La représentativité change la donne à tous les étages de la CFDT

Publié le 01/03/2013
Au-delà des nouvelles dispositions légales, la réforme de la représentativité induit de nombreux changements de pratiques, à tous les niveaux de la CFDT. Une nouvelle donne qui n’est pas sans faire écho aux enjeux de l’évolution de l’organisation.

« La loi sur la représentativité bouleverse les pratiques militantes comme aucun autre texte jusqu’alors. » Ce constat d’un responsable confédéral ne sera sans doute pas démenti par les militants CFDT qui mesurent chaque jour davantage les implications de la nouvelle donne de la représentativité. Car il y a certes les dispositions légales, au sujet desquelles des fédérations et unions régionales ont très tôt fait un travail de formation des militants. « Au moment de la signature de la position commune ont été montées des sessions d’appropriation de la représentativité, même si toutes les organisations n’ont pas les mêmes moyens de faire », indique Véronique Jazat, responsable de la politique de formation syndicale à la Confédération.

Mais il y a aussi tous les cas de figure qui n’ont pas été prévus par la loi et qui nécessitent de s’adapter, voire d’attendre que la jurisprudence fasse son œuvre. « Il y a encore des cas à la marge qui nécessitent interprétation », explique Jean-Paul Choulant, du syndicat chimie-énergie Haute-Normandie qui travaille en conséquence avec l’avocat du réseau pour répondre aux principales interrogations des équipes de son champ. « Sur les élections, l’essentiel des questions sont d’ordre juridique », constate Eddie Petitdemange, à la CFDT Lorraine.

Au centre du jeu, la relation aux salariés

Il y a, enfin, et surtout les changements induits par la nouvelle donne. Ils sont nombreux et bousculent tous les étages de la CFDT. En faisant reposer tout l’édifice de la représentativité syndicale sur le vote des salariés dans le cadre de leur lieu de travail, la loi d’août 2008 remet au centre du jeu la relation que cultivent les élus et mandatés avec ces électeurs qu’ils côtoient au jour le jour. « Ça oblige à se reposer un certain nombre de questions sur le contact aux salariés », explique Pascal Bretonnière, de la fédération Santé-sociaux.

Certes, la représentativité, en faisant de l’échéance électorale un moment clé de la vie syndicale dans l’entreprise ou l’administration, exige de se doter d’un minimum de méthode. Les structures CFDT ne s’y sont d’ailleurs pas trompées, qui ont quasiment toutes élaboré pour leurs équipes des formations de type « Préparer et gagner les élections ». Le contenu, même s’il varie d’une structure à l’autre, repose peu ou prou sur un même schéma à partir d’ingrédients communs : explication des règles de la représentativité, rétroplanning, bilan de la mandature, élaboration d’un projet, stratégie de communication, etc.

De la méthode et des pratiques quotidiennes

« Il faut construire une expression qui offre une vision d’avenir, estime Chantal Delhomme, de l’Uri Bourgogne. Il ne faut pas uniquement valoriser le bilan, mais avoir la capacité de se projeter sur ce qu’on peut améliorer, bâtir un véritable projet CFDT. » L’Uri travaille beaucoup sur la communication. « C’est ce que les militants savent le moins faire. Ils savent aller au charbon mais peinent à le valoriser derrière. » Avec son module de formation « Rédiger un tract », l’Uri connaît un franc succès. « Beaucoup de militants viennent, car c’est du concret. On travaille sur le message, la cible, l’enjeu : à qui tu parles, qu’est-ce que tu veux dire, pour quoi faire ? »

En filigrane se pose nécessairement la question des pratiques militantes. « Nous nous appuyons sur cinq bonnes pratiques syndicales, indique Jean-Paul Gautier, de la fédération chimie-énergie : le travail collectif, le lien privilégié aux adhérents, les tournées d’ateliers et de bureaux, l’information et la communication aux salariés, la proposition d’adhésion. Nous lions représentativité et développement, parce que les deux se complètent. »

Si complémentarité il y a, les deux ne vont pas pour autant de pair. « Le développement en amont est une condition nécessaire, mais pas suffisante pour gagner les élections », constate Véronique Jazat. Certaines structures ont ainsi vu leur nombre d’adhérents progresser sans qu’à la clé les résultats électoraux n’en bénéficient. Tout comme une bonne campagne électorale ne se traduit pas automatiquement en flux d’adhésions, selon Sylvain Standaert, de la FGMM : « Le temps électoral est un levier pour le développement, mais ce n’est pas sur une élection qu’on arrive à faire adhérer. »

La culture de la proximité

C’est dans la pérennité des bonnes pratiques que se joue la complémentarité de l’élection et du développement. Il ne s’agit pas de faire un “coup” électoral mais d’acquérir « la culture de la proximité », selon l’expression de Pascal Bretonnière (Santé-sociaux). C’est ce sur quoi planche le groupe ressource représentativité de l’Uri Midi-Pyrénées, qui intervient à la demande des sections. « Les équipes qui nous sollicitent se situent souvent entre 10% et 30%, explique Grégory Martin. Elles sentent instinctivement qu’il faut changer des choses, mais elles ne savent pas forcément quoi. Nous les aidons à identifier les leviers de changement. » Au terme de cet accompagnement « se pérennise l’idée qu’on doit travailler autrement », poursuit le secrétaire général. En clair : « Travailler en collectif et faire des choix de priorités. Voir les salariés plus souvent que la direction. » Même constat en Bourgogne : « L’élection, c’est une présence, une visibilité quotidienne. »

Tous le disent : « La campagne électorale commence au lendemain des élections précédentes. » Et beaucoup pressentent que c’est à l’issue du deuxième cycle d’élections que l’on mesurera pleinement les effets de la représentativité.

Changement de mode de fonctionnement

Changement de méthode, changement de pratiques, changement de mode de fonctionnement, la représentativité conduit les sections à repenser leur rapport au collectif : en associant tous les élus, quel que soit leur mandat, à la prise de décision ; en intégrant davantage les adhérents dans le travail quotidien et la relation aux salariés. « On le voit sur le développement qui repose désormais sur toute l’équipe », indique Jean-Paul Choulant, du SCE Haute-Normandie.

Le changement n’épargne pas non plus les syndicats. « Les équipes ont besoin d’aide et ça permet de resserrer les liens avec elles », se félicite Jean-Paul. L’enjeu est tel que les Métaux 31 ont décidé de mettre en place un système de référents pour assurer le suivi de ses sections. « Ils surveillent les dates des élections, aident la section à établir un diagnostic de son fonctionnement, à identifier son environnement », explique Annie-France Lair-Bda, la secrétaire du syndicat. L’objectif étant qu’aucune section ne perde les élections pour ne pas en avoir pris la bonne mesure, ne pas avoir présenté de candidats sur un collège, ne pas avoir joué le tout pour le tout.

Pour ce faire, les syndicats doivent avoir une bonne vision de leur carte d’implantation. Et ne laisser passer aucune occasion. Le syndicat chimie-énergie Bretagne n’hésite ainsi pas à tracter régulièrement devant des entreprises où il n’est pas forcément implanté pour valoriser les acquis d’un accord de branche… et voit ses résultats progresser, tant sur les élections que sur les adhésions.

Entre structures aussi, la représentativité a modifié la donne. Difficile en effet pour une fédération, de suivre toutes les élections des entreprises ou administrations de son champ professionnel. En la matière, la complémentarité et la mutualisation avec les structures interprofessionnelles de proximité trouve tout son sens. « Nous incitons les syndicats à travailler avec l’interprofessionnel, explique Véronique Château, de la fédération des Services. Certaines structures ont largement repris nos outils. Par ailleurs, nous menons un travail en commun avec certaines structures sur les élus sans étiquettes. »

À la rencontre de nouveaux publics

Comme la région Pays-de-la-Loire depuis 2009, de nombreuses Uri mènent un travail de fond auprès de ces élus qui ont désormais accès à la négociation des accords collectifs dans les entreprises de moins de 200 salariés dépourvues de délégué syndical et sont en quête de soutien face à cette nouvelle responsabilité. Rencontres, journées de travail, formations leur sont proposées pour leur apporter les conseils dont ils ont besoin. « C’est à nous d’aller à leur rencontre en leur proposant d’adhérer à un projet et en leur apportant notre aide », souligne Chantal Delhomme. La fédération des Services a également investi ce potentiel d’élus, via un dispositif expérimental innovant de démarchage et de conseil aujourd’hui étendu à l’ensemble du territoire.

Les Uri sont par ailleurs très fortement investies pour aller négocier des protocoles d’accord préélectoraux dans des entreprises où la CFDT ne dispose pas d’élus. En Bourgogne, un chargé de mission propose, là encore, de la méthode : protocole type, rétroplanning, aide à la constitution des listes, présence le jour des élections et lors du dépouillement, formation des élus… À la clé, le nombre d’implantation CFDT augmente. « C’est l’avenir d’aller vers les salariés des TPE-PME, estime Jérôme Dupont, de Champagne-Ardenne, et cela révolutionne nos pratiques syndicales, car nous n’y avons pas de relais. »

Aller vers de nouveaux publics est effectivement un autre enjeu majeur de la représentativité qui ne se limite d’ailleurs pas aux entreprises en jachère syndicale. La CFDT-Cheminots l’a bien compris. Après avoir rallié à elle, à la veille des élections professionnelles de mars 2009, la fédération Fgaac des agents de conduite, elle a su tirer parti de la recomposition du paysage syndical à la SNCF, où le nombre d’organisations représentatives est passé de huit à quatre. « La tentative d’alliances contre nature a conduit des militants d’autres organisations à nous rejoindre », indique le secrétaire général Arnaud Morvan. Une situation qui suppose de savoir faire de la place aux nouveaux venus, que ce soit en termes de responsabilités ou de pratiques. À Lyon, 350 adhérents et militants CFTC de la SNCF ont rallié une centaine d’adhérents CFDT. Aujourd’hui, la section est en plein développement, sous la houlette d’un ancien militant CFTC. Une preuve que si la représentativité bouscule les repères à tous les étages, c’est souvent pour le meilleur.

aseigne@cfdt.fr