La CFDT veille au grain pour les ex-Gad

Publié le 03/03/2015

Alors que le groupe SVA relance l’activité de l’abattoir Gad, à Josselin, qui a frôlé la catastrophe, la CFDT revendique un dialogue social de qualité.

« Dans la reprise de l’abattoir, l’action des militants de la CFDT a été primordiale. » Début février, Laurent Berger est venu soutenir l’équipe CFDT, qui met tout en œuvre pour assurer l’avenir des salariés de l’abattoir Gad à Josselin (Morbihan), renommé JPA (Josselin Porc Abattage) depuis sa reprise à la fin 2014 par le groupe SVA Jean Rozé.

Depuis deux ans, les salariés ont été confrontés à de multiples épreuves. En février 2013, Gad est placée en redressement judiciaire, ce qui entraîne la suppression de 900 postes dans le Finistère et la concentration de l’activité sur le site de Josselin, où 343 emplois sont créés. Mais l’endettement de Gad atteint de telles sommes que la liquidation judiciaire de la société est prononcée à l’automne dernier. Il s’ensuit un plan de sauvegarde de l’emploi pour lequel les élus CFDT émettent un avis négatif, estimant que le repreneur a sous-évalué les effectifs nécessaires à la poursuite de l’activité.

Des personnes licenciées avant d’être réembauchées

       
   

544 emplois maintenus

Le groupe SVA avait initialement proposé de reprendre 507 postes. Estimant que c’était insuffisant vu les objectifs de production, la CFDT n’a cessé de réclamer le maintien d’un plus grand nombre d’emplois. Le site de Josselin a finalement redémarré le 20 octobre 2014 avec 525 salariés. Dix-neuf personnes licenciées ont, depuis, été réembauchées. La direction vient d’annoncer onze postes supplémentaires à pourvoir.

Accompagnement des salariés non repris

La section syndicale, le SGA 56 et la CFDT-Bretagne suivent attentivement la situation des salariés non repris (225 CDI initialement et 372 intérimaires). Sur les conseils de la CFDT, plusieurs dizaines d’entre eux ont fait valoir leur priorité de réembauche. La CFDT a également insisté pour que les personnes qui en font la demande obtiennent des formations qualifiantes. Un cabinet de reclassement les accompagne pendant quinze mois. L’inspection du travail vient de refuser le licenciement de trois élus CFDT.

L’avenir de JPA

SVA a annoncé qu’elle investirait 20 millions d’euros pour moderniser le site de JPA à partir de 2016. Organiser le travail avant puis après ces travaux afin de diminuer la pénibilité est la priorité de la CFDT.

   
       

Or, depuis que SVA a repris le site, le 20 octobre 2014, des salariés qui avaient été contraints de quitter l’entreprise sont rappelés. « Il est dommage que des personnes aient dû passer par la case licenciement avant d’être réembauchées ! », déplore Patrick Piguel, délégué syndical central, qui regrette de ne toujours pas « avoir d’informations précises sur l’activité de chaque atelier. Les quelques éléments que l’on nous a fournis ne nous donnent par une vision claire, ni sur l’organisation du travail ni en matière de prospective ».

Les élus CFDT restent très vigilants quant à la qualité de l’accompagnement des salariés qui n’ont pas été repris. S’ils reconnaissent qu’il y a eu une démarche d’anticipation pour permettre le reclassement des personnes, ils suivent les dossiers de chaque salarié, avec le soutien du Syndicat général de l’agroalimentaire du Morbihan (SGA 56) et de l’Union régionale interprofessionnelle de Bretagne. « Des personnes avaient été mal renseignées sur le contrat de sécurisation professionnelle, nous leur avons donné les bonnes informations. Pour nous, il est indispensable de sécuriser leurs parcours professionnels », explique Jean-Marc Thépaut, de l’Uri.

Jusqu’à présent, quinze personnes ont été reclassées au sein du groupe Cecab (Centrale coopérative agricole bretonne), auquel appartenait Gad. Et dix-neuf autres, qui avaient été licenciées, ont été réembauchées. Ce nombre pourrait encore progresser, démontrant que les élus CFDT avaient raison de dénoncer une trop forte réduction des effectifs.

Pour cette année, la nouvelle direction souhaite que le site fournisse le même rendement, soit 24 000 porcs abattus par semaine. Un peu plus de 200 salariés sont partis. Les conditions de travail sont donc plus difficiles. « Des ateliers comme celui de la découpe primaire fonctionnent avec une seule équipe à raison de neuf heures de travail quotidiennes pendant cinq jours par semaine. Il faudrait 20 % de personnel en plus pour revenir à quatre jours par semaine », fait observer Patrick Piguel.

Une organisation du travail à rediscuter…

D’ici à deux ans, l’objectif de la direction est de passer à 40 000 porcs par semaine, tout en affichant sa volonté de « “dépénibiliser” le travail ». La SVA Jean Rozé met en avant le site d’abattage et de découpe de La Guerche-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine) qu’elle a racheté, et où le nombre de salariés est passé de 160 en 2001 à 600 aujourd’hui. De la même manière, le groupe souhaite moderniser le site de Josselin et a annoncé sa volonté d’y investir 20 millions d’euros. « En attendant les travaux, en 2016, il ne faut pas que les salariés s’épuisent, met en garde Patrick Piguel. Je pense que la direction nous a compris. Nous allons ouvrir une négociation sur l’organisation du travail à très court terme pour les secteurs en situation critique. Il nous faudra rediscuter de l’organisation du travail quand les travaux de modernisation auront eu lieu. »

… Sans oublier la question de la formation

En lien avec les militants du site de La Guerche, l’équipe CFDT souhaite aussi être associée à la réflexion concernant la stratégie industrielle. Ses revendications portent également sur l’investissement dans la formation. « La direction ne doit pas oublier la formation pour assurer l’employabilité des salariés », rappelle Annick Le Guével, secrétaire générale du SGA 56. « Il est indispensable que la commission de formation puisse répondre aux besoins des salariés exposés à la pénibilité, propose des formations aux savoirs fondamentaux et des formations qualifiantes, et mette en place la réforme de la formation professionnelle », ajoute Vanessa Perrotin, secrétaire fédérale. Et de conclure : « Il faut maintenant que la direction aille au-delà de la phase de découverte du site. L’objectif de pérenniser Josselin Porc Abattage est partagé, et c’est dans l’intérêt de tous que le travail de concertation avec les représentants du personnel s’engage sur la montée en charge de l’activité et les conditions de travail. »

Lors de sa visite, Laurent Berger a adressé un message clair à la nouvelle direction : « Des investissements sont annoncés pour faire évoluer le site, mais ces transformations doivent être accompagnées d’un dialogue social de qualité. »

nfigarol@cfdt.fr

 

       
   

Repères

• Entreprise familiale créée dans les années 50 par le charcutier Louis Gad à Lampaul-Guimiliau (Finistère), Gad SAS employait 2 500 salariés en 2010.

• Un plan de redressement judiciaire aboutit en 2013 au licenciement de 900 personnes. Les deux unités de Lampaul-Guimiliau, qui employaient 71 personnes, ferment après la liquidation prononcée à la fin 2014.

• Seul le site de Josselin (Morbihan) a été repris par la SVA Jean Rozé, filiale d’Intermarché.