Pacte du pouvoir de vivre : Une première étape réussie

Publié le 06/12/2019

• Quelque 700 militants syndicaux et associatifs étaient présents au lancement du tour de France du Pacte du pouvoir de vivre.
• Objectifs : décliner localement les 66 propositions du Pacte et impliquer les citoyens dans le débat.

« Nous sommes nombreux à penser qu’il faut un nouveau modèle de développement ! Ce besoin de transformation doit se faire entendre sur tout le territoire, dans les entreprises, les mairies, les régions. C’est l’objectif de ce tour de France », lançait le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, devant les 200 militants syndicaux et associatifs réunis à Bordeaux à l’occasion du lancement du Pacte du pouvoir de vivre. Des Charentes à la Creuse, du Limousin à la Dordogne ou depuis les Pyrénées-Atlantiques, ils étaient nombreux, le 27 novembre, à témoigner de leur détermination et de leur engagement.

Le Pacte du pouvoir de vivre et l’intelligence collective

     

Soixante-six propositions pour un projet de société

Le 5 mars dernier, 19 organisations issues de la société civile (syndicats, associations, mutuelles, mouvements d’éducation populaire…) lancent leur Pacte du pouvoir de vivre. L’objectif est double : répondre aux malaises qui se sont fait jour dans le pays dans les semaines précédentes et prendre en compte les enjeux sociaux, environnementaux et économiques sans avoir à faire un choix. Ensemble, ils sont parvenus, au fil des mois, à « instaurer un rapport de force face à un gouvernement qui peine à entendre et surtout à écouter la société civile organisée », estime Marylise Léon, la secrétaire générale adjointe de la CFDT. À la fin août, le Premier ministre a d’ailleurs reçu les initiateurs du Pacte, venus présenter huit mesures d’urgence parmi lesquelles l’interdiction de la location de logements indignes et de passoires thermiques, l’évaluation de la toute nouvelle loi sur les 10 % les plus pauvres ou la revalorisation des minima sociaux au même rythme que les revenus du travail. Sans répondre exhaustivement, le gouvernement propose alors un calendrier de travail associant ministres et partenaires du Pacte sur cinq grandes thématiques. Ce travail avec les ministères a d’ores et déjà commencé. « La CFDT est présente dans chacune d’elles et pilote celle sur les maisons France Services afin de peser sur les choix gouvernementaux, et d’aboutir à des engagements », poursuit Marylise Léon.

Mais le national ne fait pas tout. De nombreuses propositions sont déclinables localement et s’adressent aux élus et décideurs locaux. C’est dans cette optique que les signataires du Pacte ont décidé d’amplifier la dynamique en organisant le tour de France commencé le 27 novembre, et qui se poursuivra au moins jusqu’en février 2020. « Les élections municipales vont fournir une bonne occasion aux organisations du Pacte de se faire entendre auprès des candidats et d’agir à plusieurs pour mettre en application les mesures que nous prônons collégialement », rappelait la CFDT dans son intervention à Liévin.

     

« Nous avons besoin de cette intelligence collective, de croiser nos regards, d’avoir une réflexion globale. Il est utile pour nous tous de travailler avec des gens compétents dans le domaine de la fiscalité, sur le droit au travail, sur l’environnement », ont expliqué, chacun avec ses mots, les représentants des organisations membres. Eux qui alertent les pouvoirs publics depuis des années sur la montée des inégalités, l’augmentation de la précarité, les dangers de l’injustice sociale ou l’urgence climatique veulent aujourd’hui peser dans le débat avec des propositions concrètes. « Le Pacte permet de mobiliser les forces et savoir-faire de chacune des organisations pour peser sur les politiques publiques ! Chacun avec ses spécificités. La culture de la négociation des uns ou celle du plaidoyer des autres. Cette diversité est une force, résume Samuel Leré, de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme, avant d’insister sur l’ampleur de la dynamique. Nous sommes plusieurs millions de militants, de membres, d’adhérents, de bénévoles ou de donateurs à pouvoir agir du national au niveau local ! » « Pour cela, nous devons multiplier les actions dans les villes et les villages, sur des sujets clairement identifiés comme sur les mobilités, plaide Laurent Berger. Agir localement permet d’entraîner les citoyens et de les impliquer dans l’amélioration du quotidien. » Un échelon que les membres régionaux du Pacte entendent bien investir. « Nous allons monter des projets, mettre en place des groupes de travail sur des thématiques identifiées, territoire par territoire », développe Olivier Chabot, secrétaire régional de la CFDT de Nouvelle-Aquitaine et membre du comité de pilotage à l’échelon régional. Un travail sera aussi mené en lien avec les unions départementales.

Redonner du pouvoir aux plus fragiles, aux plus modestes

Il faut dire que les sujets ne manquent pas. « Nous portons une vision de société dans laquelle les personnes ont le pouvoir de décider et d’agir sur tous les aspects de leur vie, du contenu de leur assiette à leur temps libre jusqu’à l’endroit où ils veulent habiter ! », précise à son tour la présidente du Secours catholique, Véronique Fayet. Car agir en faveur de la rénovation des logements, ce n’est seulement réduire la consommation d’énergie, c’est aussi agir sur la santé et qualité de vie de ses habitants. « Ensemble, nous voulons et pouvons changer la société et rendre le pouvoir aux plus modestes, aux plus fragiles et de redonner aux personnes accès à leurs droits. » À Bordeaux, les membres du Pacte ont montré qu’ils étaient prêts à passer aux actes.

Cette dynamique, on la retrouve 500 kilomètres plus au nord à Liévin, où la CFDT des Hauts-de-France organisait, elle aussi, sa première étape du tour de France du Pacte. « Il faut maintenant passer du Pacte du pouvoir de vivre au pacte du pouvoir d’agir. Je vous invite à tout faire pour garder le maillot jaune », a lancé, un brin métaphorique, le secrétaire national Yvan Ricordeau aux 500 militants syndicaux et associatifs réunis le même jour. À ses côtés, des visages connus portant des problématiques communes. « En dix ans, la France compte un million de pauvres en plus ! Le contexte est explosif. Jusqu’ici, chacun travaillait dans son coin ; le Pacte permet de sortir du cloisonnement qui n’est pas à la hauteur des crises auxquelles nous faisons face », rappelait Christophe Robert, le délégué général de la Fondation Abbé Pierre.

Ces crises, elles sont aussi d’ordre climatique et appellent tout autant à l’urgence, a rappelé de son côté la directrice générale d’Oxfam France, Cécile Duflot. « Concernant le dérèglement climatique, nous devons faire un choix : accepter la catastrophe ou limiter les dégâts. Le Pacte, c’est l’occasion pour des gens différents de travailler, d’avancer ensemble et de se renforcer. Les victoires des autres [partenaires du Pacte] deviennent nos victoires. Et de plus en plus sur les sujets sur lesquels nous n’avons pas forcément d’expertise, les positions du Pacte seront nos positions. Cela suppose de la concorde et de la confiance, ça construit de l’espoir mais cela nous donne aussi une obligation de résultat. » Une position largement partagée par la première organisation syndicale de France, pour qui « s’allier avec des acteurs d’autres champs permet aussi au syndicalisme de peser davantage, surtout face à un gouvernement qui a lui-même des difficultés à travailler avec d’autres ».

Le dialogue social territorial pour apporter des réponses

Face au besoin de changement qui s’est fait entendre, les organisations appellent à agir dans les territoires en développant ou concrétisant des projets qui changent le quotidien et renforcent l’effectivité des droits, sans attendre que l’exemple vienne du niveau national. « Pour les syndicalistes, le dialogue social territorial est à même d’apporter des réponses concrètes », plaide Yvan Ricordeau. C’est d’ailleurs ce qu’ont démontré, chacun dans son domaine, les représentants régionaux d’ATD Quart Monde, du Secours Catholique, de la Fondation Abbé Pierre, de l’Uriops (Union régionale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux), de la Cimade, de la Mutualité française. Plusieurs sont intervenus dans le débat en expliquant leurs actions de terrain, souvent en lien avec l’Union régionale CFDT des Hauts-de-France.

Sur le plan national, tous réaffirment la nécessité de développer la communication autour du Pacte afin d’atteindre un public plus large et d’y associer davantage de citoyens. « En 2020, la CFDT va renforcer ses actions avec ses partenaires du Pacte pour créer un rapport de force favorable », a prévenu Yvan Ricordeau. « Les propositions du Pacte s’inspirent de ce qui se fait sur le terrain, embraye Christophe Robert ; c’est aussi ce qui va donner envie de faire. Pour sa part, la Fondation Abbé Pierre a décidé de s’engager à fond dans ces batailles jusqu’en 2022. »

dblain@cfdt.fr et glefevre@cfdt.fr