Mecanor : Petite boîte, grande section

Publié le 25/11/2014

Avec douze adhérents sur quatorze salariés, la section CFDT de l’entreprise de réparation de bateaux pratique un syndicalisme intelligent qui porte ses fruits.

Port-en-Bessin-Huppain dans le Calvados, son port de pêche, ses chalutiers et depuis peu sa section CFDT. Une création, et une grève, d’un jour et demi, qui ne sont pas passés inaperçus dans ce décor de carte postale et un milieu professionnel peu, pour ne pas dire pas du tout, habitué au syndicalisme.

Mecanor 1 Oli ClemRien de tout cela ne serait arrivé si, en août 2013, le propriétaire de Mecanor, entreprise de forge et mécanique navale qui emploie 14 salariés, n’avait pas racheté son principal concurrent, placé en redressement judiciaire depuis un peu plus d’un an. « Même si on n’avait rien contre nos futurs collègues, qu’on connaissait déjà bien vu qu’on bossait souvent sur les mêmes chantiers, on a très vite réalisé qu’ils étaient mieux payés que nous pour le même travail », raconte David Conin, élu aujourd’hui délégué du personnel CFDT. Les 14 Mecanor demandent alors à leur employeur une harmonisation par le haut des salaires entre les deux entités. « On est réalistes, on savait très bien que ce n’était pas possible économiquement du jour au lendemain. On ne veut pas couler la boîte qui nous fait vivre ! On a donc proposé au patron d’étaler le rattrapage dans le temps, sur la base de 50 euros par an », se souvient Guillaume, un salarié de Mecanor. Une demande balayée d’un revers de la main par l’employeur. Ce refus brutal a soudé, si besoin en était, les Mecanor : « On s’est alors dit deux choses ; d’abord qu’il fallait qu’on fasse bloc et surtout qu’on se fasse aider par un syndicat », explique Roger, de longue date chez Mecanor. Oui mais pourquoi la CFDT ? La réponse fuse : « L’un de nos collègues nous a dit qu’il était à la CFDT, on s’est dit pourquoi pas et on a décidé de tous y adhérer. » La création d’une section de 12 salariés sur un effectif de 14 a été vécue « comme un avertissement » par l’employeur. Élu délégué du personnel dans la foulée, David, que ses collègues qualifient à juste titre de « grande gueule », confirme : « Sur le coup, il n’a pas beaucoup aimé qu’on se syndique. Faut dire qu’ici, à Port-en-Bessin, c’est pas courant : il y a surtout des marins-pêcheurs et les seuls syndiqués, on les trouve à la criée, mais ils ne sont pas nombreux ni très organisés. » La toute jeune section a été claire tout de suite face à l’employeur : « On lui a dit d’entrée qu’on n’avait rien contre lui et qu’on n’avait aucun intérêt à plomber notre boîte, mais qu’on voulait simplement l’égalité de traitement avec nos nouveaux collègues. »

Sentir qu’on avait le syndicat derrière nous, ça a été une vraie sécurité


L'union fait la force

Plutôt que de se lancer tête baissée dans un conflit sans doute suicidaire, David, Christine, déléguée du personnel suppléante, et les dix autres adhérents ont pris conseil auprès de leur syndicat. « On a rencontré Stéphane, du syndicat des Métaux de Caen, qui nous a conseillés pour qu’on évite de faire des conneries », insiste David. « Sentir qu’on avait le syndicat derrière nous, ça a été une vraie sécurité, ajoute Guillaume. Et puis ça a forcé notre patron à nous respecter ! » C’est donc en accord et avec le soutien du syndicat que les Mecanor se mettent en grève, début septembre 2014, face au refus persistant de leur employeur de négocier. David résume le sentiment général : « Faire grève, ça nous embêtait un peu vis-à-vis des pêcheurs qui avaient besoin qu’on répare leurs bateaux, on n’avait pas envie de leur faire payer cette situation. » L’affaire a heureusement été rondement menée : après une journée et demie d’arrêt de travail, l’employeur cède. Au 1er janvier 2015, les salaires des Mecanor seront alignés sur ceux de leurs collègues, idem pour la participation de l’employeur à la mutuelle. Cerise sur le gâteau : la prime annuelle de 1 200 euros sera intégrée au salaire de base (de façon à s’assurer qu’elle ne sera pas un jour supprimée), et les jours de grève seront payés. Bref, carton plein en termes de satisfaction de leurs revendications ! David, Guillaume et les autres en sont certains : « On a gagné car on est restés unis. La preuve, l’accord a été signé par l’employeur et l’ensemble des salariés. »

Notre intérêt, c’est que l’entreprise tourne et qu'on puisse vivre de notre métier 

Mecanor 2 Oli ClemDans une entreprise de cette taille, où tout le monde se connaît et s’apprécie, un tel conflit aurait pu laisser des traces. A priori, il n’en est rien. « Le patron a bien boudé un peu au début, sourit Roger. C’est normal, faut se mettre à sa place. Mais c’est pas un mauvais bougre. » Depuis, l’employeur lui-même reconnaît, à demi-mot, qu’il a fait une erreur d’appréciation en n’acceptant pas les propositions d’étalement à l’amiable qui lui avaient été faites avant la grève. Désormais, tout est rentré dans l’ordre : « Notre intérêt, c’est que l’entreprise tourne, que le patron gagne de l’argent et que nous, on puisse vivre de notre métier », assure David.

Sécurité au travail

L’équipe est déjà tournée vers l’avenir avec un nouvel objectif : la sécurité au travail. Là encore, pas question de mettre à mal l’entreprise. Au contraire, « avec le soutien du syndicat, on veut améliorer les conditions de travail, notamment en demandant des bacs de récupération pour les produits dangereux, explique David. Ce sera un plus pour notre sécurité, mais cela sera également bénéfique pour l’entreprise, qui ne risquera plus d’amende pour non-respect de la législation ». Même chose en ce qui concerne la formation professionnelle : « On ne demande pas d’argent. Simplement à apprendre de nouvelles techniques et de nouveaux métiers. C’est indispensable pour nous en période de crise, mais également pour l’entreprise. » Philosophe, Guillaume conclut : « Le patron finira par comprendre que c’est bon pour nous et pour la boîte. La preuve, c’est qu’il commence à demander des infos à David quand il a des doutes sur des points juridiques. »

nballot@cfdt.fr

photos : © Olivier Clément