Le combat de la CFDT pour le maintien de l’activité à l'usine Candia du Lude

Publié le 21/05/2013
La CFDT défend un projet alternatif crédible à la fermeture du site du Lude, dans la Sarthe, programmée pour 2014. Laurent Berger est venu soutenir ses salariés.

Implantée dans la ville du Lude, l’usine laitière Candia, deuxième employeur de la commune, doit fêter en 2013 son centième anniversaire. Une manière bien cruelle de rappeler chaque jour à ses 185 salariés que leurs emplois sont en sursis. L’annonce le 8 novembre 2012 en comité central d’entreprise de la fermeture de trois des huit sites Candia, dont le leur en 2014, a été un vrai coup de massue. Aucun signe ne laissait présager un tel scénario. Au contraire : les employés s’étaient récemment vu proposer de travailler les week-ends afin d’augmenter la production. Et du matériel neuf avait été installé quelques semaines auparavant. Alors pour clamer ce qu’ils considèrent comme « un acte de trahison », ils ont pendu à l’entrée de l’usine un épouvantail en bleu de travail surmonté d’une pancarte « Candia fournisseur de Pôle emploi ».

Ce mécontentement, la coopérative agricole Sodiaal fait mine de l’ignorer. Et pour cause ! La direction générale a pris la décision de fermer l’usine depuis Paris sans jamais s’être rendue sur place et ainsi juger de la viabilité du site, préférant poursuivre sa politique de la terre brûlée.
Il y a peu, elle s’est dite intéressée par la reprise de trois sites concurrents en difficulté (Coralis et SLVA), eux aussi positionnés sur la production laitière. Et le doute plane sur une possible ouverture d’un site de production Candia en Belgique… « Éliminer ses concurrents en les rachetant puis restructurer en fermant des sites de production, remportant au passage les contrats avec les producteurs de lait, telle est la stratégie Sodiaal », s’insurge la FGA-CFDT.

Un projet crédible et viable

Pourtant, un projet alternatif à la fermeture de sites, porté par la section CFDT du Lude, existe bel et bien. Présenté le 12 janvier dernier en CCE, jugé crédible et viable par le cabinet Syndex, il permettrait de réduire le nombre de licenciements (332 sont prévus au total) en maintenant les activités à forte valeur ajoutée sur le site du Lude, que viendrait compléter une activité logistique de stockage réfrigéré. « Aujourd’hui, Sodiaal prévoit de regrouper son activité stockage sur une plateforme extérieure basée à Tours. C’est un non-sens économique dans la mesure où Le?Lude possède toutes les infrastructures nécessaires à la réalisation de ce projet », martèle Romain Pottier, délégué CFDT. Seulement voilà, la direction refuse d’en entendre parler, et rejette depuis des mois toute demande qui offrirait à l’équipe CFDT l’opportunité d’exposer son projet. Laurent Berger, interpellé par la section lors du Salon de l’agriculture, s’était engagé à venir soutenir les salariés. « Je ne serais pas là si je n’étais pas convaincu que le site du Lude a un avenir économique. Votre usine n’est pas en perte de rentabilité, et rien ne justifie les choix industriels faits par Sodiaal », a-t-il affirmé devant les salariés et adhérents du site le 14 mai.

« Si la direction n’a rien à dire sur votre projet, il faut faire en sorte qu’elle vienne écouter », poursuit Laurent Berger, sans perdre de vue le moyen de pression politique… que le gouvernement se refuse à jouer jusqu’à présent. « Les ministères concernés doivent contraindre la direction à tenir une table ronde pour que vous puissiez exposer votre projet, et cette table ronde doit se tenir avant le 18 juin. » C’est en effet à cette date que la justice doit se prononcer sur la légalité du plan de sauvegarde de l’emploi et l’obligation de fermeture des trois sites, motifs pour lesquels les élus du CCE et la CFDT ont assigné la direction à la fin février 2013.

Beaucoup s’interrogent sur l’utilité de maintenir la pression avant le 18 juin, espérant qu’une décision de justice changera la donne en faveur des salariés. Ici, la moyenne d’âge du personnel – autour de 45 ans – et l’absence de formation professionnelle laissent peu d’espoir à une majorité de salariés de retrouver rapidement un emploi. « Candia a longtemps fait en sorte que l’on apprenne le métier sur le tas pour nous empêcher d’aller chercher du travail ailleurs », résume Romain Pottier. « Si le projet de reprise partielle pouvait sauver 90 emplois, ce serait déjà bien, poursuit un salarié, mais s’ils refusent la table ronde, quel moyen de pression nous restera-t-il ? »

Des producteurs solidaires ?

Porter leur histoire sur la scène médiatique : tel semble, de l’avis de beaucoup de salariés, l’ultime moyen de faire entendre leur cause aux pouvoirs publics et à la direction, mais aussi aux agriculteurs. « Nous devons mettre la pression sur les agriculteurs présents au conseil d’administration qui cautionnent cette situation en ne disant rien », martèle Romain Pottier. La récente promesse du ministre de l’Agriculture d’un déblocage en 2013 d’une aide spécifique de 20 millions d’euros pour aider, au sein de la filière laitière, les producteurs récemment installés ou ceux ayant récemment investi, a en effet du mal à passer. « On ne peut pas donner 20 millions à des producteurs sans leur demander d’être solidaires des coopératives qu’ils gèrent ! »

aballe@cfdt.fr