Objectif proximité ! chez Point.P Comasud

Publié le 13/08/2018

La section CFDT de Point.P Comasud n’a pas une mission facile. Son territoire couvre huit départements et 128 établissements de tailles très diverses. Assurer une présence syndicale au plus près des salariés tient de la gageure.

C’est d’ailleurs à la faveur d’une restructuration interne que va se créer la section CFDT. En 2010, l’entreprise décide de mutualiser les services informatiques de toutes les directions régionales. Pour Bénédicte Hebert, alors chef de projet informatique chez Comasud, cette réorganisation se traduit par une insécurité quant à sa situation de travail économique et géographique ainsi qu’aux missions qui lui seront confiées. Quand des collègues des services comptables, eux-mêmes réorganisés et mutualisés en 2009, viennent la voir à ce moment-là et lui demandent de se présenter aux élections professionnelles, elle s’engage dans l’aventure. « Comme je connaissais des informaticiens au siège de la direction nationale de l’entreprise qui étaient à la CFDT, je me suis tournée vers ce syndicat. » Ensuite, elle a dû faire jouer son réseau et beaucoup démarcher au téléphone afin de trouver en quelques semaines les collègues qui allaient être sur la liste avec elle. Le défi est finalement relevé haut la main. Cette petite bande qui apprend à se connaître obtient 52 % des voix aux élections professionnelles de 2010 et prend le comité d’entreprise (CE). Quatre ans plus tard, grâce à un bon bilan, la CFDT progresse à 58 % des voix. Mais une alliance improbable entre la CGT et la CFE-CGC lui fait perdre le CE.

Quand la section CFDT fait “un super travail”

     

Miser sur la proximité
Malgré les difficultés dues à la multiplicité des établissements, la section CFDT n’a jamais perdu de vue la nécessaire proximité avec les salariés. Leur page Facebook ainsi que leur site internet ont toujours été considérés comme des outils complémentaires et non comme l’unique canal de communication. Cette analyse est d’autant plus pertinente, dans le cas de Point.P, que de nombreux salariés ne sont pas connectés sur leur lieu de travail.

Jouer la carte de l’expertise
La force des élus CFDT de l’entreprise est d’avoir énormément travaillé dès leur élection, notamment sur toutes les questions juridiques liées à leur mandat. Ils sont aujourd’hui capables d’arriver à la table des négociations avec leur propre texte, qui sert ensuite de base aux discussions. « La direction sait que nous n’allons pas nous contenter de réagir à leur document », explique la déléguée syndicale Bénédicte Hebert.

Se former grâce au réseau CFDT
Pour acquérir une bonne expertise, les élus ont su mettre à profit l’ensemble des formations proposées par les structures CFDT. La déléguée syndicale a d’ailleurs aujourd’hui un mandat dans l’interpro. Un signe que la section n’est pas restée isolée pendant ces dix dernières années.

     

« Pendant les premières quatre années, nous avons fait un super travail, raconte Bénédicte. Alors que l’ancien CE ne se préoccupait que des activités sociales et culturelles, nous nous sommes formés au droit et nous avons entamé de vraies négociations. Malheureusement, cela n’a pas vraiment été apprécié. La direction avait l’habitude de faire ce qu’elle voulait et n’aimait pas que des élus lui rappellent ses obligations et bataillent pied à pied. Nous étions même parvenus à faire un débrayage qui avait été pas mal suivi. Mais, en 2014, la CFE-CGC est apparue comme par magie et nous a fait perdre un poste de cadre, ce qui a suffi pour nous faire perdre la majorité au CE. » Afin de continuer à peser au sein de l’entreprise, les militants CFDT ont alors investi le CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), où ils ont raflé tous les postes.

Les prochaines élections, prévues d’ici à la fin de l’année, sont donc essentielles pour la section qui compte bien revenir aux manettes. À quelques mois de l’échéance, l’heure est à la mobilisation générale. Les élus ont beau être actifs sur Facebook, avoir créé un forum sur internet, rédiger leur propre compte rendu à l’issue de chaque CE et distribuer des tracts régulièrement, ils ont bien conscience que c’est dans la proximité avec les salariés que tout se joue. Or, à Point.P Comasud, c’est plus facile à dire qu’à faire. L’entreprise compte 1 425 salariés répartis sur 128 établissements de tailles très diverses (siège, magasins, pools transport, etc.). Certains établissements ne comptent que trois salariés quand d’autres montent jusqu’à 50 ou 100. Le tout sur un territoire qui comprend huit départements.

“Le contact direct est fondamental”

Face à l’ampleur de la tâche, les forces militantes sont maigres. La section CFDT ne cache pas qu’elle ne peut compter aujourd’hui que sur cinq membres très actifs et une dizaine de délégués du personnel en renfort. Historiquement, il n’y a guère de culture syndicale dans l’entreprise. « Avant de me retrouver embarqué par Bénédicte, je n’avais aucune idée de ce à quoi pouvait servir un syndicat », se rappelle André Boutin. Cariste dans un tout petit établissement situé près d’Avignon, il venait de s’accrocher avec son manager à cause d’une histoire de primes injustement réparties dans l’entrepôt quand il a reçu l’appel de Bénédicte, qui cherchait des candidats. Il a sauté le pas. Aujourd’hui, c’est devenu l’un des membres les plus actifs de la section. Alors qu’il pourrait faire valoir ses droits à la retraite, il continue pour le plaisir de militer, « même si on a parfois des déceptions », et surtout donner un dernier coup de main à ses collègues avant qu’une nouvelle génération ne prenne la relève. « J’ai le sentiment aujourd’hui de mieux comprendre ce qui se passe dans l’entreprise. On n’a pas idée du travail qui est fait par les élus syndicaux quand on est dans son établissement avec ses collègues. C’est pourquoi le contact direct est fondamental. »

En vue de parvenir à rencontrer le maximum de salariés, la section est donc en train d’organiser une tournée des établissements, par binômes, par ordre de taille en termes d’effectifs par l’intermédiaire des visites d’inspection dans le cadre du CHSCT. Pour optimiser le travail, ces tournées se déroulent parfois sur deux jours quand c’est matériellement possible. « J’ai la chance de ne plus avoir d’enfants à m’occuper, précise André, mais ce n’est pas le cas de tout le monde ! » La question des heures de délégation pose également problème. Elles sont nettement insuffisantes. « Nous avons le même nombre d’heures que si nous étions une entreprise sur un site unique, explique Bénédicte. Heureusement, nous avons quand même la possibilité d’aller à la rencontre des salariés grâce aux missions que nous réalisons dans le cadre du CHSCT. »

La date exacte des prochaines élections n’est pas fixée et il n’y a pas encore eu de négociations sur la mise en place du comité social et économique (CSE). L’un des objectifs prioritaires de la section au cours de cette tournée consiste donc à repérer les salariés susceptibles d’être présents sur la prochaine liste CFDT et ceux qui pourraient faire d’excellents délégués de proximité. Quoi qu’il arrive, il faut parvenir à convaincre au moins 36 collègues (18 titulaires et 18 suppléants), le plancher légal, et trouver des représentants de proximité. À chaque visite d’un établissement, les élus tentent donc de convaincre les salariés de s’investir et laissent un tract qui les incite à faire œuvre de candidature.

“Notre expertise, c’est notre marque de fabrique”

Car même si la CFDT n’a pas le CE, elle a quand même gagné ses galons de négociatrice ces dernières années, et cela commence à se savoir. Outre les accords salariaux, elle est parvenue à conclure un accord relatif à la qualité de vie au travail et l’égalité hommes-femmes, un autre sur les contrats de génération et même un accord sur le droit d’expression dans lequel est prévue une expérimentation touchant aux espaces de parole. « Nous avons comme principe d’arriver à toutes les négociations avec notre propre texte et nous avons toujours des propositions sérieuses, réalistes et chiffrées, précise Bénédicte. Notre expertise, c’est notre marque de fabrique. Concernant l’expérimentation des groupes de parole, par exemple, c’est parce que nous avions suivi une formation à l’Union régionale interprofessionnelle CFDT de Provence-Alpes-Côte d’Azur sur ce sujet que nous avons pu convaincre la direction de se lancer. »

Tout l’enjeu à présent est d’amplifier ce message afin qu’il arrive jusque dans les plus petits établissements. « En matière de dialogue social, la spécificité de Point.P Comasud, avec sa myriade d’établissements, montre à quel point le gouvernement aurait dû permettre de définir des règles différentes pour coller à la réalité de chaque entreprise, conclut Bénédicte. Chez nous, faire du syndicalisme de proximité est un défi permanent. »

jcitron@cfdt.fr 

photo © DR

     

Repères

• L’enseigne Point.P fait partie du Pôle Distribution Bâtiment de Saint-Gobain, qui compte 61 000 collaborateurs et 4 100 points de vente dans 24 pays.

• En France, Point.P est le premier distributeur de matériaux de construction avec un réseau de plus de 800 agences.

• Point.P Comasud est l’une des 12 directions régionales. La CFDT y est majoritaire avec 58 % des voix, suivie de la CGT (28 %) et de la CFE-CGC (14 %).