Le développement spectaculaire de la CFDT chez Domofrance

Publié le 19/08/2019

En dix ans, la section de cette entreprise sociale de l’habitat est passée de douze à plus de cent adhérents. Un développement continu qui s’est également traduit dans les urnes. La CFDT est devenue majoritaire en 2018 en recueillant plus de 60 % des voix aux élections professionnelles.

Le succès d’une section syndicale tient souvent à l’énergie d’une personne qui décide un jour de s’investir pour ses collègues. Domofrance ne fait pas exception à la règle. Dans cette entreprise sociale de l’habitat basée en Gironde, la CFDT a longtemps vivoté avec quelques hauts et surtout des bas. En 2007, minoritaire, elle était perçue par beaucoup de salariés comme un syndicat qui râlait dans son coin avec des discours très durs contre la direction. C’est à cette époque que Bruno Villeger se retrouve, un peu par hasard, propulsé délégué syndical. Les prises de position de l’ancienne déléguée syndicale ne convenant plus aux militants de la section, ces derniers lui ont donc demandé de prendre la relève. Un choix qui va se révéler particulièrement judicieux.

Une progression continue

     

Un syndicalisme de proximité
La CFDT de Domofrance a pris son envol quand elle a pris la décision de retourner au contact des salariés. « Au début, quand j’allais voir les collègues, j’avais des craintes de m’afficher CFDT, raconte Bruno Villeger. Aujourd’hui, c’est devenu complètement naturel. » Les salariés apprécient également que les élus les consultent sur toutes les questions liées à leur travail et essayent de trouver des solutions avec la direction. Aujourd’hui, la CFDT est présente dans les trois collèges de l’entreprise.

Un syndicalisme de services
Les élus se mettent au service des salariés. Tout en poussant des revendications collectives, ils n’hésitent pas à s’occuper des cas individuels et à négocier des arrangements avec la direction. Cette prise en charge est plus discrète mais le bouche-à-oreille fonctionne à plein. « Nous résolvons 70 % des problèmes, résume Sylvie Labeur. Les salariés en ont conscience. »

Un syndicalisme structuré
La section travaille à améliorer l’équilibre entre vie syndicale et vie professionnelle. Ils ont signé un accord CSE qui protège les élus. De quoi convaincre d’autres salariés de se lancer dans l’aventure. « Sans ce garde-fou, l’implication syndicale des salariés serait de plus en plus compliquée », assure Bruno Villeger.

     

Cet informaticien calme et organisé va en effet décider de se consacrer à plein temps à cette nouvelle mission. La direction n’étant pas trop regardante sur les heures de délégation, il multiplie les rencontres avec les salariés et joue à plein le réseau CFDT en s’appuyant sur le Syndicat construction-bois Aquitaine Nord, la fédération mais aussi les administrateurs CFDT qui siègent au conseil d’administration du Comité interprofessionnel du logement girondin (CILG), devenu Action Logement, le principal actionnaire de l’entreprise. Bruno se met au service des salariés en prenant à bras-le-corps les dossiers individuels, tout en faisant remonter les revendications des différents services.

Les salariés ne mettent pas longtemps à se rendre compte du changement d’approche. Aux élections de 2011, la CFDT passe de 28 à 42 %. Elle obtiendra 53 % en 2014 puis 60,16 % en 2018 avec Bruno Villeger élu au collège cadres. Une gageure dans une entreprise de 500 salariés où les cadres restent assez largement la « chasse gardée » de la CFE-CGC. Durant la même période, la section passe de 12 à 112 adhérents. Sébastien Gache, nommé secrétaire du comité d’entreprise entre 2011 et 2014, a été un atout majeur dans la réussite de la CFDT à Domofrance.

« Progressivement, nous nous sommes professionnalisés, notamment grâce aux formations proposées par la fédération », raconte Sylvie Labeur. Cette militante dynamique fait partie des « historiques » qui sont à l’origine de cette success story syndicale aux côtés de Bruno et de Sébastien, notamment grâce à son action au sein du CHSCT. « Face à la direction, c’est important d’être performant, non pas sur tous les sujets, mais sur quelques problématiques que l’on souhaite faire avancer, ajoute-t-elle. Notre marque de fabrique, c’est la proximité avec une attention très forte à toutes les questions d’organisation du travail. L’entreprise avait un management paternaliste avec de vrais abus de la part de certains responsables. Nous n’avons pas hésité à monter au créneau, tout en restant dans le dialogue et la négociation avec la direction. » La section a, par exemple, beaucoup travaillé avec les gardiens d’immeuble sur leur planning, leurs conditions de logement, leur équipement de protection. Tout naturellement, cette population – qui représente près du quart des salariés – a fini par se rapprocher de la CFDT.

Un soutien des salariés

Autre particularité notable, la section communique beaucoup. Les salariés sont informés par tracts des positions de la CFDT et de l’avancée des négociations. Ils sont également incités à adhérer afin de donner aux élus davantage de poids dans les discussions. « Nous leur expliquons régulièrement que le nombre d’adhérents compte énormément dans le rapport de force, insiste Bruno. Beaucoup de salariés n’ont pas envie d’être élus ou de s’investir dans le syndicalisme, mais ils apportent leur soutien en prenant leur carte. Chacun est dans son rôle. C’est une marque de confiance. »

Et force est de constater que, face à la direction, le nombre fait la force. La CFDT s’est battue et a réussi à obtenir, chaque année, des augmentations générales, contrairement à la majorité des entreprises du secteur. Elle a aussi négocié un dispositif de retraite anticipée. Elle s’est également mobilisée pour une transparence totale des primes sur objectifs chez les cadres. « Nous ne voulons pas que la rémunération des uns dépende du travail des autres, résume Sylvie. Nous privilégions une approche collective. »

L’excellent résultat des dernières élections est d’autant plus satisfaisant pour ces deux militants chevronnés qu’ils sont parvenus à fortement renouveler les élus CFDT et ainsi assurer la relève. Reste à présent à s’organiser afin que chacun trouve sa place au sein de l’équipe. « Chaque élu doit prendre sa part du travail, insiste Bruno. Il est très important que le travail syndical ne repose pas sur une ou deux personnes, comme cela arrive souvent. »

Un dialogue social à organiser

Améliorer le fonctionnement du dialogue social dans l’entreprise a d’ailleurs été au cœur de la négociation sur le fonctionnement du comité social et économique (CSE). La discussion aura mis six mois à aboutir. « Nous nous sommes battus pour que le rôle des élus soit mieux reconnu, explique Bruno. Cela peut choquer mais notre priorité n’était pas d’obtenir un maximum d’heures de délégation. Ce que nous voulions, c’est la garantie que les salariés pourraient assurer pleinement leur travail d’élus. »

L’accord stipule ainsi que les organisations syndicales, les ressources humaines et les managers ont, ensemble, pour mission de favoriser l’engagement des collaborateurs dans les activités syndicales, d’assurer une évolution de carrière aux élus et de reconnaître les compétences acquises dans le cadre du mandat syndical.
Chaque élu bénéficie d’un entretien avec la direction des ressources humaines (DRH) en début de mandat en présence de son manager, afin que soit étudiée de manière très pratique la prise de fonction. « L’objectif de l’entretien consiste à évaluer l’équilibre entre le temps passé dans l’exercice du mandat, d’une part, et la charge de travail liée au poste de travail, d’autre part […]. Les solutions trouvées par le manager et la DRH devront permettre aux représentants du personnel d’exercer sereinement leurs mandats sans mettre les équipes en difficulté », peut-on lire dans le texte de l’accord. Et, en cas de difficulté, le service RH s’engage à servir de médiateur. Un second entretien au bout d’un an est prévu pour faire le point.

Un retour à anticiper

L’entreprise s’engage en outre à aider tous les élus qui souhaitent s’engager dans une démarche de VAE (validation des acquis de l’expérience) et à anticiper le retour à temps plein des salariés après leur mandat. « Faire la part des choses entre son travail de salarié et son travail d’élu n’est pas facile. Si l’on veut que des salariés aient envie de s’investir quelques années pour leurs collègues, il est fondamental de soulever cette question. Représenter ses collègues doit être considéré comme un vrai travail et non comme une activité annexe que l’on exerce quand on arrive à se dégager un peu de temps », insiste Bruno. Lui-même s’est d’ailleurs formé au cours de son mandat à un nouvel emploi de médiateur social et compte bien l’exercer à temps plein à la fin de cette mandature. « Il faut reconnaître que nous avons la chance de pouvoir faire cet aller-retour, conclut-il. Je n’ai jamais ressenti de discrimination liée à mon engagement syndical, comme cela peut se passer dans d’autres entreprises. »

jcitron@cfdt.fr

photo © DR 

     

Repères

• Filiale du groupe Action Logement Immobilier, Domofrance construit et gère de l’habitat social depuis 1958. L’entreprise dispose d’un patrimoine de 30 000 logements en gestion dont 1 220 sont destinés aux étudiants et aux jeunes actifs et emploie 500 collaborateurs.

• La CFDT est la première organisation syndicale de l’entreprise avec 60,16 % aux dernières élections de décembre 2018, devant la CFE-CGC (27,36 %)…

• La section compte 112 adhérents.