Trois initiatives de transition énergétique locales

Publié le 05/11/2015

Dans certaines entreprises en France ou en Belgique, syndicats de salariés et patronat n’ont pas attendu la Cop 21 pour accorder leur violon et anticiper la transition énergétique. Des écochèques en Belgique, un accord domicile-travail chez Orange, des énergies marines renouvelables chez DCNS, les exemples locaux ne manquent pas.

Des écochèques pour les salariés

En Belgique, les partenaires sociaux ont inventé les écochèques pour inciter les travailleurs à consommer durable. Tous les salariés du privé peuvent en bénéficier sur accord de secteur ou d’entreprise.

ecochequeUn petit coup de pouce au pouvoir d’achat des travailleurs a été donné par l’accord interprofessionnel du 22 décembre 2008 conclu par le Groupe des dix, qui réunit les instances dirigeantes des organisations syndicales et patronales belges. L’accord prévoit l’élaboration d’un régime d’exonération d’impôts et de cotisations sociales, tant pour le travailleur que pour l’employeur, lors de l’octroi de « chèques verts », appelés aussi écochèques, et destinés à l’achat de produits et services écologiques. Dès 2009, plus de 1,3 million de salariés ont pu les utiliser.

Les travailleurs qui en bénéficient disposent d’un montant maximal de 250 euros par an pour l’acquisition de produits et services à caractère écologique. La liste de ces derniers, régulièrement actualisée, concerne les domaines ayant des répercussions sur les consommations d’énergie et d’eau, la mobilité durable ou la consommation de produits qui satisfont aux critères du label écologique européen et du logo de production biologique de l’Union européenne.

Récemment, la liste des produits pouvant être achetés avec des écochèques a été élargie aux énergies renouvelables. Dans le top 20 des produits achetés, les vélos et les ampoules basse consommation ont la cote.

« Si ce système n’est pas comparable avec les hausses de salaire que nous défendons, nous devons reconnaître qu’il est probablement unique au monde : cette initiative a été entièrement conçue et décidée par les partenaires sociaux puis validée par le gouvernement. La somme de 250 euros peut paraître dérisoire pour sauver la planète, mais ce qui compte pour nous, c’est que le développement durable soit maintenant à l’ordre du jour du dialogue social, avec la double vertu d’inciter les salariés à consommer de manière écoresponsable et de favoriser l’écoconception dans notre pays », explique Bert De Wel, conseiller développement durable à la CSC (Confédération des syndicats chrétiens). Depuis 2010, le système des écochèques a contribué à réduire les émissions de CO2 de 41 000 tonnes par an en Belgique. 


Un accord pour agir sur les trajets domicile-travail

En Belgique, les partenaires sociaux ont inventé les écochèques pour inciter les travailleurs à consommer durable. Tous les salariés du privé peuvent en bénéficier sur accord de secteur ou d’entreprise.

rea 169443 023 Trajet veloPour inciter à substituer le transport collectif à la voiture individuelle, l’accord signé avec la direction combine plusieurs mesures incitatives : prise en charge de l’abonnement à un parking-relais à proximité des gares (20 euros par mois), participation de 50 % au prix d’achat d’un vélo ou d’une trottinette (plafonnée à 150 euros), remboursement de 30 % du prix d’achat d’un deux-roues électrique ou de 50 % d’un abonnement type « Vélib’ », 60 euros d’aide pour l’entretien annuel des vélos et trottinettes à assistance électrique, etc. Afin de favoriser l’intermodalité, toutes ces aides sont cumulables avec le remboursement (50 %) de la carte de transport. « Nous sommes encore en phase de déploiement, fait remarquer Éric Lechat, délégué syndical CFDT chez Orange. La direction du groupe a pris d’autres engagements, comme l’aménagement de parkings à vélos, de vestiaires, ou la transformation du parc automobiles de l’entreprise en véhicules électriques ou hybrides. » Un premier bilan réalisé au bout de treize mois montre que les contributions pour des parking-relais, pour l’acquisition et l’entretien de vélos, et pour les stages d’écoconduite sont les plus demandées.


La Bretagne mise sur la croissance bleue

Le groupe DCNS, constructeur français de sous-marins et de navires de défense, a décidé de se lancer dans la production d’énergies marines renouvelables. À la clé, une filière d’avenir et des milliers d’emplois. Parmi les acteurs qui ont porté et défendu ce dossier, des militants CFDT ont mené un minutieux travail de lobbying.

    DCNS        
    Immersion de la turbine OpenHydro (©Groupe DCNS)
appelée hydrolienne.
       

C’est en 2008 qu’un groupe de travail se constitue au sein de DCNS, réunissant onze sections syndicales du groupe pour appuyer la création d’une filière spécialisée dans les énergies marines renouvelables. Son objectif est de peser sur la stratégie économique de la direction, qui cherche à pallier une baisse des commandes. Leur idée est de booster la R&D (recherche et développement) de DCNS pour mettre au point et commercialiser des fermes d’éoliennes flottantes. Car ce type d’éolienne, qui peut être implanté loin des côtes et en eaux profondes, bénéficiant ainsi de vents forts, n’existe pas en Europe. Avec ses 2 700 km de côtes, la Bretagne dispose d’un excellent potentiel éolien marin et doit innover vite avant que le secteur ne dépende de fabricants étrangers.

Le réseau interétablissement de la CFDT-DCNS mène alors plusieurs actions de front : réaliser un bilan prospectif à l’horizon 2020, identifier des coopérations avec d’autres industriels, d’autres régions, impliquer les salariés et la direction du groupe. Les militants se relaient pour faire du lobbying auprès des élus locaux et régionaux, les ministères. Leur travail donne lieu à une vaste campagne d’information avec la diffusion d’un rapport d’expertise sur les enjeux de la filière. La CFDT le présente successivement aux Assises de la mer et du littoral, aux élus locaux, au Conseil régional, aux présidentiables de 2012, et multiplie les réunions avec les salariés et la presse.

Adossée à la responsabilité sociale et environnementale de l’entreprise, la création d’un « incubateur de recherche » sur les énergies marines renouvelables est décidée en 2009 afin d’expérimenter les différentes technologies et de mettre au point des prototypes d’éoliennes flottantes que DCNS ambitionne de développer et de commercialiser. Aujourd’hui, plus d’une centaine de personnes y travaillent, et deux projets vont bientôt se concrétiser.

Deux minifermes s’apprêtent à voir le jour
La première ferme pilote d’hydroliennes « made in France » est en cours d’installation à Paimpol-Bréhat (Côtes-d’Armor) et sera opérationnelle à la fin de l’année. La réussite du projet permettra de lancer la filière française des hydroliennes. Une deuxième expérimentation débutera en 2019 au large de l’île de Groix (Morbihan) avec des éoliennes flottantes. Dès 2022, deux fermes commerciales devraient fournir une production d’électricité équivalente à celle d’un réacteur nucléaire (1 000 MW), soit trois fois la consommation annuelle d’une ville comme Rennes (240 000 habitants). En 2030, dix parcs éoliens flottants pourront être installés au large du littoral atlantique, générant des milliers d’emplois.

Mais le travail des militants ne s’arrête pas là : plusieurs syndicats des fédérations CFDT, dont Construction et bois, Métallurgie, Transports (pour la pêche), Défense, et Chimie-énergie, se sont réunis dans un comité interprofessionnel sur les énergies marines en Bretagne dans l’optique de promouvoir l’emploi local.

Défendre l’emploi dans la région
« Notre lobbying se voit récompensé puisque la région a décidé de créer un terminal dédié aux énergies marines dans le port de Brest. Tout plaide pour que les emplois restent en Bretagne, mais la tentation de la sous-traitance est forte pour les entreprises, et nous devons rester très vigilants », alerte David Riou, responsable CFDT du groupe énergies marines en Bretagne. La CFDT a fait valoir que DCNS possède déjà le savoir-faire requis pour la fabrication, l’installation et la maintenance d’éléments en milieu marin et revendique qu’une mention « précisant que les éoliennes et les hydroliennes seront fabriquées en France » soit intégrée aux futurs appels à manifestation d’intérêt. Car « DCNS est le premier employeur industriel sur Brest et Lorient, et nous voulons qu’il le reste ! », insiste David. La région, qui a investi 220 millions d’euros dans le nouveau port de Brest, devrait appuyer la demande. 

cnillus@cfdt.fr

©Photos DR - Réa - DCNS