Laurent Berger auprès de ceux qui font la CFDT au quotidien

Publié le 16/04/2013
Le secrétaire général de la CFDT a débattu des enjeux de la période avec des militants en Rhône-Alpes : représentativité, sécurisation de l’emploi, situation des agents dans les fonctions publiques… L’occasion de mesurer l’attente d’un soutien fort de la part de toute l’organisation.

« La CFDT, c’est vous qui la faites. » L’actualité est là pour confirmer les propos de Laurent Berger, venu débattre le 11 avril avec des militants rhônalpins. Résultats de représentativité, accord national interprofessionnel sur la sécurisation de l’emploi et sa transposition dans la loi, enjeux de la qualité de vie au travail et de l’égalité professionnelle… Au deuxième jour du congrès du Syndicat chimie-énergie Rhône-Alpes Ouest (Scerao), les quelque 120 délégués présents ont échangé avec le secrétaire général de la CFDT sur ces sujets clés au niveau national, qui reposent sur le travail quotidien des militants, dans les entreprises.

Les militants en première ligne

Les bons résultats de la représentativité ? « Cela récompense votre présence auprès des salariés. Dès à présent, le deuxième cycle est en cours, et il va nous falloir confirmer notre progression. Cela suppose de passer la vitesse supérieure en termes de syndicalisation, d’implantation dans les déserts syndicaux, de soutien aux militants dans cette tâche. »

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L’accord sur la sécurisation de l’emploi ? « C’est un accord novateur en ce qu’il fait le choix que le social ne soit pas que la roue de secours de l’économique, mais d’articuler les deux par l’anticipation et le dialogue social. » Les mesures qui sont en cours de transposition dans la loi soulèvent des questions très pratiques. « Dans mon groupe, trois collègues ont refusé d’être mutés à Cholet et sont licenciés pour motif économique. Avec les nouvelles dispositions sur la mobilité interne, le motif du licenciement serait-il différent ? », interroge Christophe. « En l’état, le projet de loi maintiendrait le licenciement économique, répond Laurent Berger. La seule différence, c’est qu’un accord de mobilité interne aurait dû être négocié avec les syndicats. »

Pas de désaccord sur le fond, donc, mais l’inquiétude de ne pas réussir à faire face. « Comment nous, militants, allons-nous parvenir à encaisser tous les accords signés au niveau national interprofessionnel ? », lance Jean-François. « C’est tout l’enjeu des mois à venir, de réussir la mise en œuvre des mesures contenues dans cet accord », répond Laurent Berger. « Cela suppose que nous, organisations CFDT, formions, accompagnions, informions, communiquions, outillions les militants CFDT. »

Rencontrer les salariés, leur proposer d’adhérer

Quant à la question sous-jacente des moyens syndicaux, « un plus grand nombre d’adhérents donne aussi davantage de moyens », souligne le secrétaire général. « Nous avons proposé de mettre en place un chèque syndical, que chaque salarié pourrait verser à l’organisation syndicale de son choix. Mais cela ne remplace pas le boulot d’aller rencontrer les salariés et de leur proposer l’adhésion.
sans militants et sans adhérents.
 »

Le syndicalisme, ça n’existe pas sans adhérents


La maîtrise de la dette publique et ses conséquences sur le budget sont aussi au cœur des débats de cette journée. « Notre groupe ne connaît pas la crise, explique Sébastien, militant dans un Epic (établissement public à caractère industriel et commercial) spécialisé dans les énergies renouvelables. Mais la diminution des subventions du fait de la baisse des dépenses publiques ponctionne le budget de recherche, mettant en danger la richesse et l’emploi. »

Les fonctions publiques en quête de sens

L’inquiétude est également palpable auprès des militants du Syndicat des finances de Rhône-Alpes. Réduction des effectifs, diminution de pouvoir d’achat, dégradation du service à l’usager et sentiment de perte de sens… Après avoir subi la RGPP (révision générale des politiques publiques), les agents des finances publiques craignent aujourd’hui la Map (modernisation de l’action publique). Comme nombre de fonctionnaires, ils font état du mal-être généralisé qui en résulte. À cela s’ajoute la mise en cause du consentement à l’impôt, socle de la cohésion sociale. De ce point de vue, l’affaire Cahuzac constitue la goutte d’eau de trop.

« Cela fait longtemps que l’on dit qu’on est à l’os dans les fonctions publiques, approuve Laurent Berger. On a fait des 3 % de déficit public une religion sans réflexion stratégique sur les missions de service public. Pris dans l’étau entre la logique comptable et ceux qui prônent le statu quo, on élude la question. Résultat : de RGPP en Map, on tourne en rond et les agents trinquent. »


On tourne en rond et les agents trinquent.


Pour répondre au mal-être des agents, par l’écoute, les lieux d’expression et le dialogue social, mais aussi pour dire ce que doivent être les missions de service public de demain et comment elles peuvent être rendues avec davantage d’efficience, sûrement, mais aussi avec les moyens nécessaires, les élections des trois fonctions publiques, en décembre 2014, constituent un enjeu pour l’ensemble de la CFDT. Et le secrétaire général de prévenir : « Il faudra mouiller le maillot. »

aseigne@cfdt.fr

Visite au Centre Prélèvement Service de Lyon

encadré1En clôture de cette journée auprès des militants, Laurent Berger a rencontré les agents du Centre Prélèvement Service de Lyon. Ce « centre de contact » – il en existe quatre en France – de la direction générale des finances publiques propose aux contribuables de gérer toutes les questions relatives au prélèvement automatique et à la mensualisation. Une initiative née à Lyon en 2003 permettant d’accueillir les usagers par téléphone ou par mail toute la semaine, de 8 h 30 à 19 heures.

Dans « une administration de papier », selon l’expression du responsable du centre, le passage au tout dématérialisé a été une petite révolution. La saisonnalité de l’activité – avec une forte demande lors des versements des tiers provisionnels et de la déclaration d’impôt – a nécessité d’introduire de la souplesse. Quatre sites distants sont ainsi « activés », de la fin du mois d’août à la fin de février. Le service passe alors de 60 à 120 agents. En période basse, les 60 « extra » viennent en appui à d’autres services des finances publiques.

Pour les agents du centre, la souplesse est plutôt ressentie comme positive. Ils travaillent par plages téléphoniques de deux heures à deux heures trente, avant de passer au traitement des dossiers. Les équipes fonctionnent par tranches horaires afin de couvrir l’ensemble de la journée. « Cela permet à chacun de trouver les horaires qui s’adaptent le mieux à son rythme de vie », dit l’un des agents. Et s’ils avouent volontiers le stress des périodes hautes, quand cent appels sont en attente et que moins de vingt secondes séparent un appel de l’autre, ils se disent plutôt satisfaits de travailler dans un service aussi innovant.