La CFDT tourne à plein régime aux Messageries lyonnaises de presse

Publié le 14/08/2018

La section a su maintenir le cap et assurer la meilleure sécurité possible aux salariés MLP, Face aux difficultés successives de l'entreprise. Un combat récompensé dans les urnes… et par le nombre d'adhérents

Pour Bruno Viero, « on ne pourra pas dire que cela aura été un mandat de tout repos. Objectivement, je pense qu’on a tout eu », ironise l'élu, délégué du personnel CFDT depuis 2014. Il faut dire qu’aux Messageries Lyonnaises de Presse (MLP), la vie militante n’est pas un long fleuve tranquille. Dans le petit monde de la distribution de presse écrite, MLP, qui se partage le marché avec Presstalis, a toujours prôné son indépendance face à son concurrent. Mais les difficultés qui touchent la filière depuis plusieurs années obligent la section à perpétuellement chercher le juste équilibre. « S’adapter aux évolutions du secteur, tout en maintenant les acquis des salariés obtenus en 70 ans de vie sociale dans l’entreprise, est une préoccupation permanente », confie Françoise Zilber, déléguée syndicale centrale (DSC). « La succession d’événements impactant les salariés de l’entreprise nous a donné l’occasion de mettre cette maxime en pratique ».

Informer, expliquer, consulter les salariés

     


La distribution, Une filière sous tension 

En proie à une crise structurelle, le secteur de la distribution de presse doit se réinventer. Une proposition de loi attendue courant 2018 vise à réformer la loi Bichet qui régule l’activité de la filière depuis 1947. Objectif affiché : corriger les déséquilibres économiques du secteur, aujourd’hui structuré autour de deux entités (MLP et Presstalis). Depuis fin 2017, les représentants CFDT de MLP, la Fédération Communication, Conseil, Culture (F3C) et la Confédération travaillent ensemble afin que cette réforme donne des perspectives à tous les acteurs et permette l’adaptation du secteur. « Les exigences de libre diffusion de la presse et d’égalité d’accès à l’information, fondements de la loi Bichet, doivent être respectées. La CFDT appelle à un état des lieux partagé et à une analyse concertée des déséquilibres », analyse Augustin Bourguignat, secrétaire confédéral référent sur ce dossier. Une enquête parlementaire sur les difficultés chroniques de Presstalis, « maintenu sous perfusion d’aides de l’État depuis une vingtaine d’années » selon la F3C, est notamment demandée. 

     

Début 2015, la société conclut un traité d’apport partiel d’actifs qui se traduit dans les faits par une filialisation de MLP. Si cette opération juridique peut au premier abord sembler indolore pour les salariés, le changement de statut qui en découle pour l’entreprise oblige celle-ci à revoir tous les accords sociaux, ainsi que la convention collective. Un travail titanesque pour les élus qui vont s’attacher à défendre les droits de chacun. Entre deux séances de négociation, les élus informent, expliquent, consultent les salariés… Pas toujours facile dans cette entreprise qui tourne en 3x8. La démarche est d’autant plus appréciée des salariés, surtout dans les ateliers. « Il était très important pour nous de casser ce fonctionnement en silo en privilégiant une approche mixte, où les élus vont à la rencontre des salariés qui ne sont justement pas issus de leur service. Cela permet de mieux comprendre la diversité des attentes et de construire des propositions qui parlent à tous et rassemblent les salariés. Notre tronc commun, c’est l’équité des droits », explique Sophie Guichard, élue déléguée du personnel. Dans le même temps, le changement de statut impose la tenue de nouvelles élections professionnelles en 2016. La participation exceptionnelle des salariés (95 %) marque la reconnaissance du travail des élus et profite largement à la CFDT qui renforce sa place de première organisation syndicale (63 %), loin devant la CFTC (19 %), FO (15 %) et la CGT (3 %). L’euphorie sera pourtant de courte durée. En 2017, face aux difficultés financières, l’entreprise lance un plan de départs volontaires. « Un coup de massue pour beaucoup de salariés », se souvient Fabienne Cordova, élue au comité central d’entreprise. Là encore, les élus ne vont pas compter leurs heures : diagnostic, discussions avec la direction, réunions d’information des salariés… Face à la tentation du chèque et d’une logique purement financière, la CFDT fait le choix d’amender un article phare de sa convention collective (qui prévoit un mois de salaire par année d’ancienneté, dans une entreprise où l’ancienneté moyenne dépasse 20 ans) et de construire une grille équitable pour préserver la pérennité de l’entreprise. En parallèle, elle mise tout sur la formation afin de favoriser l’employabilité des salariés. « Beaucoup de métiers exercés chez MLP n’existent pas en dehors du secteur de la distribution de presse », poursuit Fabienne. « La polyvalence – encouragée par la CFDT quelques années plus tôt pour les salariés dont des risques de viabilité de leur emploi avaient été identifiés – couplée à l’offre de formation inscrite dans le plan de départs volontaires ont amené plusieurs salariés à se lancer plus sereinement dans des projets extérieurs », explique Françoise Zilber. Au total, 84 salariés ont quitté l’entreprise à l’automne 2017. Et parmi eux, 7 élus CFDT.

Nouvelle organisation interne

« Perdre un tiers de nos élus a été un coup dur pour la section », admet Bruno. Cela oblige l’équipe restante à mettre en place une nouvelle organisation et répartition des dossiers. Cette surcharge de travail est d’autant plus prenante qu’aucun des élus n’est permanent, chacun ayant fait le choix de garder un pied dans son activité professionnelle. Alors pour maximiser le partage d’information et permettre une certaine polyvalence, les élus ont choisi de préparer ensemble, une fois par mois, les différentes réunions d’instance. « Quelque part, nous avons déjà commencé le comité social et économique (CSE) » souligne la DSC. En mars dernier, plusieurs élus se sont rendus au salon CE (comité d'entreprise) de Lyon pour se saisir des changements issus des ordonnances travail – dans l’attente de pouvoir participer aux prochaines formations proposées par la CFDT Auvergne Rhône-Alpes. « La formation des militants est notre priorité pour ces prochains mois, confirme Françoise, même si nous ne devons pas en oublier de porter les dossiers en cours ». Un certain nombre de dossiers annexes, stoppés par le plan de départs volontaires, ont repris leur cours sous forme de tests. C’est le cas du télétravail que la section aimerait pouvoir ancrer dans les pratiques de l’entreprise dans les prochains mois. « Il nous faut également accompagner de près les suites du plan de départs volontaires. Avec 80 salariés en moins, malgré les mesures de mobilité interne mises en place qui ont offert à certains collaborateurs d’évoluer au sein de MLP, il faut veiller à ce que l’entreprise ne se retrouve pas dans une situation bancale », note Sophie. Dernière chose, et non des moindres : les élections professionnelles, qui devront se tenir au plus tard avant la fin 2019. Fidèle à sa volonté de présenter des candidats issus de chaque entité MLP, Françoise prospecte déjà à la recherche de nouvelles vocations militantes.

Un avant-goût du syndicalisme militant

Elle sait que certains seront plus longs que d’autres à convaincre, aussi parie-t-elle sur la mise en situation. Avant même d’être élus, certains adhérents comme Bruno ou Fabienne ont été sollicités par Françoise pour participer à l’élaboration de sujets qui leur tenait à cœur. « Cela donne un avant-goût du syndicalisme militant. » Ces derniers mois, elle n’a donc pas hésité à mobiliser des salariés et adhérents sur les problèmes de filière, « sujet ô combien fédérateur qui fait incontestablement la fierté des salariés MLP ». De quoi faire naître quelques vocations, et illustrer une nouvelle fois la volonté de la CFDT de rendre les salariés pleinement acteurs de leur avenir professionnel !

aballe@cfdt.fr

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