Mauvais film pour les 162 salariés de GranDeco

Publié le 18/02/2013
L’annonce par téléphone du dépôt de bilan du fabricant de papiers peints de Châlons-en-Champagne est tombée comme un couperet. Les salariés ont tenté jusqu'au bout de sauver leur entreprise, dont l'activité cessera le 28 février.

Cela ressemble à un mauvais scénario ; c’est le film qu’ont vécu les 162 salariés de GranDeco France (ex-Grantil), fabricant de papiers peints, à Châlons-en-Champagne. Le 22 janvier, le comité d’entreprise est informé de la tenue d’un CE extraordinaire, le 25, par conf call (conférence téléphonique). L’actionnaire belge, le groupe GranDeco, informe alors les cinq élus du dépôt de bilan du site. « Machinalement, nous avons demandé si nos salaires de janvier seraient versés », raconte Jean-Christophe Servas, élu CFDT, le syndicat majoritaire dans l’entreprise. « Non », répond la direction.

Immédiatement, les représentants du personnel se mobilisent. Ils déposent un dossier devant le tribunal de commerce de Châlons-en-Champagne, qui désigne, le 29 janvier, un administrateur et fixe au 7 février le délai pour « prouver que le site peut s’autofinancer ». Forts du soutien des clients, qui redoublent de commandes, les GranDeco veulent y croire. Mais ils découvrent que les stocks de l’entreprise sont gagés auprès de banques belges.

Course contre la montre

S’engage alors une course contre la montre. D’un côté, l’administrateur, soutenu activement par le commissaire régional au redressement productif, négocie avec les banques en vue de lever les gages. Une condition sine qua non afin de permettre aux salariés d’honorer les commandes auprès de leurs clients et de montrer que le site a un avenir. De l’autre, les salariés font assaut de créativité pour faire parler d’eux : book de l’entreprise à destination d’éventuels repreneurs, vidéo virale en ligne, distribution de tracts, création d’un compte Twitter, multiplication des interventions dans les médias, manifestations… Sur le compte de solidarité mis en place, les soutiens affluent.

Le 7 février, le tribunal de commerce octroie un délai supplémentaire, jusqu’au 21 février. Le 12, une réunion à Bruxelles entre l’administrateur, le commissaire au redressement productif et l’avocat des banques belges permet de trouver un accord autorisant une levée partielle des gages. La garantie de 2,5 millions d’euros est ramenée à 750 000 euros ; en contrepartie, 50 % des ventes sont prélevées. Les salariés peuvent à nouveau travailler !

L'espoir d'un happy end

« On essaie d’honorer nos commandes, de payer nos salaires et de couvrir les charges de l’entreprise », explique Jean-Christophe Servas, « avec l’espoir que le tribunal de commerce nous donne un délai supplémentaire pour prouver que le site est viable ». En parallèle, le comité d’entreprise a demandé une expertise envisageant toutes les pistes d’avenir : trouver un repreneur, monter une Scop… Les salariés veulent y croire : « GranDeco vivra ! » En guise de dénouement de ce mauvais film, tous espèrent un happy end.

aseigne@cfdt.fr

 

DERNIERE MINUTE : Le 21 février, le tribunal de commerce de Châlons-en-Champagne a finalement décidé de la cessation définitive de l'activité de GranDeco France le 28 février. « Nous avons réussi à obtenir huit jours supplémentaires pour honorer les commandes des clients qui nous ont soutenu. Ce n'est pas une victoire, juste une sortie plus propre vis-à-vis de nos clients avec l'espoir qu'ils ne nous effacent pas définitvement au cas où notre projet de Scop ou la reprise par un repreneur se finaliserait », a déclaré le délégué syndical CFDT, Jean-Christophe Servas. Avant de conclure : « Nous ne baissons pas les bras et nous allons continuer à essayer toutes les alternatives. »