La CFDT se mobilise pour lutter contre la précarité dans l'intérim

Publié le 15/12/2015

Dans les trois principales entreprises de l’intérim, les élections professionnelles se tiendront en 2016. L’enjeu est de taille dans ce secteur où les salariés sont précaires et où la branche joue un rôle déterminant. La CFDT entend encore progresser pour mieux sécuriser les parcours des intérimaires.

« Aides au logement, garde d’enfants à partir de 1 euro l’heure 50 jours par an, location de vélo, de scooter ou d’auto de 2 à 10 euros par jour. Nous avons aussi amélioré les droits à la formation avec accès aux contrats de professionnalisation et à l’alternance et lutté contre la précarité avec la montée en charge du CDI intérimaire… » Véronique Révillod, déléguée syndicale centrale (DSC) de Manpower, n’en finit pas d’énumérer les avancées obtenues par la CFDT dans la branche de l’intérim, où l’organisation joue un rôle majeur et moteur. Dans ce secteur, par définition pourvoyeur de précarité, le patronat a bien compris son intérêt de donner des contreparties à certains de ces salariés particuliers, comme en témoigne son engagement à embaucher 20 000 d’entre eux en CDI intérimaire, garantie de revenu annuel à la clé. « Ce n’est pas aux intérimaires de payer la flexibilité des entreprises », revendique la syndicaliste.

     


Gloria, intérimaire et déléguée syndicale

Gloria De Los Rios est intérimaire depuis six ans. Attachée commerciale de formation, elle travaille à la production dans la plasturgie. Les conditions de travail y sont difficiles. Le plus choquant à ses yeux a été de « voir à quel point les intérimaires ne connaissent pas leurs droits. Certains acceptent des travaux dangereux que les permanents refusent. Ils n’osent pas en parler dans l’entreprise ni à l’agence qui les envoie ». Et ce, alors qu’ils bénéficient en théorie des mêmes droits de retrait et d’alerte que les autres salariés.
Déléguée syndicale chez Manpower, Gloria refuse d’être considérée comme une salariée à part. « Je signale les difficultés, les souffrances que provoquent certains postes de travail, au risque de remettre en cause le fonctionnement de la boîte. Des responsables d’entreprise le comprennent très bien, d’autres non. » C’est évidemment plus facile de faire valoir ses droits lorsque l’on a une forte employabilité. « D’où la nécessité d’aller vers une sécurisation accrue des parcours professionnels ! »

     

Faire connaître leurs droits aux intérimaires

Pour autant, tout n’est pas rose dans l’intérim, comme en témoigne Gloria De Los Rios, intérimaire et déléguée syndicale CFDT chez Manpower (lire le premier encadré). « C’est compliqué de faire connaître leurs droits aux intérimaires, constate Véronique Révillod. Nos employeurs ne nous donnent pas la liste des entreprises où ils travaillent. Et lorsque nous identifions les entreprises utilisatrices, elles ne nous laissent pas intervenir. De plus, les délégués syndicaux de ces entreprises connaissent souvent mal les droits de ces salariés. » Comment vérifier la pénibilité subie par un salarié qui change souvent d’entreprise, voire de boîte d’intérim ? Comment suivre un adhérent CFDT intérimaire travaillant dans des champs professionnels différents ? L’enjeu est de taille : les intérimaires qui ont travaillé 450 heures dans l’année votent dans les entreprises d’intérim, et sont éligibles à partir de 900 heures. Nadine Dupret, DSC CFDT chez Randstad, confie : « En 2012, des intérimaires ont été élus sur nos listes ; il n’en reste presque plus aujourd’hui. Ils ont quitté l’entreprise. Il faudrait des moyens hors norme pour suivre tous ces salariés. »

Afin d’y remédier, la section Manpower monte des opérations en lien avec l’interprofessionnel et les responsables des syndicats du secteur concerné pour intervenir dans ou devant des entreprises utilisatrices identifiées. Un travail lourd mais qui paie en termes d’adhésions – comme l’a démontré une récente opération en Franche-Comté, où les intérimaires n’avaient pas jusque-là le moindre représentant CFDT.

Dans ce contexte, toute la CFDT se mobilise en vue des élections professionnelles qui auront lieu au cours du premier semestre 2016. Adecco ouvrira le bal en janvier ; suivront Randstad en mars puis Manpower en juin.

Atteindre 30 % des suffrages

L’enjeu pour les sections CFDT est d’atteindre au moins 30 % des voix partout de manière à peser encore plus dans les négociations d’entreprise et se renforcer dans la branche, qui joue un rôle véritablement déterminant pour les intérimaires (lire le second encadré).

Chez Adecco, la CFDT fait valoir les avancées obtenues telles que le versement d’une participation en 2015, une prime de fidélité dès la troisième année d’ancienneté des intérimaires et l’augmentation des tickets-déjeuner. « La direction ne lâche pas sur grand-chose, précise Alain Butigieg, le DSC CFDT, les augmentations sont au mérite. La CFDT veut revenir à une augmentation des fixes au moins pour les salaires les plus bas et décrocher une hausse du budget social. Adecco est le numéro un dans le secteur sur le plan économique mais le vilain canard sur le plan social. »

Compte épargne-temps et ancienneté…

De son côté, la section CFDT de Randstad va valoriser les bons accords qu’elle a signés tant pour les intérimaires que les permanents sur l’égalité professionnelle, la diversité, l’équilibre vie privée-vie professionnelle. « Mais je n’ai pas l’assurance que ces accords sont appliqués partout en France. Ça tient principalement à la volonté de la hiérarchie, regrette Nadine Dupret. Après le PSE de 2013 et la réorganisation qui a suivi, nous voulons mettre le paquet sur le plan de formation, en particulier à destination des salariés non qualifiés et surtout des jeunes. » Ces derniers sont nombreux dans l’intérim. Au Working Time Festival (le 1er Mai des jeunes organisé par la CFDT), le stand tenu par les sections Manpower et Adecco a connu un beau succès ; il a enregistré plusieurs adhésions et une trentaine de contacts dans la journée !

Chez Manpower, la CFDT est moteur dans toutes les négociations telles les NAO et la GPEC, même si elle ne signe pas tous les accords. « Pour les intérimaires, indique Véronique Révillod, nous avons obtenu la mise en place d’un compte épargne-temps abondé par l’entreprise et des gratifications liées à leur ancienneté. » Elles s’élèvent à 500 euros pour dix ans, 1 000 euros pour vingt ans et 3 000 euros pour trente ans. « À l’avenir, nous avancerons sur la qualité de vie au travail, la santé et la sécurité, poursuit la DSC, avec toujours l’objectif de sécuriser les parcours des intérimaires. »

dblain@cfdt.fr

     


Repères

• Chez Adecco (5 100 salariés permanents, 130 000 intérimaires, 1 000 agences), la CFDT est à 23 %, la CGT à 33 %, FO à 18 % et l’Unsa à 9,7 %.

• Chez Manpower (3 100 permanents, 130 000 intérimaires, 650 agences), la CFDT pèse 19,55 %, la CGT 23,42 %, la CFTC 16,18 %, l’Unsa 13,56 %, la CFE-CGC 13,29 % et FO 12,94 %.

• Chez Randstad (3 600 permanents, 58 000 intérimaires équivalent temps plein [ETP], 750 agences, hors filiales), la CFDT a obtenu 29 %, la CGT 31 %, FO 16 % et la CFTC 12 %.

• Le secteur emploie 1,7 million d’intérimaires (525 000 ETP) pour un chiffre d’affaires de 18 milliards d’euros.