Laurent Berger à l’écoute des salariés d’Atos

Publié le 10/01/2013 (mis à jour le 16/01/2013)
À la veille des élections professionnelles chez Atos, le secrétaire général de la CFDT est venu rencontrer les militants et les salariés. L’occasion d’évoquer les conditions de travail au sein de cette SSII (société de services en ingénierie informatique).

Dix ans… L’implantation syndicale de la CFDT dans le groupe Atos, entreprise de conseil et de services informatiques, a tout juste dix ans. Une décennie pendant laquelle le travail des militants a permis à la CFDT de devenir la première organisation syndicale, et de loin : elle détient 33 % des suffrages, devant la CGT et l’Unsa. À la veille des prochaines élections professionnelles, qui vont d’abord concerner le pôle « Intégration » du groupe (soit 5 800 salariés sur les 15 000 qui travaillent en France), Laurent Berger est venu apporter son soutien aux équipes. Et rappeler combien il était important à ses yeux de donner la priorité au terrain, bien qu’étant en ce moment fort occupé sur le front de la négociation sur la sécurisation de l’emploi.

Effets de la perpétuelle recherche d’économies

Au fil des deux heures d’échanges et de témoignages très riches, notamment sur les conditions de travail, des voix se sont élevées pour dénoncer les conséquences désastreuses liées au choix de privilégier les impératifs financiers sur tous les autres aspects de la vie de la SSII. Les points qui ressortent de la longue liste des doléances, c’est le management déshumanisé ou encore les plans d’économies drastiques, qui conduisent à essorer les effectifs et à pratiquer le off-shoring* à haute dose, non seulement pour des fonctions telles que la comptabilité et la paye, mais aussi pour les postes de secrétaire. Comme en ont témoigné plusieurs salariés, la recherche perpétuelle d’économies conduit par exemple l’entreprise à privilégier des jeunes moins expérimentés dans le cadre de missions de prestataire chez les clients, qui sont donc moins chers à facturer que leurs aînés, plus expérimentés. Du coup, « c’est la chasse aux seniors, la chasse aux “vioques”, qu’on pousse dehors ! », comme n’hésite pas à expliquer un militant. « Et dans des entreprises comme la nôtre, on est considéré senior dès 40-45 ans », ajoute un autre. « On pousse les gens à signer des ruptures conventionnelles, dont l’entreprise use et abuse », indique un troisième. En effet, « les ruptures conventionnelles représentent 66 % des licenciements dans la branche Syntec [fédération qui regroupe les principales sociétés d’ingénierie et de services informatiques] », complète Annick Roy, secrétaire nationale de la F3C-CFDT, présente lors de la rencontre.

Autant dire que toutes les entreprises du secteur recourent aux mêmes méthodes en vue de rajeunir leurs effectifs. « Du coup, il est important de prévenir les salariés afin qu’ils évitent de tomber dans ce piège de la rupture conventionnelle, car ils risquent de ne pas retrouver de travail ailleurs », précise l’énergique Marie-Christine Lebert, coordinatrice CFDT pour l’ensemble du groupe Atos.

Malades de l’open space et du « nomadisme »

Autre problématique évoquée lors de la rencontre avec le secrétaire général : les conditions de travail. Répondant aux interrogations de Laurent Berger quant à la qualité de vie au travail au sein d’Atos, les salariés présents ont clairement fait part de leurs récriminations. Au cœur du vaste siège d’Atos de Bezons (Val-d’Oise), qui fait un peu penser à un immense paquebot, tous les bureaux sont en open space… « Ravageur du point de vue du bien-être au travail », dénonce un militant. De plus, les salariés sont nomades, c’est-à-dire sans bureau affecté. Chaque jour, ceux qui ne sont pas « chez le client » s’en vont à la recherche d’un siège disponible dans l’un des bureaux où il reste de la place… Un vécu douloureux, donc, et qui empêche évidemment l’émergence d’un collectif. « L’entreprise, par souci de rentabiliser à outrance les mètres carrés, a calqué sur l’ensemble du personnel des conditions de travail qui conviennent davantage aux commerciaux et aux consultants, qui passent la majorité de leur temps auprès de la clientèle », indique Marie-Christine Lebert. Du coup, l’accord sur le télétravail, bien négocié par la CFDT, est nettement approuvé par de nombreux salariés, qui y voient l’opportunité de mieux travailler en restant chez eux et d’éviter – au moins ponctuellement – les contraintes de cette vie de bureau.

En réponse à ces témoignages et aux interrogations des salariés, Laurent Berger a rappelé l’importance capitale des différentes négociations en cours : d’une part, celle sur la sécurisation de l’emploi, qui doit permettre de créer les conditions d’une plus grande anticipation et d’un meilleur dialogue social ; d’autre part, celle sur la qualité de vie au travail (QVT), pour laquelle l’objectif majeur de la CFDT est de faire en sorte que l’organisation du travail devienne un sujet de négociation à part entière, où les salariés ont enfin leur mot à dire !

* Externalisation de services dans des pays à bas salaires.