[Interview] “Remettre du débat sur les lieux de travail”

Publié le 22/01/2019

Marylise Léon, la secrétaire générale adjointe de la CFDT, explique comment la CFDT compte s'inverstir dans le Grand débat national pour y pousser ses propres propositions.

Le grand débat proposé par le gouvernement, est-ce la bonne réponse à la crise provoquée par la fronde sociale actuelle ?

C’est une réponse. Est-ce la bonne ? Nous verrons bien. À travers les mobilisations de ces derniers mois, un besoin d’expression de la population s’est fait jour. Les débats peuvent permettre de renouer le dialogue dans les territoires, au cœur des bassins d’emplois. Ce qui en sortira doit permettre de construire
des réponses concrètes aux préoccupations des gens en repartant de leurs apports. Ce grand débat n’est pas LA solution à tous les problèmes soulevés pendant cette crise, notamment ceux que nous traitons au quotidien dans les entreprises. Certains doutent déjà de la réussite de cette initiative ; d’autres estiment qu’il s’agit là d’une diversion. Mais rester à l’écart n’y changerait rien et serait une profonde erreur.

La CFDT a donc l’intention de s’y investir ?

Bien sûr. Nous allons nous inscrire dans ce grand débat en le prenant comme un espace d’expression. Il donnera l’occasion à la CFDT de porter ses revendications. Elle y prendra sa part, à sa juste place. Nous ne sommes pas coorganisateurs du grand débat mais, en tant que citoyens, les adhérents et les militants CFDT ont toute légitimité à y participer. Pour les y aider, nous avons conçu des fiches pratiques (lire ci-contre). Ce ne sont pas des prêts-à-penser. Elles reprennent par écrit des éléments de réflexion sur des sujets sur lesquels nous nous penchons depuis longtemps. Ces outils permettront d’alimenter
les discussions, parfois en dehors du schéma prévu par le gouvernement et des sujets qu’il a mis à l’ordre du jour. Sur le pouvoir d’achat, éludé par le président de la République dans sa lettre aux Français, la pauvreté, la fiscalité, la transition énergétique, l’insertion des jeunes, etc., nous avons des propositions très précises et nous devons les faire entendre.

Mais nous souhaitons également profiter de ce moment pour remettre du débat et de l’expression collective dans les lieux de travail. Pourquoi ne pas déposer des cahiers d’expression à disposition des travailleurs dans les entreprises et les administrations ? Pourquoi ne pas y organiser des débats et des assemblées générales d’ici à la mi-mars ? Il faut que les militants CFDT soient les acteurs de ces espaces. Enraciner le débat dans les lieux de travail est également une façon de responsabiliser les employeurs dans la période. Si certains passent sous les radars actuellement, c’est bien eux !

Quelle peut être l’issue de ce grand débat ?

Le débat est imaginé afin que chacun puisse formuler des propositions. Ensuite, il faut absolument de la délibération collective pour les mettre en œuvre. À la fin des débats, le gouvernement doit rassembler tous les acteurs de la société civile autour d’un « Grenelle du pouvoir de vivre » : les associations, les mouvements de jeunesse, les organisations syndicales et patronales… Nous devons nous donner des objectifs communs. Si le gouvernement reste dans une position très verticale en décidant seul ce qui peut ou ne peut pas être appliqué, ce sera un échec.

 

Propos recueillis par dprimaulat@cfdt.fr