Grand débat national : À l’heure des initiatives CFDT

Publié le 28/02/2019

Dans les métropoles, les villages et les entreprises, la CFDT organise des débats pour recueillir la parole des salariés et des citoyens.

« Cela fait du bien de retrouver le goût du débat. » Évelyne, assistante sociale aujourd’hui au chômage, réajuste son manteau après une heure et demie de discussion à bâtons rompus entre adhérents CFDT. Le 21 février, la mairie de la commune de Saint-Martory, à une heure au sud de Toulouse, accueille l’une des étapes estampillées CFDT du grand débat national. « Nous allons nous y inscrire en le prenant comme un espace d’expression, avait indiqué la secrétaire générale adjointe Marylise Léon dans une interview à CFDT Magazine, à la fin janvier. Il donnera l’occasion à la CFDT de porter ses revendications. Elle y prendra sa part, à sa juste place. » Sa juste place ? Celle de première organisation syndicale de France. Depuis, plus d’une centaine de débats ont été organisés par la CFDT : dans les métropoles, les quartiers populaires, les villages de campagne, les entreprises… D’ici au 15 mars, on en comptera environ 150. On y discute, s’y enflamme, parfois s’empoigne sur les quatre thèmes retenus par le gouvernement (la transition écologique, la fiscalité, la démocratie et les services publics) auxquels les cédétistes ont ajouté le pouvoir d’achat. Avec l’objectif de proposer des solutions à la crise sociale et politique actuelle.

Responsabilité individuelle ou collective ?

     

Regards croisés en Seine-Saint-Denis
« Qui peut avoir envie de venir à la bourse du travail de Bobigny à 8 h 30 pour parler fiscalité ? » Cette appréhension exprimée avec humour par un militant francilien s’est révélée sans fondement. Plus de 80 personnes, cédétistes ou simples citoyens, ont plébiscité le grand débat régional du 22 février, placé sous l’égide des Places de la République et organisé conjointement par l’Union régionale d’Île-de-France et neuf partenaires : la CFTC, l’Unsa, l’organisation étudiante Fage, ATD Quart Monde, France Nature Environnement, la Ligue de l’enseignement, la Fondation Abbé Pierre, la chambre régionale de l’économie sociale et solidaire et France Terre d’Asile.

Les échanges, enrichis par la diversité des points de vue, ont porté sur quatre thématiques : fiscalité et services publics, transition écologique, démocratie et citoyenneté, pouvoir d’achat. Autant de sujets sensibles dans ce département le plus jeune et le plus pauvre de France. « À Paris 80 % des familles bénéficient d’un mode d’accueil individuel ou collectif pour leurs jeunes enfants ; en Seine-Saint-Denis, ce taux tombe à moins de 30 % », expliquait le secrétaire général d’Interco 93, selon lequel si l’égalité des droits est respectée, l’égalité de l’accès aux droits reste à construire.

mneltchaninoff@cfdt.fr 

     

Exemple à Paris le 7 février, dans les locaux de l’Union territoriale interprofessionnelle de Paris. Ce midi, il est question de transition écologique. Une trentaine de participants (quelques adhérents en activité et beaucoup de retraités) ont sauté la pause déjeuner pour l’occasion. Pendant deux heures, pas un temps mort. Aux préoccupations très personnelles – « Le syndic a réalisé un audit énergétique de ma copropriété mais les solutions proposées ont quinze ans de retard » – répondent des inquiétudes planétaires : « Comment allons-nous vivre dans un monde submergé par les océans ? » Les témoignages sont nombreux, emprunts de particularités parisiennes : le prix de l’immobilier, les passoires énergétiques, les transports bondés, tout y passe. Selon Gisèle, fonctionnaire au ministère de l’Agriculture, « nous sommes tous responsables de la situation. Les plans de déplacements existent mais personne ne veut prendre les transports en commun ; tout le monde veut manger local mais le foncier agricole est bouffé par l’envie de posséder son pavillon ». Christophe, employé de banque, pointe le manque d’ambition des pouvoirs publics. « La prise de conscience ne suffit pas. Il faut un plan Marshall pour l’environnement. »

Intelligence collective

Changement de ton quelques jours plus tard dans le sud de la Haute-Garonne. « Ici, tout fout le camp : La Poste, le centre des impôts, les commerces… Saint-Gaudens est en train de mourir alors que c’était la capitale du pays de Comminges », constate Monique. Le sentiment d’être abandonnés au profit du Grand Toulouse domine. Résultat, l’action des gilets jaunes ne laisse pas indifférents parmi la trentaine de participants. « Je suis allé sur les ronds-points, témoigne Hervé. J’en ai marre de voir cette société évoluer vers de moins en moins de solidarité. Les gilets jaunes sont nés de ce soulèvement. » Mais pour quel résultat, s’interroge Sergio. « Le partage de la misère, pas de la richesse », entend-on. Sylvie, déléguée syndicale de Sercel, entreprise d’équipements sismiques, poursuit : « Nous, les syndicalistes, nous devons davantage expliquer et montrer ce que nous obtenons. » C’est ce qu’a voulu faire Philippe en proposant à l’Union régionale interprofessionnelle d’Occitanie d’organiser un débat au sein de son entreprise, Thales. Rendez-vous Place du village, la bien nommée salle de repos installée au dernier étage d’un bâtiment flambant neuf dans lequel travaillent quelque 400 salariés. Une quinzaine d’entre eux a répondu à l’invitation de la CFDT. « J’aimerais bien connaître la consommation énergétique de notre immeuble, interroge Franck. Quand nous nous sommes installés ici, on nous avait vendu la troisième ligne de métro. » Depuis, rien. Le projet est repoussé. « J’habite au nord de Toulouse, je mets plus d’une heure et demie en transport en commun pour venir au travail. Est-ce qu’on a tous besoin d’être réunis dans un même lieu ?, émet un jeune informaticien. Ne pourrait-on pas développer les espaces de coworking pour limiter les déplacements ? » « Dans nos métiers, nous parlons beaucoup de logiciel libre, de mise en commun de l’intelligence collective, relève un autre. Dommage que la société ne soit pas au diapason. » C’est le propre des débats organisés par la CFDT : utiliser les éclairages de tous afin d’imaginer le monde de demain. Souhaitons que le gouvernement entende le message.

dprimualt@cfdt.fr