Le compte à rebours est lancé pour les élections fonction publique

Publié le 28/11/2017 à 17H05
Près de 5,5 millions d’agents publics éliront leurs représentants le 6 décembre 2018. Un scrutin capital pour la CFDT. Pour remporter ce défi, la campagne s’organise.

Officiellement lancée par Laurent Berger pendant le grand rassemblement du 3 octobre dernier qui a réuni 10 000 militants à Paris, la campagne pour les élections professionnelles de décembre 2018 dans les fonctions publiques sera le fil rouge de l’année à tous les niveaux de l’organisation. Gagner du terrain dans les administrations, les écoles et les lycées, les hôpitaux, les centres médico-sociaux, les collectivités territoriales, à La Poste ou encore chez Orange permettrait à la CFDT, devenue première organisation syndicale dans le secteur privé en mars 2017, d’accéder à la première place tous secteurs confondus.

Difficile, dans cette campagne, de faire abstraction du contexte : gel du point d’indice, rétablissement du jour de carence, report du calendrier du protocole PPCR, mais aussi Comité Action publique 2022. « Nous serons sans doute percutés par l’actualité en 2018, avec des réformes dont on souhaite qu’elles prennent en compte l’intérêt général. Mais la vie ne s’arrête pas pour autant », a souligné la secrétaire nationale Jocelyne Cabanal lors de la réunion des « référents élections fonction publique » des fédérations concernées et des unions régionales, le 20 octobre dernier.

Affirmer la différence syndicale de la CFDT

     

Élections, mode d’emploi

Qui vote ?
Les fonctionnaires, titulaires ou stagiaires, les contractuels de droit public ou privé, les ouvriers d’État, les enseignants des établissements privés sous contrat, les fonctionnaires d’Orange ou de La Poste sont appelés à voter le 6 décembre 2018.

Pour quelles instances ?
Pas moins de 22 000 instances représentatives vont être renouvelées. Il s’agit des comités techniques, instances de concertation sur l’organisation du travail, les effectifs, la politique indemnitaire, l’égalité professionnelle, la lutte contre les discriminations, la protection sociale complémentaire. Les titulaires éliront aussi leurs représentants dans les commissions administratives paritaires (CAP), chargées du suivi individuel de leur carrière (mutations, avancement) et de rendre un avis en cas de sanction disciplinaire. Ces mêmes questions sont gérées au sein des commissions consultatives paritaires (CCP) pour les contractuels.

Des enjeux nationaux
Les évolutions de chacun des trois versants de la fonction publique sont soumises à un conseil supérieur dédié à l’échelle nationale : conseil supérieur de la fonction publique d’État (CSFPE), de la territoriale (CSFPT) et de l’hospitalière (CSFPH). Un conseil commun de la fonction publique (CCFP) chapeaute l’ensemble. Les sièges au sein de chaque instance sont attribués en fonction des résultats obtenus dans tous les comités techniques respectifs. À l’issue du scrutin de 2014, la CFDT avait obtenu 6 sièges au CCFP, la CGT 8, FO 6, l’Unsa 3, la FSU 2 et Solidaires 2, les autres organisations (la CFTC, la CGC et la FA-FP) se répartissant les trois sièges restants.

     

Si la campagne sera coordonnée tout du long par la CFDT-Fonctions publiques avec le soutien de la Confédération, elle laisse la part belle aux initiatives de chacun. Car c’est aussi localement que la CFDT fait la preuve de sa différence syndicale : proximité aux agents, écoute de leurs réalités et réponses concrètes à leurs préoccupations. Fédérations et unions se sont fixé des objectifs de progression par rapport aux résultats de 2014. En Normandie, les marges de progression ont été identifiées en scrutant les résultats de 2014. « Nous devons améliorer les résultats à l’Insee, dans la police, la justice et à l’Éducation nationale. Nous devons aussi renforcer notre présence dans les directions départementales interministérielles », détaille Martine Levasseur. Autre approche en Occitanie : « Nous allons proposer aux équipes des ciblages revendicatifs, autour de l’égalité professionnelle ou de l’action publique dans les espaces ruraux, explique Joachim Dendeviel. Dès novembre, des réunions territoriales associant syndicats et unions départementales sont programmées. » En Centre-Val de Loire, une journée sur l’action publique, à laquelle sont conviés militants et adhérents du public et du privé, est prévue le 15 décembre prochain. Objectif : « Dialoguer entre citoyens, explique Cécile Thiberge, membre du bureau de l’Union régionale, car la question, ce n’est pas le nombre de fonctionnaires, mais les services publics dont nous avons besoin. »

Dans cette diversité, coordonner les actions de campagne entre fédérations et unions régionales interprofessionnelles sera capital pour éviter doublons et déperdition d’énergie. L’Uffa (Union des fédérations de fonctionnaires et assimilés) a ouvert à cet effet un espace dédié, « Élections professionnelles FP 2018 », sur son site uffa.cfdt.fr. Chacun pourra y piocher à sa guise les tracts mis à disposition. « Nous proposons des tracts à vocation générale sur des thématiques transversales, le télétravail, la protection sociale complémentaire ou la santé-sécurité au travail, en laissant les thèmes professionnels à chaque fédération », précise sa secrétaire générale, Mylène Jacquot. De son côté, Interco publiera début 2018 un Guide de l’agent public, « destiné à tous nos futurs électeurs et que d’autres fédérations souhaitent également diffuser », explique Claire Le Calonnec, la secrétaire générale de la Fédération Interco. À l’automne, un guide juridique outillera les militants.

Des formations CFDT d’aide à la constitution des listes

Dans les sections, la constitution des listes est d’ores et déjà une préoccupation de tous les instants. Avec une nouveauté en 2018 puisque la mixité proportionnelle entre en vigueur dans le public. Comme dans le privé, les listes devront comporter une proportion de femmes et d’hommes conforme aux effectifs. Si tous approuvent la mesure, sa mise en œuvre suscite quelques appréhensions. « Nos métiers sont fortement féminisés et l’enjeu sera de trouver des candidats, nous allons devoir déstresser nos équipes sur ce sujet », explique Liliane Dassis, de la Fédération Santé-Sociaux.

La formation est à ce titre une étape indispensable, d’autant plus que de nombreux militants nouvellement élus en 2014 n’ont pas la mémoire de la campagne précédente. « Nous proposons deux formations : l’une vise à mobiliser des candidats, l’autre à faire voter CFDT », indique Michèle Berrada, de l’Union régionale interprofessionnelle d’Île-de-France. Certains, comme le Sgen-CFDT, misent sur les applications numériques pour améliorer la gestion des contacts avec les candidats potentiels : « Nous avons adopté un outil pour construire les listes de façon collaborative, afin de consacrer le maximum de notre temps au terrain », explique Élisabeth Ritzenthaler. Car s’il est un constat unanime, c’est que rien ne remplace le contact direct pour convaincre les collègues d’adhérer, de se présenter et de voter CFDT. « Si les agents ne peuvent pas accrocher au sigle “CFDT” la tête d’un gars ou d’une fille, cela n’ira pas ! », résume Sophie Morin, de la CFDT-Défense. Ce sera aussi l’enjeu d’organiser des débats car « il faut expliquer et réexpliquer sur les territoires et dans les services les positionnements CFDT », souligne Karine Berger, de Poitou-Charentes. Tous les responsables de la CFDT-Fonctions publiques comme de la Confédération sont d’ailleurs mobilisés pour y participer.

Des cartes-pétitions impliquant les agents

Les ressources ne manquent pas en vue de faciliter le dialogue. Mylène Jacquot a rappelé le succès des cartes-pétitions. Après les 10 000 premières cartes remises à l’Élysée le 10 octobre dernier par la secrétaire générale de l’Uffa, la secrétaire générale de la Fédération Santé-Sociaux, Nathalie Canieux, et la secrétaire nationale Jocelyne Cabanal, 20 000 supplémentaires sont arrivées depuis ce jour à l’Uffa, qui encourage les militants à amplifier le mouvement. Les cartes, qui résument les revendications CFDT, permettent d’amorcer le dialogue avec les agents et de les impliquer en les invitant à signer. Autre outil, les résultats de l’enquête Parlons travail : « Nous pouvons fournir des kits d’animation en vue d’organiser un temps d’échange avec les agents sur leur travail », détaille le secrétaire confédéral Thibaut Sellier. Des débats qui feront écho au livre L’Autre Trésor public, attendu en février-mars 2018 en libraire, qui réunit les témoignages d’agents publics, tous secteurs confondus, sur leurs conditions de travail, leurs attentes et leur vision du service public. C’est tout le sens de cette campagne.

mneltchaninoff@cfdt.fr