Mutualité française Paca : une section hors norme

Publié le 24/03/2015

Avec 84 % aux dernières élections professionnelles, la section CFDT de la Mutualité française Paca démontre une nouvelle fois la pertinence de toutes les actions menées ces dernières années. Les élus ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin.

Une véritable machine de guerre ! Équivalent d’une petite start-up née à Nice il y a dix-huit ans, la CFDT de la Mutualité française Provence-Alpes-Côte d’Azur s’est transformée en entreprise dynamique qui couvre aujourd’hui la totalité de la région et recueille 84 % des voix aux élections professionnelles. Ni la CGT ni FO n’ont réussi, cette fois-ci, à passer la barre des 10 %. « Depuis la création de la section, nous avons toujours été largement majoritaire, mais c’est la première fois que l’on fait un tel carton », constate Aziz Ouali dans un grand sourire.

Délégué syndical charismatique, Aziz est sans conteste l’un des artisans de cette success story. Véritable chef de troupe, il est parvenu à fédérer, au fil des ans, une équipe solide et parfaitement structurée. « En 1997, lorsque nous avons créé la section, l’entreprise ne comptait qu’une cinquantaine de salariés et ne couvrait que les Alpes-Maritimes, explique-t-il. Quand, en 2007, nous avons fusionné avec tous les départements de la région, notre action a pris une tout autre ampleur. » Les élections qui ont suivi ont montré que le défi a été relevé haut la main. La CFDT a obtenu 62 % des voix en 2007, 72 % en 2011 et 84 % le 2 février dernier. Cette progression s’est faite parallèlement au développement de la Mutualité, qui n’a cessé d’étendre ses activités.

Aujourd’hui, la Mutualité française Paca, ce sont 570 salariés répartis sur 72 sites avec des activités diverses – qui vont du centre de santé dentaire au centre optique en passant par des crèches ou des services d’aide à la personne. La section CFDT doit donc relever le défi de parler aussi bien au nom des chirurgiens-dentistes et des responsables de magasin qu’en celui des assistantes puéricultrices et des aides à domicile, le tout dans six départements aux réalités très diverses. Car un salarié de Gap n’a pas forcément les mêmes attentes qu’un Niçois ou un Marseillais.

Des heures mutualisées entre tous les élus

Afin de relever ce pari, une organisation bien huilée a été mise en place. Tout commence par le choix des candidats. La section veille à ce que l’ensemble des métiers soient représentés et que toutes les zones géographiques soient couvertes. Et afin de disposer d’un nombre élevé d’élus (34 à l’heure actuelle), il n’y a aucun cumul de mandats. La section a également négocié avec la direction la mutualisation des heures entre les élus du comité d’entreprise (CE), les délégués du personnel (DP) et les membres du CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail). Aziz, maître du temps, peut ainsi « jouer » avec les disponibilités de chacun dans l’optique de gagner en efficacité. Toujours par souci d’efficacité, un responsable des DP a été désigné afin de coordonner l’action de ses collègues. L’idée consiste à favoriser les remontées du terrain et mieux diffuser les réponses apportées par la direction. Jeune trentenaire, responsable d’un magasin d’optique, Matthieu Wucher vient d’accepter ce rôle. Élu DP il y a quatre ans, réélu cette année, Matthieu témoigne de la façon dont la section encourage la prise de responsabilité et le renouvellement militant.

« Nous veillons à ce que toutes les personnes qui veulent s’investir puissent le faire et qu’il y ait un vrai renouvellement des équipes, explique Julien Bernard, informaticien, élu CE dans le collège employés. Cette année, 30 % des élus le sont pour la première fois. Notre priorité est de miser sur des jeunes et sur des femmes. Comme l’entreprise est en continuelle croissance et que nous progressons aux élections, nous n’avons pas trop de souci. Le nombre de postes augmente, et les militants qui ne sont pas sur des postes d’élus peuvent aussi s’investir dans la commission de leur choix mise en place par le comité d’entreprise. »

Un CE qui joue le collectif

Cette organisation, si bien huilée soit-elle, ne serait toutefois rien si elle ne s’accompagnait d’un nombre impressionnant de projets menés pendant toutes ces années. Alors que les salariés sont éclatés sur de nombreux sites, la CFDT a fait le choix audacieux de miser sur le collectif. À la Mutualité française Paca, les salariés ne bénéficient pas de chèques-vacances, mais, tous les ans, ils sont invités gratuitement avec leur famille lors d’un week-end festif de Noël. Le dernier a réuni 760 personnes. Pour certains, ce furent les seules vacances de l’année et l’une des rares fois où ils ont eu l’occasion de s’évader et de découvrir un nouveau lieu. Des sections sportives ont également été montées ainsi qu’une amicale des retraités. « Environ 90 % des salariés ont utilisé, au moins une fois dans l’année, les services du CE », résume Julien.

Outre les activités traditionnelles (aide d’urgence, voyages, billetterie, vente de parfums ou de chocolats, etc.), le CE s’est aussi fait connaître en multipliant les actions humanitaires. À la suite du tsunami de décembre 2004 en Indonésie, par exemple, les élus ont recueilli 12 000 euros auprès des salariés. Et tous les ans, si un salarié donne un chèque-déjeuner aux Restos du cœur, le CE double la mise. L’an dernier, ce volet humanitaire a pris une tout autre dimension. La CFDT, à travers l’association Mutualistes sans frontières, qu’elle a fondée, a lancé un très beau projet baptisé Santé Solidarité Togo. L’ensemble des salariés de la Mutualité a été mobilisé afin de récolter des fonds et du matériel médical. Et, en mars dernier, 19 d’entre eux se sont rendus sur place pendant douze jours pour livrer à bon port les machines, former le personnel local à leur utilisation et soigner gratuitement la population. « On a bossé comme des fous, se souvient Matthieu. J’ai fait des lunettes à la chaîne dix heures par jour. »

Pour Aziz, cette action humanitaire donne du sens à l’engagement syndical. « On dit que les jeunes ne veulent plus s’investir, mais c’est faux. Quand on leur propose de participer à des projets comme celui-là, ils se donnent à fond, soirs et week-ends compris. Nous avons bossé pendant un an pour mener à bien ce projet et, cette année, il y a tellement de salariés qui souhaitent reconduire l’aventure que nous allons devoir réfléchir à une nouvelle organisation. »

Sans surprise, beaucoup finissent par adhérer à la CFDT. L’objectif de la section dans les années à venir est de convaincre 30 % des salariés de prendre leur carte. Un nouveau défi à relever pour ces militants. Aujourd’hui, ils ne sont que 24 %… Un pourcentage qui ferait rêver plus d’une section syndicale.

jcitron@cfdt.fr