Les nouvelles pratiques des cheminots CFDT de Bourgogne - Franche-Comté

Publié le 29/09/2014

À l’aide des nouveaux moyens de communication et forte de quelques bonnes idées, l’équipe CFDT des cheminots de Dijon séduit les nouveaux salariés de la SNCF, inquiets de leur avenir et de celui de l’entreprise.

« La CFDT essaie d’abord de dialoguer pour mieux travailler. » Cette réflexion frappée au coin du bon sens et de la maturité est celle d’un jeune mécanicien de locomotive. À 33 ans, Romuald Leguay travaille au Technicentre SNCF de Dijon. Il a adhéré à la CFDT il y a un peu moins d’une année. « Je me sentais seul pour faire bouger les choses. Avec le syndicat, on a plus d’impact », souligne-t-il. Depuis le mois de mars et les dernières élections professionnelles (délégués du personnel et comité d’entreprise), Romuald est délégué du personnel suppléant. « Je découvre beaucoup de choses avec ce mandat », constate-t-il. La décision de se présenter à l’élection, il l’a prise en concertation avec Thomas Curci, l’un des permanents du Syndicat des transports Bourgogne - Franche-Comté, lui-même cheminot issu du Technicentre de Dijon, également âgé de 33 ans.

   


La situation syndicale

Aux élections professionnelles de mars 2014 chez les cheminots de Bourgogne - Franche-Comté, la CFDT était la troisième organisation syndicale, avec 20 % des suffrages. Elle est devancée par la CGT (37 % des voix) et l’Unsa (28 %). En quatrième position, Sud est tout juste représentative (11 %).

Les élus CFDT en Bourgogne - Franche-Comté
Les élections de mars ont vu la CFDT remporter 27 sièges de délégués du personnel titulaires au total sur les dix établissements concernés. Ils sont également 21 délégués du personnel suppléants. La CFDT dispose par ailleurs de 20 représentants au CHSCT.

Les priorités revendicatives
« Notre priorité, c’est l’emploi, affirme Florent Bernard, le secrétaire du Syndicat des transports de Bourgogne - Franche-Comté, avec deux sujets majeurs : l’arrivée des Régiolis et l’emploi croissant de CDD et d’intérimaires. » Les Régiolis sont des rames automotrices progressivement mises en fonction depuis cette année, qui fonctionnent sans contrôleur à bord. Quant au nombre de CDD et de contractuels, il a fortement augmenté depuis le début de 2014, estime le syndicat CFDT.

   

Thomas est de ceux qui poussent le syndicat à une rénovation de sa communication, avec l’objectif affiché de recruter des jeunes. D’ailleurs, de premiers résultats attestent de l’efficacité de leur action. « Chez les cheminots, aussi bien parmi les cadres permanents [l’appellation des salariés sous statut] que les contractuels, à l’exécution comme dans la maîtrise, la moyenne d’âge de nos élus est de 35 ans. Notre plus jeune délégué du personnel a tout juste 20 ans », se réjouit Thomas. Pour autant, à l’union professionnelle régionale (UPR), qui réunit les cheminots CFDT, on ne fait pas de jeunisme. Les plus anciens forment les plus jeunes. Ces derniers « sont demandeurs, précise Thomas Curci ; ils ont besoin d’eux pour interpréter des textes ou des décisions de la direction ».

Écoute, réponse, fidélisation

Cette volonté de recruter de jeunes militants passe évidemment et d’abord par le recrutement de jeunes adhérents. « Notre technique est simple : écoute, réponse, fidélisation », explique le jeune syndicaliste. Les nouveaux arrivants à la SNCF rencontrent souvent des problèmes de logement, de congés, de compréhension de leur feuille de paie ou du système de prévoyance. « De plus, il y a tellement de métiers chez nous… On sert de référent, explique Thomas Curci. Ce dispositif existait auparavant dans l’entreprise, mais il a disparu. » C’est l’équipe CFDT qui répond aujourd’hui aux demandes. « Nous n’avons pas toujours une réponse immédiate à fournir, surtout lorsque la demande est compliquée, mais on finit toujours par l’apporter », insiste le cheminot.

Facebook, Twitter, SMS, site internet dédié : Thomas Curci fait feu de tout bois avec les nouveaux moyens de communication. « Les tracts de trois ou quatre pages et les grands formats, c’est fini, estime-t-il. Il faut faire synthétique, imagé, drôle et accrocheur. Les petits livrets répondent mieux aux besoins d’aujourd’hui. » Ce jeune militant peut envoyer 500 textos d’un coup pour donner une information urgente aux adhérents. Une question importante est débattue en comité d’entreprise ? Il twitte la réponse dès qu’il l’a obtenue ! Il organise également des débats collectifs à distance avec une trentaine de militants ou d’adhérents grâce à l’application Skype. « Ces réponses et ces moyens de les transmettre fidélisent les jeunes salariés », observe-t-il. Toutes les déclarations de la CFDT au comité d’entreprise sont aussi accessibles sur le site de l’union professionnelle régionale.

Des tournées régulières

Si l’UPR est à la pointe des nouveaux moyens de communication, cela ne remplace pas les tournées régulières dans les services. « Sur le terrain, on ne force pas les gens à prendre nos tracts. Ils peuvent redouter une réaction d’un chef ou de collègues syndiqués dans une autre organisation, explique Thomas Curci. On met les tracts dans les casiers, les gens peuvent nous contacter directement. » Tous les deux mois, les sections invitent des salariés à des réunions thématiques. « Entre le manque d’effectif, l’explosion des heures de nuit, le nombre croissant de CDD, la réforme ferroviaire, les retraites, l’enquête nationale sur la sécurité, la suppression des contrôleurs, le quatrième paquet ferroviaire [l’ouverture à la concurrence des monopoles], ce ne sont pas les sujets d’inquiétude qui manquent », constate Gaëtan Gauthey, le secrétaire de la section Matériel du Technicentre. Bref, les cheminots CFDT de Bourgogne - France-Comté se préparent déjà à l’après-réforme ferroviaire, qui entrera en application au début de 2015. Elle donnera lieu également à de nouvelles élections professionnelles en octobre 2015 : une opportunité pour faire évoluer la situation syndicale à la SNCF !

dblain@cfdt.fr

   


Manuel Barreira, contractuel, élu CFDT

À 42 ans, Manuel est approvisionneur au Centre de logistique industrielle SNCF de Dijon. Il est élu au CHSCT et délégué du personnel suppléant depuis les élections de mars. Venu de l’agroalimentaire, où il avait déjà une carte d’adhérent CFDT, il est entré à la SNCF il y a sept ans et a gardé sa carte syndicale. Il a franchi le pas de devenir élu avec l’envie d’« apprendre comment ça se passe dans le syndicat », mais aussi parce que « la demande des contractuels d’être représentés est forte ». De fait, ceux-ci sont de plus en plus nombreux et ont un régime différent des cadres permanents. Ils ont par exemple une mutuelle (obtenue par la CFDT) et des négociations salariales distinctes des cheminots sous statut. Pour aller plus loin dans ses responsabilités syndicales, Manuel veut maintenant se former davantage.