Grand débat national : À l’heure de la restitution

Publié le 10/04/2019

Après quatre-vingts jours de débats, l’exécutif organisait ce 8 avril la restitution des contributions citoyennes du grand débat national, laissant au président de la République le soin de présenter les grandes orientations à partir de la mi-avril.

Semaine marathon pour l’exécutif. Une synthèse des contributions citoyennes lundi 8 avril à Paris, puis des discours d’Édouard Philippe les 9 et 10 avril devant l’Assemblée nationale et le Sénat afin de préciser les enjeux des conclusions du grand débat, avant les premières annonces attendues la semaine prochaine. Le grand débat national s’achève et s’accompagne d’un impérieux besoin de changement. « Ce grand débat a fait l’objet d’un élan inédit pour l’échange, la confrontation des idées et la construction de solutions. Un débat aujourd’hui considéré comme une promesse, qui suscite beaucoup d’attentes quant aux pistes […] que décideront le gouvernement et le président de la République », a réagi la CFDT à sa sortie du Grand Palais.

     

La déclinaison locale du Pacte du pouvoir de vivre

Sur le territoire, des structures syndicales et associatives ont décidé de décliner aux échelons local et régional les 66 propositions formulées dans le Pacte pour le pouvoir de vivre. À Concarneau (Finistère), « l’idée est d’engager une démarche sur le long terme en faisant intervenir des acteurs de la vie locale », résume Pierre Le Gars, représentant CFDT et animateur du collectif concarnois. Ici, les préoccupations majeures ont déjà été identifiées : logement, précarité, insertion et mobilité figurent en tête de liste. « À nous de construire des propositions adaptées au terrain sur lesquelles nous sommes d’accord pour travailler. » Avec une ambition partagée : celle de ne pas laisser au gouvernement le monopole de la synthèse. Plus au sud, à Tarbes (Hautes-Pyrénées), les représentants des organisations signataires ont choisi de concentrer leurs forces sur les services publics, problématique omniprésente dans les réunions locales. « La Région n’était pas le bon échelon pour décliner les propositions du pacte, aussi avons-nous préféré nous positionner en appui technique des rencontres qui se feront à l’échelle des territoires », précise Grégory Martin, secrétaire général de l’URI Occitanie.

Autre exemple en Nouvelle-Aquitaine, où l’on voit le pacte comme « une occasion de débattre et de coconstruire avec des structures qui partagent les mêmes valeurs », résume Olivier Chabot, coordinateur CFDT du collectif régional des Places de la République. Impulsé en région au lendemain de la tribune médiatique « Reconstruire le pacte démocratique » parue en décembre, ce collectif (dont les signataires sont sensiblement les mêmes que ceux du pacte) a déjà permis d’organiser plusieurs réunions, et un événement rassemblant 90 personnes à la fin février. « Aujourd’hui, l’idée est d’aller plus loin dans les propositions. Pourquoi ne pas faire des questions de transition écologique un thème d’éducation populaire pour nos élus et adhérents, avec des journées de formation dont les programmes seraient coconstruits avec d’autres signataires ? » À suivre…

     

Des pistes, l’exécutif s’est bien gardé d’en formuler dans sa synthèse, laissant au président de la République le soin de présenter ses arbitrages à partir de la mi-avril. Après trois heures de restitution du 1,9 million de contributions citoyennes en ligne – auxquelles il faut ajouter 10 134 réunions locales et 16 000 cahiers citoyens ouverts dans les communes –, Édouard Philippe a tout juste relevé « un besoin de justice et d’équité », et quatre exigences : la fin de l’« exaspération fiscale », le besoin de proximité, la démocratie et l’urgence climatique. D’après les premiers éléments d’analyse des contributions libres, la baisse des impôts et le souhait d’une plus grande justice fiscale caracolent en tête des revendications, associés à un souhait de renforcer l’efficacité de notre dispositif fiscal. Côté transition écologique, un consensus apparaît sur l’urgence écologique impliquant des propositions pragmatiques sur les comportements individuels et des solutions innovantes. Sur l’organisation de l’État et des services publics, « les contributeurs demandent à l’État de remplir ses missions sur tout le territoire sans peser sur la vie locale et quotidienne », note le document de synthèse. Enfin, sur la démocratie, les propositions liées à l’exemplarité des élus sont exprimées comme socle d’un renouvellement de la démocratie représentative.

Santé, emploi et pouvoir d’achat s’invitent au débat

À ces quatre thèmes fixés par Emmanuel Macron dans sa lettre aux Français s’en sont ajoutés d’autres qui ont spontanément émergé dans la consultation. Les questions de santé et de solidarité, beaucoup, mais aussi le pouvoir d’achat et l’emploi, à propos duquel « les contributeurs demandent à l’État d’être acteur protecteur et régulateur d’une économie tendant vers un juste partage des richesses ». Des thèmes qui font écho aux revendications portées par la CFDT tout au long de ces trois mois de débat, dans lequel « elle s’est investie, à sa juste place, en tant que contributrice à cet exercice articulant démocratie représentative et participative », relève Marylise Léon, secrétaire générale adjointe.

Avec dix-huit organisations de la société civile, la CFDT a fait connaître au début mars l’ensemble de ses propositions pour un Pacte du pouvoir de vivre ; 66 propositions, que certaines structures veulent faire vivre à tous les échelons. Elle appelle aujourd’hui les pouvoirs publics à être à la hauteur des promesses de démocratie, de justice sociale et environnementale. « C’est à l’aune de ces propositions que la CFDT jugera si les réponses et solutions du grand débat national sont à la hauteur des enjeux et des attentes des citoyens. » Édouard Philippe l’a dit en conclusion : « Le travail avec le Parlement [pour mettre en œuvre les orientations du président de la République] devra s’effectuer avec les partenaires sociaux, les élus locaux et les acteurs associatifs. » Rendez-vous est pris.

aballe@cfdt.fr

photo © Hamilton / Réa