Le dialogue social boosté par la mise en place des CSE chez Crédit Agricole CIB et SA

Publié le 04/08/2020

C’est une bonne nouvelle : les élections CSE ont permis à deux équipes CFDT du Crédit Agricole de rafler la mise. À elles deux, elles totalisent 70 000 salariés et font des projets pour renforcer le dialogue social au sein de leurs entreprises.

« Quoi qu’en pense notre direction, nous n’avons pas que des problèmes de riches ! », déclare Philippe Relin, délégué syndical national de Crédit Agricole CIB depuis 2015 et secrétaire du CSE depuis avril 2019. « C’est d’ailleurs grâce à une politique sociale bien assumée que la CFDT est passée pour la première fois devant les autres organisations syndicales aux dernières élections. » Certes, la banque emploie 90 % de cadres et affiche un salaire moyen annuel de 68 000 euros par an. Mais ces chiffres masquent des situations très différentes. « C’est une moyenne en trompe-l’œil. Une minorité touche plusieurs centaines de milliers d’euros par an, cela se retrouve dans le calcul, poursuit le secrétaire du CSE. La réalité, ici, ce sont des écarts de rémunérations importants entre les fonctions dites supports et les métiers opérationnels combinés à l’absence de stratégie de carrière et un index égalité professionnelle qui doit encore progresser, notamment pour la promotion des femmes aux postes à responsabilité. Alors, sur tous ces aspects, la section s’est retroussé les manches. »

La volonté de réduire les écarts de rémunération…

Des activités sociales et culturelles mieux gérées
La section CFDT a repris en main les activités sociales et culturelles de CA-CIB pour en faire profiter un plus grand nombre de salariés et instaurer un système de répartition plus juste. À cette fin, elle a informatisé le comité d’entreprise, créé un nouveau site internet et revu les règles d’éligibilité de façon que tout le monde puisse accéder aux prestations offertes.

Plus de pouvoirs pour les suppléants
En plus des heures légales, l’accord CSE de CA-CIB octroie dix heures par mois à chaque suppléant et 400 heures mensuelles réparties entre les organisations syndicales selon leur nombre d’élus. Grâce à ses résultats aux élections, la CFDT a récupéré 165 heures. Surtout, l’accord prévoit que les titulaires aient la possibilité d’échanger des heures avec les suppléants. « Dans notre équipe, titulaires ou suppléants sont interchangeables, en heures ou en responsabilités », relève Philippe Relin, délégué syndical national CFDT.

Des listes électorales complètes
Pour CA-CIB comme pour CA-SA, au-delà du travail réalisé, le succès remporté aux élections tient largement à la constitution de leurs listes : avec le nombre maximal de candidats, issus de tous les services, les listes ont été perçues comme gages de solidité et de crédibilité en faveur des sections CFDT qui sont passées haut la main devant les organisations syndicales ayant des listes incomplètes.

Pour la première fois depuis quatorze ans, la direction a accepté en 2019 le principe d’une augmentation collective de 650 euros bruts annuels attribuée à près de mille collaborateurs, les salaires supérieurs à 44 000 euros étant exclus de l’enveloppe. Un premier pas important selon la CFDT de CA-CIB. « Plus symbolique que substantielle, cette augmentation est importante car elle impulse une dynamique qui n’existait pas auparavant. Pour ceux qui n’étaient pas augmentés pendant trois ans ou qui reçoivent moins de 5 000 euros de prime annuelle (quand la moyenne générale est à presque 30 000), nous voulions que de tels écarts se réduisent. L’accord d’intéressement signé en parallèle va aussi dans ce sens : la CFDT a négocié un montant plafonné pour les plus gros salaires », souligne Philippe.

… Et de sensibiliser les cadres sur les recrutements

Il en va de même en matière de mixité des métiers. Depuis 2016, l’accord égalité professionnelle prévoit un recensement annuel du nombre d'embauches en CDI par métier, genre et catégorie professionnelle sur les trois dernières années. Ce qui permet d’avoir une photographie exacte des candidatures et des recrutements et leur répartition. D’après Philippe, la vertu de cet accord est d’avoir mis des moyens sur la sensibilisation de chaque responsable : comment peut-il inverser la tendance et tendre vers un meilleur équilibre femmes-hommes dans ses effectifs ? La section souhaite maintenant aller plus loin dans le nouvel accord en cours de négociation, en faisant entrer le respect de ces objectifs dans le calcul de la rémunération variable des responsables de département. « De même, nous souhaitons faire avancer les managers sur la question de l’emploi des personnes en situation de handicap. La culture de la maison reste en décalage sur ce sujet par rapport à ce qui a pu être fait sur l’égalité femmes-hommes. Nous pensons qu’il est possible de s’inspirer de l’accord égalité professionnelle et de susciter une prise de conscience en faveur d’une société plus inclusive. »

La remise en ordre des activités culturelles et sociales

La CFDT du Crédit Agricole SA reprend la main

Au Crédit Agricole SA (CA-SA), c’est une toute nouvelle équipe CFDT qui s’est reconstruite en seulement deux ans. « Nous avons commencé à travailler en vue des élections dès la fin 2017 en renouvelant toute notre communication : des tracts mensuels, des guides sur des sujets de fond et un site internet tout neuf à partir de juillet 2018 », explique Valérie Delacourt, déléguée syndicale centrale de CA-SA et coordinatrice CFDT pour le groupe Crédit Agricole SA (70 000 salariés environ). Au final, l’équipe a mené dix-huit mois de campagne tambour battant, accélérant la cadence dans les trois mois précédant le scrutin : quatorze publications en douze semaines, huit réunions sur site pour rencontrer les 2 000 salariés de CA-SA et faire signer une pétition demandant que la prime Macron bénéficie à davantage de personnes de l’entreprise. « Cela nous a permis de récolter 500 contacts, de les relancer ensuite et de leur rappeler de voter », poursuit Valérie. « Pour trouver des candidats, nous avons fait jouer le réseau à plein et réussi à déposer une liste complète, soit 21 titulaires et 21 suppléants. » Comme pour la section de CA-CIB, la démarche s’est révélée payante. Le nombre de voix en faveur de la CFDT-CA-SA a doublé, passant de 21 % en 2016 à 41 % en juin 2019, la plaçant en haut de l’échiquier syndical, devant la CFE-CGC (36 %), la CFTC (16,2 %) et FO (6,8 %). À la fin 2017, il ne restait que dix adhérents. Actuellement, le syndicat en compte 120… et en espère 200 d’ici à juin 2020 !

Depuis quatre ans, un gros travail a également été accompli afin de mettre en conformité les activités sociales et culturelles (ASC) du groupe avec les valeurs CFDT. « En changeant le système d’informatisation puis en créant un nouveau site internet, nous avons redonné de la crédibilité et de la visibilité aux activités du CE. Surtout, nous avons mis fin à certaines pratiques (par exemple, des activités réservées par des salariés avertis avant les autres…). Les aides financières ont été élargies et les règles d’éligibilité revues pour un CE plus juste et ouvert au plus grand nombre. Bien que le gâteau n’ait pas changé de taille, les parts sont beaucoup mieux réparties. Les salariés ont accès à plus de prestations et en consomment plus. » Le résultat est payant : un sondage effectué l’été dernier auprès des salariés sur les ASC donne une appréciation générale de 7,8 sur 10 (88 % de répondants attribuant une note supérieure ou égale à 7). « En ce moment, notre réflexion porte sur l’empreinte carbone de nos activités, précise le secrétaire du CSE. Il faut être cohérent : on ne peut pas d’un côté revendiquer le télétravail comme un moyen de réduire la pollution liée aux déplacements quotidiens et de l’autre proposer des trajets en avion à l’autre bout du monde… »

L’instauration de pauses-café “spéciales élections”

Forte de ces succès, la section a pu faire une campagne électorale active. Dès septembre 2018, elle a régulièrement organisé des pauses-café à la mi-journée. « On tractait le matin : “Rendez-vous tout à l’heure pour boire un café”, rapporte Fanny, militante CFDT. Et nous envoyions chaque semaine une communication écrite avec présentation des candidats et nos revendications. » Au final, pas moins de 55 candidats ont été inscrits sur les listes : « On a fait carton plein, avec des représentants dans chaque direction ; on en avait plus que toutes les autres organisations syndicales, et même plus que nos deux concurrents réunis. » C’est, à l’évidence, une des clés ayant permis de remporter les élections.

La CFDT ayant également repris la main chez CA-SA aux élections de son CSE, le souhait commun des deux nouveaux secrétaires de CSE est maintenant de proposer une « offre campus » pour les salariés de l’ensemble des sites et d’échanger régulièrement sur des sujets qu’ils partagent dans le dessein de trouver ensemble des solutions.

cnillus@cfdt.fr 

Repères

• Crédit Agricole Corporate and Investment Bank (CA-CIB) est la banque de financement et d'investissement du groupe Crédit Agricole. Elle emploie 5 075 salariés en France sur deux lieux, le campus de Montrouge (Hauts-de-Seine) et le site de Saint-Quentin-en-Yvelines (Yvelines). Près de 90 % sont des cadres.

• Aux élections du CSE d’avril 2019, la CFDT est devenue première organisation syndicale avec 45,71 % des voix, devant la CFE-CGC (33,03 %) et la CFTC (21,26 %).