La CFDT tisse des liens d'emploi avec les jeunes des quartiers

Publié le 17/04/2013
Mettre en relation des employeurs publics qui recrutent et des jeunes des quartiers de Nantes qui cherchent un emploi : cette recette déjà testée dans le secteur privé et dans d’autres départements a une fois de plus fait ses preuves.

Il y a foule, ce 4 avril, au Foyer des jeunes travailleurs de Beaulieu, un quartier nantais. Pour la deuxième année d’affilée, le syndicat Interco 44 et l’union régionale ont organisé une journée de recrutement ciblée fonction publique destinée aux jeunes des quartiers. L’an dernier, 300 jeunes avaient participé, 54 contrats avaient été signés. Cette année encore, les collectivités ont joué le jeu. « Quatorze collectivités, dont les plus grandes, mais aussi des petites, sont venues avec des offres concrètes », se félicite Vanda Nunes, chargée de la lutte contre les discriminations et du développement dans les petites collectivités au syndicat Interco 44.

Un point de départ pour les jeunes

Les jeunes aussi sont au rendez-vous. C’était la principale inconnue de l’opération. Des mois durant, Omar El Houmri, chargé de mission sur la lutte contre les discriminations à l’Union régionale des Pays de la Loire, et le syndicat Interco 44 ont œuvré avec les associations de quartier et les missions locales pour « faire venir les jeunes ». Fatiah a mené un travail de fourmi afin de convaincre « ses » jeunes un à un. « J’en ai fait venir vingt. L’an dernier, quatre avaient obtenu un poste. Ça permet de donner des exemples. » Elle connaît bien la difficulté de vivre dans des quartiers enclavés et de ne pouvoir se projeter dans le monde du travail. Ce type d’opération, « c’est un point de départ pour les jeunes », juge-t-elle.

photo8C’est l’espoir de Rahime, 24 ans. La jeune femme, qui a entendu parler de la journée par un ami de son mari, est « venue chercher un poste dans l’administration ». Comme les autres participants, elle a d’abord consulté le tableau d’annonces des collectivités : des postes d’animateurs, d’autres dans les services généraux. Djamal, sans diplôme, qui cherche « quelque chose dans la logistique », fera chou blanc. D’autres y trouvent leur bonheur. Ils notent consciencieusement les références, avant de se diriger vers l’espace où des représentants des collectivités accueillent les postulants et leur font passer un entretien. Beaucoup sont venus avec leur CV. C’est le cas de Radouane. Lui ne veut travailler que pour la ville de Nantes. « J’ai déjà travaillé avec eux. Je les connais. » Cette année, l’union régionale a mené un travail en amont avec le cabinet de conseil partenaire Catalys. « Douze jeunes ont préparé leur projet professionnel, écrit leur CV et fait des simulations d’entretien », explique Isabelle Mercier, responsable régionale de la lutte contre les discriminations, également secrétaire générale de l’Union départementale Loire-Atlantique.

La quête d’un emploi d’avenir

Trois représentants de la mission locale reçoivent l’un après l’autre des jeunes qui pourraient prétendre aux emplois d’avenir. « On vérifie qu’ils entrent dans les critères et si c’est le cas, on les incite à s’inscrire par le biais de leur conseiller. » En marge s’organisera aussi une réunion avec les collectivités rappelant les conditions et l’intérêt du dispositif. « Sur l’agglomération nantaise, l’objectif est de 700. Il y en a une centaine de signés. » Le sous-préfet, venu dans les lieux, confirme la nécessité de booster l’appétence des recruteurs potentiels pour les emplois d’avenir.

photo3Un peu plus loin, les stands d’information connaissent un succès inégal. Conseil général, ville de Nantes, conseil régional, direction régionale des finances publiques (DRFIP), services déconcentrés de l’État, centre hospitalier universitaire (CHU) police nationale, gendarmerie, institut régional d’administration (Ira), Nantes Habitat… C’est devant ce stand que l’affluence est la plus forte. « Les jeunes identifient certaines collectivités mieux que d’autres et s’y projettent plus facilement », analyse Isabelle Mercier, responsable régionale de la lutte contre les discriminations.

« La majorité des jeunes venus ici sont en quête immédiate d’un boulot », regrette le représentant de la DRFIP. Une quinzaine de personnes est tout de même venue se renseigner sur les concours. « Nous touchons des gens que nous n’aurions pas vu autrement. Nous leur donnons les clés pour les aider à franchir le pas du concours. » C’est aussi l’objectif de l’Ira. Une classe préparatoire intégrée a été créée « pour les personnes relevant des critères sociaux de la diversité ». Mais l’institut peine à le faire savoir aux potentiels bénéficiaires. Une telle journée en fournit l’occasion. Juste à côté, des représentants de la plateforme interministérielle des ressources humaines jouent un rôle de VRP. « C’est l’occasion de faire savoir à des publics qui ne nous connaissent pas que la fonction publique d’État permet une véritable ascension sociale. » Auprès des représentants de la gendarmerie, Nadia, bac + 5, s’inquiète : « Cela ne fait que deux ans que j’ai la nationalité française. » Son interlocuteur la rassure. Et lui vante la diversité des métiers de la gendarmerie.

Une orientation dans la jungle

Dans un contexte économique anxiogène, c’est la « sécurité de l’emploi » qui revient comme principale motivation. Johann, 29 ans, ne s’en cache pas. Dans l’immédiat, il est venu chercher un emploi saisonnier mais prend des renseignements à chaque stand sur les différents concours. « J’ai exercé plusieurs métiers, dans l’hôtellerie, la restauration, la vente, la communication, le graphisme. C’est bien qu’on nous mette en contact comme ça avec différents employeurs pour nous orienter car on est un peu perdu dans cette jungle. » Désormais, il va se laisser le temps de « décanter ».

photo4En fin de journée, la CFDT peut dresser un bilan positif. S’il est trop tôt pour quantifier les retombées en termes d’emploi, 260 jeunes ont répondu au questionnaire de satisfaction. Avec un avis largement positif. « Peut-être faudra-t-il envisager la prochaine fois un point formation, afin d’orienter ceux qui ne rentrent dans aucune case. L’avantage de la formation, c’est qu’elle ouvre des pistes, quel que soit le point de départ. Ça permettrait de prouver que l’avenir n’est bouché pour personne », suggère Philippe. Il est l’un des 40 militants CFDT – d’Interco, de la fonction publique d’État, du CHU – qui se sont mobilisés en vue de la réussite de la journée. Cette année, les militants des sections des collectivités présentes ont fait le déplacement. « Cela permet de les sensibiliser concrètement à la lutte contre les discriminations », espère Vanda. « C’est une autre manière de travailler sur les discriminations », abonde Isabelle Mercier.

Un apport mutuel

Selon Patrick Pege, secrétaire du syndicat Interco 44, ce type d’opération relève de la responsabilité syndicale : « On s’implique dans le monde dphoto5u travail. On peut aussi s’y impliquer en amont. Ces jeunes sont de futurs salariés. On les aide à se projeter dans des métiers qu’ils ne connaîtraient pas sinon. Et on les met en relation avec les collectivités. Créer du lien, cela fait aussi partie des valeurs de la CFDT. »

Côté CFDT aussi, le bilan est positif. Cela ne se quantifie pas en adhésions. Même si cette année, un stand CFDT s’est installé aux côtés des recruteurs. « C’est une manière de leur faire connaître le syndicalisme, la CFDT, de dédramatiser l’image qu’ils ont de nous », explique Vanda. Pour Farid Orso Manzonetta, de la Fédération Interco, « ils sauront à qui s’adresser s’ils ont un problème. Et surtout, cela nous permet de nous nourrir de leur vécu. On passe de la théorie à la pratique et de la pratique à la réalité ».

aseigne@cfdt.fr