Orléans Métropole : Priorité aux “catégories C”

Publié le 13/11/2018

À Orléans, le passage à la métropole a durement éprouvé les agents de catégorie C. La section CFDT les a placés au cœur de ses priorités et de sa campagne électorale.

Il est sept heures, le jour se lève à peine sur Orléans. Les militants de la section Orléans Ville et Métropole disposent les Thermos, les tracts et les biscuits sur une table pliante à l’entrée du centre technique appelé « le 205 », un vaste entrepôt qui sert à la fois de garage pour les véhicules municipaux, d’espace de stockage de panneaux de signalisation et d’atelier de maintenance. Tout est prêt pour le point café, une rencontre avec les agents du centre programmée dans le cadre de la campagne des élections dans la fonction publique. Employés à la voirie, la fontainerie, l’arrosage ou la signalisation, les agents arrivent les uns après les autres, jettent un coup d’œil aux tracts, échangent poignées de main et nouvelles du jour. Pas de stress : ils ont deux heures devant eux dans le cadre du droit à l’information syndicale, comme la CFDT l’a précisé sur l’invitation punaisée au panneau d’affichage.

Des agents malmenés

     

Des tournées dans tous les services
Si les centres techniques sont une cible privilégiée de la campagne, les crèches, écoles et services administratifs ne sont cependant pas délaissés. Les agents y subissent une dégradation de leurs conditions de travail depuis le passage en métropole, qui s’est traduit ces quatre dernières années par la perte de 200 postes pour la collectivité.

Une percée chez les cadres
« Grâce à la Fédération Interco, nous avons été alertés très tôt, dès 2014, sur le passage imminent à la métropole, relève Éric Blanchet. Nous avons informé le personnel, et notamment les cadres, qui devaient être les premiers impactés par la chasse aux doublons. Cela leur a donné le temps d’adapter leur stratégie, et ils nous en sont aujourd’hui reconnaissants. Ils se sont rendu compte que le collectif pouvait les aider. » Une proximité qui a permis de monter les listes d’agents de catégorie A sans trop de difficulté.

Primes et temps de travail, un chantier à ouvrir
Le travail d’harmonisation des temps de travail et des régimes indemnitaires reste à faire. « Nous avions commencé les discussions sur le sujet en 2017 mais la direction des ressources humaines ne nous proposait que du bricolage, sans réelle marge de manœuvre en termes de moyens », explique Éric Blanchet. La CFDT préfère tout remettre à plat et conclure un accord réellement avantageux pour les agents. Ce sera l’un des prochains grands chantiers de 2019.

     

Parmi les sujets qui reviennent en boucle, les conséquences de la métropolisation, encore toute fraîche. La ville d’Orléans et les 22 communes environnantes ont fusionné en une seule structure administrative, la métropole d’Orléans, dont la transformation s’est achevée en 2017. Les compétences de gestion de l’eau et de l’entretien de l’espace public ne sont désormais plus du ressort des communes mais de la métropole. Cette métropolisation, « menée à la hussarde » selon la CFDT, a donné lieu à un grand remue-ménage dû au transfert des personnels des communes vers la métropole. Par endroits, les agents sont tout simplement « mis à disposition » de la métropole, tout en gardant un lien hiérarchique avec leur ancienne commune, tant certains maires ont du mal à renoncer à leurs prérogatives. Des véhicules municipaux, des balayeuses et jusqu’à des pioches seraient jalousement conservées dans les locaux communaux. Les conditions de travail des personnels ouvriers passés à la métropole s’en ressentent, comme en témoignent les agents techniques du 205. « Nous utilisons du matériel obsolète, à la limite de la casse, proteste l’un d’entre eux. Qu’un élu ne veuille pas lâcher un véhicule neuf, acheté tout juste avant la métropolisation, on peut le comprendre, mais ce n’est pas à nous d’en subir les conséquences ! »

La plupart des agents ont été transférés en conservant les droits de leur collectivité d’origine aussi bien en matière de temps de travail que de primes, sans qu’aucune harmonisation n’ait été menée. Les écarts sautent aux yeux, puisque les uns et les autres cohabitent au sein des équipes nouvellement constituées. « Nous avons compté 23 régimes indemnitaires différents, souligne Éric Blanchet, secrétaire de la section CFDT. À poste égal, les agents de la métropole de catégorie C gagnent 500 euros de prime de plus par an que leurs collègues de la ville d’Orléans. »

Les points café permettent à la section d’identifier ces dysfonctionnements et inégalités de traitement. Un agent d’entretien profite ce matin de la présence de la CFDT pour poser une question qui lui tient à cœur. Pourquoi certains collègues ne peuvent-ils plus ouvrir de compte épargne retraite à la métropole ? Un peu perplexes, les représentants CFDT notent la question, ils auront le fin mot de l’histoire quelques jours plus tard. « Le compte épargne-temps existe à la ville, pas à la métropole ; ceux qui ont ouvert un CET à la ville continuent d’en bénéficier à la métropole, les autres n’y ont pas accès, explique Éric Blanchet. Nous avons transmis à la DRH, qui pense trouver une solution. »

Ce n’est pas un hasard si la CFDT a décidé de concentrer ses efforts sur ces agents qui exercent les métiers les plus pénibles et sont les moins reconnus. « C’est pour nous une priorité politique, mais aussi une priorité stratégique, souligne Éric Blanchet. Les “catégories C” représentent 56 % des agents de la métropole et 75 % du personnel de la ville. » Soit une bonne partie du corps électoral. La section, qui a minutieusement préparé la campagne, comme en témoigne le rétroplanning affiché sur un mur du local syndical, a ciblé pas moins de douze centres techniques pour y dérouler ses opérations points café. « Nous ne voulions pas de réunion de type meeting, il nous semble plus intéressant de “faire éponge”, d’offrir aux agents un moment convivial pendant lequel ils peuvent circuler et s’exprimer en toute liberté », explique Éric Blanchet. Ici, toutes les interrogations, les insatisfactions, les requêtes, sont recueillies et traitées. Au fur et à mesure des rencontres de terrain, une relation de confiance s’est instaurée entre les représentants CFDT et les agents. « Les agents ne découvrent pas notre existence, nous venons régulièrement, sourit Serge Soigel, militant. Mais c’est vrai que cette présence sur le terrain est très importante à la veille des élections, car on vote souvent pour le dernier qui a parlé ! »

La valorisation des acquis

Au cours des conversations et dans les tracts de campagne, les acquis de la section sont soulignés et valorisés. L’accord sur les carrières signé en 2017, par exemple, permettra de fluidifier la progression des agents de catégorie C et de les faire sortir des « pièges à bas salaires » auxquels ils étaient cantonnés. C’est vrai pour les ouvriers des espaces publics, mais aussi pour les Atsem (agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles) et les auxiliaires de puériculture dans les crèches. La CFDT a obtenu que le ratio « promus-promouvables » – le pourcentage d’agents susceptibles de bénéficier d’une promotion chaque année, généralement fixé à 20 % – passe à 35 % en moyenne, et à 50 % pour la catégorie C2, qui regroupe les plus faibles salaires. « Nous avons souhaité améliorer la situation des agents les plus défavorisés, afin qu’ils bénéficient d’un avancement plus rapide », résume le secrétaire de section. Le résultat est déjà visible sur la fiche de paye, et le sera à terme en ce qui concerne le calcul de la retraite. Une même volonté de mieux protéger les agents a prévalu dans la négociation relative à la protection sociale complémentaire. La participation de l’employeur ne s’élevait qu’à 11 euros par agent ; la CFDT a obtenu 11 euros supplémentaires par agent, 10 euros pour le conjoint et 8 euros par enfant. « Nous avons négocié chacune des prestations : les lunettes, les soins dentaires, l’hospitalisation. Rien ne nous a échappé, nous sommes devenus de vrais spécialistes ! », s’amuse Éric. Au final, les agents bénéficieront d’une mutuelle moins chère avec des garanties modulables selon leur âge et leurs besoins. Carrière, conditions de travail, complémentaire santé… : toutes ces avancées sont à porter au crédit de la CFDT. La section ne manquera pas de le rappeler aux agents tout au long des dernières semaines de campagne, jusqu’au jour du vote, le 6 décembre prochain.

mneltchaninoff@cfdt.fr

     

Repères

• Orléans et les 22 communes environnantes constituent la métropole d’Orléans, pour une population de 282 000 habitants.

• Les 3 200 agents de la collectivité sont répartis sur plus de 230 écoles, crèches, médiathèques, services techniques et administratifs, etc.

• La section CFDT Orléans Métropole compte 220 adhérents. Quatre organisations seront présentes aux élections du 6 décembre : la CFDT, la CGT, FO et la FA-FPT. La CFDT totalisait 60 % des voix en 2014 sur le périmètre de la métropole, 42 % à la mairie d’Orléans.