Les retraités superactifs de la Métropole lilloise

Publié le 05/08/2020

L’Union territoriale de retraités Métropole lilloise propose à ses adhérents de nombreuses activités en lien avec le syndicalisme retraité, mais pas seulement. Résultat : elle poursuit son développement et s’enrichit.

« Salarié, j’étais un militant du syndicat des douanes pendant longtemps mais j’ignorais qu’il existait une organisation des retraités CFDT. Un jour, j’ai été convié à assister à quelques réunions des retraités ici, à Lille. J’ai été agréablement surpris par le sérieux et la qualité des échanges. » Depuis, Bruno Robin, l’ex-douanier, a fait le pas et retrouvé le goût du militantisme avec l’Union territoriale des retraités (UTR) de Lille. Il garde un pied dans les douanes en se rendant régulièrement auprès de ses ex-collègues pour faire la passerelle entre les futurs retraités et l’UTR mais intervient aussi en parallèle dans les congrès d’autres syndicats. Avec Martine Warnier, également ex-douanière, ils ont l’art de présenter l’UTR lilloise et n’ont aucun mal à capter l’attention des agents et salariés ou à les convaincre du bien-fondé de rester à la CFDT via ses organisations de retraités.

La reconnaissance du syndicalisme retraité
Les militants de l’UTR Métropole lilloise entreprennent régulièrement des démarches auprès des syndicats de salariés pour présenter leur organisation, souvent mal connue, y compris des militants chevronnés. Ils interviennent dans leur instance en vue de convaincre les futurs retraités de passer à la CFDT-Retraités et de continuer à militer avec de vrais objectifs revendicatifs.

Une convivialité mise en avant
Chaque année, l’UTR invite tous les nouveaux adhérents de l’année à une galette des rois pour présenter l’UTR et les initiatives des différentes commissions : développement, santé, formation, communication, services (carte Cezam et mutuelle). L’UTR organise également des conférences-débats sur des thèmes locaux mais aussi nationaux pour lesquels elle fait venir des responsables nationaux de l’UCR, des militants de syndicats de salariés, des animateurs extérieurs.

Des activités revendicatives nationales et locales
L’UTR porte les revendications de l’UCR à travers ses démarches auprès des représentants politiques nationaux, comme en ce moment sur le pouvoir d’achat. Elle agit également auprès des politiques locaux sur les questions d’accessibilité en organisant des opérations d’observation et de description sur les itinéraires empruntés par les retraités ayant le plus de difficultés en matière de mobilité.

« Le moment de la rencontre est primordial. Cela peut passer par la tenue d’un stand dans les congrès ou les instances de syndicat, explique Michèle Ganne, la secrétaire générale de l’UTR, où nous approchent souvent les salariés le plus près de la retraite. Nous les aidons dans le calcul de leur future pension et en profitons pour leur présenter la mutuelle qu’a négociée l’UCR au bénéfice de ses adhérents. C’est un argument de poids quand il s’agit de favoriser l’adhésion. » « Dans la section syndicale de retraités [SSR] du Sgen-CFDT, nous avons également un groupe dédié à la liaison salariés-retraités afin d’aider au passage chez les retraités », ajoute Jacques Devoddère, trésorier de la section. Une pratique qui tend à se généraliser. En lien avec l’Union régionale interprofessionnelle (URI), des responsables de l’Union régionale de retraités (URR) animent régulièrement des formations de préparation à la retraite destinées aux salariés sur le point de partir. « C’est encore une occasion de présenter le syndicalisme retraité », poursuit Jacques Devoddère.

Les aidants, un sujet pour les retraités et les actifs

Faire connaître le syndicalisme retraité aux adhérents salariés, c’est aussi les intéresser à un sujet. C’est à ce titre que Michèle Helynck, militante au sein de la commission santé de l’UTR, propose aux syndicats des interventions sur le thème des aidants. « C’est un sujet qui concerne les retraités comme les salariés, constate-t-elle. Ils sont touchés et réagissent en syndicalistes. Cela les aide à élaborer des revendications qu’ils peuvent faire avancer à travers des accords dans leur entreprise ou administration. » L’UTR (qui dispose d’un PowerPoint sur les aidants) est de plus en plus sollicitée pour intervenir dans le cadre des heures d’information syndicale. « C’est un travail qui mérite d’être poursuivi et actualisé », conclut Michèle.

Mais le développement de l’UTR passe également par des voies plus formelles. En 2018, l’Union régionale interprofessionnelle des Hauts-de-France et l’Union régionale de retraités ont signé une convention par laquelle elles engagent les UTR à contacter les syndicats afin qu’ils transfèrent les listes des futurs retraités. « Certains syndicats de salariés enregistrent leurs adhérents dans Gasel avec numéro de téléphone et mail professionnels… qui ne fonctionnent plus lorsqu’ils sont à la retraite. Ils n’ont pas encore le réflexe d’enregistrer au moins un contact privé », regrette Bruno Robin. En revanche, les responsables de syndicat savent en général trouver les retraités lorsqu’ils ont besoin d’un coup de main, que les militants retraités donnent volontiers. « Lors des élections dans les fonctions publiques, nous avons répondu à l’appel des syndicats pour faire du phoning. C’était près de 70 coups de fil par jour. D’ailleurs, on devait être invités à un pot après ce bon résultat. Il semble… que nous ayons été oubliés », glissent les militants retraités avec le sourire.

La convivialité comme facteur de fidélisation

Faire adhérer n’est pas une mince affaire, fidéliser non plus. C’est une des tâches auxquelles s’attelle l’UTR. Bien sûr, la formation des nouveaux adhérents est indispensable, estime Michèle Vermersch, de l’Union locale de retraités (ULR) de Tourcoing, responsable formation au sein du bureau de l’UTR. « L’an passé, une trentaine de personnes ont suivi cette formation qui se déroule sur un jour ou deux. Mais la convivialité participe aussi beaucoup à la fidélisation. » « La galette des rois attire de nombreux nouveaux adhérents chaque année, reconnaît Michèle Ganne ; les conférences-débats nous amènent pas mal de monde avec des sujets comme l’histoire locale, l’urgence démocratique ou le reste à charge zéro. Sans oublier les rendez-vous d’actualité organisés par l’UCR avec la venue de responsables nationaux de la CFDT retraités ou la collaboration avec des syndicats de salariés. »

Les sorties aussi contribuent à créer un climat favorable dans l’organisation. L’UTR en programme une par an mais les ULR ne sont pas en reste. Celle de Lille, très dynamique, en propose une par mois. « Elle rassemble de vingt à trente personnes à chaque fois, des gens que l’on ne voie qu’à cette occasion », affirme la secrétaire générale.

L’UTR publie désormais, quatre fois par an, Pleines pages sur l’UTR, un journal de quatre à douze pages qui s’est structuré au fil du temps. « C’est un lien indispensable avec les adhérents. Il propose des informations sur les activités locales de l’UTR qui se distinguent bien de celles de la presse nationale de l’UCR, commente Bruno Robin. Ce bulletin sur papier a un coût mais c’est un choix : nous ne voulions pas mettre de côté ceux qui n’ont pas internet. Nous avons des camarades de moins de 60 ans jusqu’à 95 ans ! »

Une activité revendicative intense et efficace

L’UTR n’en oublie pas l’activité revendicative. « Nous effectuons régulièrement des démarches auprès de nos représentants politiques. En ce moment, nous insistons sur le pouvoir d’achat des retraités, confirme Michèle Ganne. Nous n’y allons jamais seuls et des comptes rendus sont faits après chaque visite de députés ou de sénateurs. » Ces démarches ont d’autant plus de poids qu’elles sont coordonnées avec de nombreuses autres UTR en France. Des militants de l’ULR de Lille avaient l’habitude de contacter leur députée et il y a quelque temps, à propos du crédit d’impôt lié à l’emploi d’une aide-ménagère. Les retraités en bénéficient mais l’injustice réside dans le fait que les retraités non imposables n’y avaient pas droit. « Elle s’était juste dite surprise, raconte Christian Bourdon, de l’ULR d’Armentières ; quelques mois ont passé et elle a soumis la question au gouvernement, qui a fini par adopter cette mesure d’équité. »

Le traitement des questions de la vie quotidienne

Bien entendu, l’UTR interpelle également les autorités politiques locales et régionales sur les questions de la vie quotidienne. À la commission intercommunale d’accessibilité de la Métropole européenne lilloise (où la CFDT est la seule organisation syndicale à siéger), Christian Barazutti a récemment dû monter au créneau au sujet des dysfonctionnements dans des transports en commun lillois et l’inertie des pouvoirs publics. « On a gueulé très fort, raconte le syndicaliste. Depuis, ça va mieux ! » L’action des militants ne s’arrête pas à des interventions musclées en commission. Ils mènent également des actions d’observation et de description précise de parcours sur certains itinéraires où la loi sur le handicap de 2005 semble être passée aux oubliettes.

« Nous l’avons fait au Quesnoy-sur-Deûle, à Roubaix et Tourcoing sur des portions d’itinéraires entre les maisons de retraite et les commerces les plus proches. C’était une vraie galère pour les personnes en fauteuil roulant mais aussi pour les mamans avec des poussettes et les professeurs des écoles lors de la sortie des élèves. Lors de notre relevé, ces dernières sont venues nous rencontrer. Nous avons remonté ces informations auprès des mairies, poursuit Christian Barazutti. À chaque fois, nous faisons appel aux adhérents du quartier concerné. Ça les mobilise bien. » Entre actions de terrain, démarches revendicatives, moments conviviaux et coups de main aux salariés, les militants de l’UTR Métropole lilloise n’ont pas le temps de s’ennuyer !

dblain@cfdt.fr

Repères

• L’Union territoriale des retraités (UTR) Métropole lilloise compte 900 adhérents répartis dans cinq unions locales de retraités (Lille, Roubaix, Tourcoing, Armentières et Vallée de la Lys) et six sections syndicales de retraités (Chimie-Énergie ; Sgen-CFDT ; FEP ; Métallurgie ; Transports ; Communication, Conseil, Culture).

• En 2019, l’UTR Métropole lilloise affiche de bons résultats de développement, avec 61 adhésions pour 36 départs.