif est de passer au tamis les besoins et les freins de chacun, « lesquels ne sont pas uniquement financiers », précise-t-il. Problèmes de vue, de mémoire, peur des transports en commun, difficultés à lire un plan, à se repérer dans l’agglomération. « Autant de mini-handicaps, souvent tus ou mal identifiés, que le bilan permet de révéler grâce à un formulaire de 120questions. » Selon les cas, le Pôle mobilité propose un large panel de solutions, comme monter un dossier afin de financer le permis

de conduire pour un jeune en partenariat avec la mission locale (300 euros de reste à charge pour lui au lieu de 2 000 euros de sa poche) ; demander un microcrédit pour l’achat d’une voiture remise à neuf au garage solidaire (chacun paie selon ses revenus) ; bénéficier de cours gratuits pour apprendre à vidanger son véhicule (300 euros d’économies). Mais il reste beaucoup à faire sur le chemin de la mobilité inclusive. « La lutte contre l’autosolisme [le fait de circuler seul dans son véhicule] passe aussi par la possibilité d’expérimenter. Mais pour passer de l’économie de l’avoir à une économie de partage de l’automobile, le vieux monde n’est pas prêt. Ni les assureurs ni les autorités organisatrices de la mobilité n’ont encore intégré ces nouveaux paradigmes », déplore Jean-François.

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© Emmanuelle Marchadour