De 15 à 60 millions d’emplois verts d’ici 2030

Publié le 05/11/2015

L’Organisation internationale du travail (OIT) estime que 60 millions de nouveaux emplois pourraient être créés dans les deux décennies à venir. A l’approche de la Cop 21, elle rappelle que l’adaptation au changement climatique est une opportunité pour créer des emplois et lutter contre la pauvreté.

Le constat s’appuie, notamment, sur les enseignements du programme « Green jobs » mis en place en 2007 en partenariat avec le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et la Confédération syndicale internationale (CSI). L’Organisation internationale des employeurs (OIE) a rejoint l’initiative en 2008. Depuis son lancement, ce programme a connu une croissance rapide. Il a permis d’aider les pays membres et les mandants de l’OIT à développer chez eux des programmes concrets en accord avec la protection de l’environnement.

 « Il y a 150 millions de travailleurs migrants dans le monde dont une grande partie du fait conditions climatiques », estime Mustapha Kamal Gueye, expert du programme Green jobs, qui a présenté les récents travaux de l’OIT lors d’une conférence au Cese (Conseil économique, social et environnemental) le 2 novembre dernier. Le dérèglement climatique, souvent présenté de façon anxiogène, y est apparu comme un formidable levier pour l’emploi, la justice et le travail décent dès lors que sont mises en œuvre des réponses adaptées.

Des millions d’emplois déjà créés

Pour tous les pays, le mouvement vers l’économie verte s’accélère. Dans l’Union européenne, 14,6 millions d’emplois directs et indirects seraient liés à la réhabilitation des ressources naturelles. Au Brésil, 2,9 millions d’emplois verts ont été recensés dans les secteurs destinés à réduire les dommages causés à l’environnement, plus d’un million d’emplois ont été créés en Chine dans des programmes forestiers. A terme, entre 15 et 60 millions d’emplois supplémentaires pourraient se concrétiser à l’échelle mondiale. L’OIT tire des enseignements positifs de nombreux projets pilotes, comme le développement de l'agriculture biologique en Ouganda qui détient, depuis 2010, 21% des terres dédiées à l’agriculture biologique en Afrique ;  ou bien la formation technique et commerciale de main d’œuvre qualifiée pour installer des panneaux solaires au Bangladesh où 70% des familles rurales ne sont pas raccordées au réseau électrique national. En Zambie, un programme de développement de nouvelles compétences pour l'écologisation du secteur de la construction offre d’excellentes perspectives de création d’emplois. Toujours selon les chiffres de l’OIT, la Zambie aura besoin de 1,3 million de nouveaux logements avant 2030. Ce qui correspond à la construction d’une maison toutes les deux minutes pour chaque jour ouvré au cours des quinze prochaines années.

« S’occuper du climat ne signifie pas la fin de la croissance »

Et dans les pays industrialisés ? Pour Cyril Cosme, le directeur du bureau de l’organisation internationale du travail pour la France, « Les inquiétudes liées aux pertes d’emplois causées par un verdissement de l’économie sont exagérées. On pense destruction massive d’emplois mais l’impact de la transition énergétique n’est pas comparable à celui de la mondialisation ». Selon lui, la mobilité des salariés due aux mutations industrielles et professionnelles sera un phénomène beaucoup plus limité. Mais le maître-mot pour les pays du Nord reste l’anticipation de ces transitions professionnelles. Ce que précise Marie-Béatrice Levaux, rapporteure de l’avis du Cese sur l’emploi dans la transition écologique : « Les emplois verts ne sont pas une conséquence de la transition écologique mais ils y contribuent pleinement. Leur périmètre ne se milite pas au secteur de l’énergie – le plus avancé – ou à celui du bâtiment, qui est déjà en marche. Il faut considérer que l’amélioration des procédés de production passe par un verdissement des métiers ».

En 2010, l’Insee communiquait sur 5 millions de personnes concernées en France par un emploi « vert ». En 2015, près de 20 % de la population active serait directement concernée.

De son côté, le Cnefop (Conseil national, de l'emploi, de la formation et de l'orientation professionnelles), qui a pour mission de définir des priorités triennales,  a identifié neuf filières particulièrement touchées par des évolutions de compétences, parmi la trentaine qui seront impactées par la transition écologique : agriculture, agro-alimentaire, recyclage et valorisation des déchets, énergies renouvelables, réseaux électriques intelligents, automobile, bâtiment, chimie, plasturgie. Tous ces domaines peuvent être moteurs de la transition énergétique et les entreprises qui ne s’adapteront pas seront en grande difficulté. L’OIT précise en effet que si notre modèle n’évolue pas, les niveaux de productivité vont baisser de 2,4% d’ici 2030 et de 7,2% d’ici 2050. Toutes ces perspectives alimenteront les débats pendant la Cop 21 en faveur de la transition juste et du travail décent.

cnillus@cfdt.fr