Les enseignants du privé mobilisés

Publié le 17/05/2019

Manque de considération, salaires insuffisants, conditions de travail dégradées… autant de motifs d’insatisfaction qui vont s’aggraver sous l’impact des réformes en cours, dénoncent les enseignants du privé. Ils étaient dans la rue le 16 mai pour tirer la sonnette d’alarme.

En mai, fais ce qu’il te plaît… Après avoir participé à la manifestation de la fonction publique du 9 mai, les enseignants du privé étaient de nouveau dans la rue le 16 mai, à l’appel de toutes les organisations syndicales de l’enseignement privé, Fédération de l’enseignement privé (Fep-CFDT) en tête. Un prochain rassemblement est prévu le 22 mai, à l’appel de la seule Fep, sur la situation spécifique de l’enseignement agricole privé. En ligne de mire de ces mobilisations : deux projets de loi actuellement examinés par le Parlement portant respectivement sur la fonction publique et sur l’école.

La réforme de la fonction publique concerne en effet directement ces enseignants, au nombre de 140 000 environ en France, qui, tout en exerçant dans des établissements de l’enseignement catholique, sont des agents de droit public employés par l’Education nationale. Et les évolutions à venir les inquiètent. « L’élargissement du recours au contrat risque d’accentuer la précarité qui est déjà un phénomène bien ancré dans l’enseignement privé, » estime Bruno Lamour, secrétaire général de la Fep-CFDT.

Dans le privé, les maîtres délégués enchaînent les contrats courts en remplacement des titulaires en arrêt maladie ou en formation. Ils représentent environ 22% des effectifs du second degré, 14% du premier degré. « Ils sont corvéables à merci, payés au Smic ou à peine plus, et il peut être mis fin à leur contrat du jour au lendemain, sans aucune assurance sur leur avenir, » s’indigne Bruno Lamour. Un statut équivalent existait dans l’enseignement public, celui de maître auxiliaire, supprimé il y a dix ans. La solution selon la Fep serait de créer un corps de titulaires remplaçants et d’augmenter le nombre de places dans les concours d’accès à l’enseignement du privé.

Quant au projet de loi sur l’école de la confiance, porté par le ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer, il ne trouve pas davantage grâce aux yeux des enseignants, qui redoutent notamment la mise en œuvre de la nouvelle organisation du baccalauréat et du lycée. « Avec le nouveau système de spécialités, certaines disciplines pourraient disparaître dans certains établissements, ce qui fait peser un risque sur l’emploi, note Bruno Lamour. Nous craignons d’autre part une augmentation de la charge de travail des enseignants, déjà alourdie par la mise en place d’une deuxième heure supplémentaire obligatoire à laquelle nous étions d’ailleurs opposés. »

Au-delà du contenu du projet de loi, le secrétaire général de la Fep souligne « la précipitation, le manque d’implication des équipes » qui ont prévalu lors de l’élaboration du texte, qui, rappelle-t-il, a reçu un vote négatif de l’ensemble des membres du conseil supérieur de l’éducation. Le secrétaire général de la Fep s’interroge sur le défaut de concertation et le manque de considération dont les enseignants du privé sont l’objet de la part du ministère de l’Education nationale. « Les réunions des comités ministériels continuent de se tenir, mais nous n’avons plus accès aux responsables politiques, s’agace Bruno Lamour. Nous voulons être pris en compte en tant que corps intermédiaire. »

La Fep, qui est majoritaire dans son champ professionnel, représentative à hauteur de 32% dans l’enseignement général privé, et de 60% dans l’agricole privé, revendique un espace de concertation et la mise en œuvre d’un dialogue social digne de ce nom.  C’est le message que la Fep souhaitait faire entendre le 16 mai en demandant à être reçue sans délai au ministère.