La CFDT installe la fibre… sociétale chez RTE

Publié le 03/09/2019

Parce qu’elle s’intéresse de près à la stratégie sociale et environnementale de son entreprise, la CFDT de RTE contribue à l’amélioration des conditions de travail des agents tout en favorisant leur engagement citoyen.

Gestionnaire du réseau français de transport d’électricité (lignes à haute tension et à très haute tension), RTE a pour mission de garantir la sécurité et la sûreté de l’approvisionnement électrique sur tout le territoire, en veillant à l’équilibre entre l’offre et la demande. La responsabilité sociale et environnementale (RSE) occupe une place importante dans la stratégie de l’entreprise confrontée à de plus en plus de problèmes environnementaux : maîtrise des champs électromagnétiques, emprise des lignes en surface ou enterrées, insertion des pylônes dans le paysage, bruit des ouvrages, protection de la biodiversité, raccordement des énergies renouvelables au réseau… « RTE se doit d’être exemplaire », commente Laure Lamoureux, déléguée syndicale centrale CFDT depuis deux ans. « Mais tout en répétant que sa responsabilité sociétale est une de ses préoccupations majeures, la direction se montre plus négligente s’agissant des droits sociaux dont pourraient bénéficier ses agents », constate Wilfried Denoizay, administrateur salarié parrainé par la CFDT, bien placé pour regarder de près les engagements de l’entreprise en matière de RSE. « Particulièrement frileuse sur le thème de la déconnexion, par exemple, la direction fait passer avant tout notre mission de service public, ce qui paraît absolument normal, mais ne doit pas pour autant reléguer à l’arrière-plan la qualité de vie au travail des agents. Car les relations et les conditions de travail font partie intégrante du projet sociétal d’une entreprise. » S’investir syndicalement sur le sujet de la RSE pour qu’elle ne soit pas une coquille vide, c’est donc une évidence pour la CFDT de RTE, qui a demandé en 2017 l’ouverture d’une négociation sur le sujet. À l’arrivée, ce fut une grande déception : « Le texte de la direction n’était qu’une liste de bonnes intentions non contraignantes. Nous étions très déçus et nous n’avons pas signé », regrette Hervé Lallau, délégué syndical central.

La RSE, une revendication constante de la CFDT

     

L’adaptation de la stratégie RSE
Selon la CFDT de RTE, la responsabilité sociétale de l’entreprise est un projet qui implique l’ensemble des contributions de tous les salariés d’une entreprise. Elle fait réfléchir la direction sur ses pratiques en matière de ressources humaines pour permettre de développer l’engagement citoyen des agents et favoriser le mécénat de compétences.

Le caractère innovant des accords
Beaucoup d’accords ont été améliorés en 2018 lors de leur renouvellement en y intégrant les demandes de la CFDT. RTE dispose ainsi d’un nouvel accord exemplaire accroissant le recrutement de personnes en situation de handicap. Un accord d’intéressement a également été retravaillé afin d’intégrer des critères de calcul récompensant les pratiques vertueuses des agents en matière d’écologie. Résultat : une prime augmentée en 2018 pour chaque agent !

Une communication par tous les moyens
Avec les élections du CSE de novembre prochain, la CFDT a développé de nouveaux outils permettant de faire connaître ce qu’elle fait : une application destinée aux smartphones est accessible à tous les salariés et des vidéos de militants seront diffusées à la fin septembre sur les réseaux sociaux, dont Instagram. Et si l’entreprise compte 8 500 salariés, la distribution physique de tracts et les tournées dans les services restent également incontournables pour engager la conversation avec les agents.

     

Bien qu’à ce jour aucun accord n’ait encore été trouvé, la RSE demeure aux yeux de l’équipe CFDT une revendication constante dans les discussions avec la direction. « Nous avons par exemple constaté que des managers mettaient des bâtons dans les roues de certains agents pompiers volontaires, qui avaient énormément de mal à concilier leur engagement citoyen avec leur activité professionnelle », poursuit Hervé. « De fil en aiguille, nous avons découvert que beaucoup de choses pouvaient améliorer les initiatives des salariés, notamment par une meilleure conciliation des temps de vie. Certains acceptent des missions au sein de l’association Électriciens sans frontières ou parrainent des projets sociaux et solidaires soutenus par la Fondation RTE, créée en 2008. L’entreprise en a fait un gage de sa philanthropie. Alors pourquoi ne pas encourager les bonnes volontés ? Nous avons soulevé ce paradoxe : pourquoi les salariés qui souhaitent accorder une partie de leur temps de travail à l’une de nos associations partenaires seraient-ils obligés de poser systématiquement des jours de congés ? Nous avons obtenu que l’entreprise accorde désormais des congés solidaires, en cohérence avec sa mission sociétale, mais les dispositifs existants restent peu connus et nous aimerions aller encore plus loin dans le développement du mécénat de compétences », continue Laure.

« Nos militants travaillent leurs dossiers à fond !, relève Wilfried. Malgré l’attitude ambiguë de la direction, leur pugnacité est venue à bout de bien des réticences. » La plupart des accords sont en effet améliorés à chaque fois qu’ils sont renouvelés, comme ç’a été récemment le cas pour l’accord en faveur de l’emploi des travailleurs handicapés. « C’est le cinquième de ce type dans l’entreprise, mais c’est l’un des plus innovants et des plus aboutis », se félicite Olivier Raymond, référent handicap CFDT au sein de RTE. « La direction a pris en compte nos propositions afin d’arriver à un accord exemplaire. » Car l’entreprise est, là encore, dans une situation paradoxale, que la section n’a pas manqué de souligner : RTE emploie seulement 267 salariés en situation de handicap sur un contingent de 8 500 agents !

L’inclusion professionnelle des personnes handicapées

« Ici, l’embauche de personnes en situation de handicap est pénalisée pour deux raisons : les personnes bénéficiant d’une RQTH [reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé] sont souvent peu diplômées et les offres qui leur sont destinées sont plutôt rares chez RTE, où 65 % des salariés sont cadres et ingénieurs. Et lorsqu’une personne diplômée a un profil intéressant, les salaires de RTE sont moins attrayants que dans le privé. Cela explique en partie le peu de personnes handicapées chez nous », poursuit Olivier. Pour pallier ce faible score, la CFDT a obtenu des mesures très ambitieuses. Parmi celles-ci, un dispositif inédit – et souvent cité en exemple par les Direccte (directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi) – en faveur de l’inclusion professionnelle des personnes RQTH : pendant deux ans, les managers ont la possibilité de recruter « hors budget et hors effectifs » une personne souffrant d’un handicap, autrement dit sans augmenter la masse salariale de leur service. Ces deux années permettent au salarié de se former et d’intégrer les effectifs ensuite si son profil convient. « Notre discours est bien passé sur le sujet car nous sommes crédibles : pas question d’imposer des personnes inadaptées à leur poste, mais tout faire en revanche pour qu’elles puissent l’être ! », souligne Olivier.

Et la participation des agents à la stratégie RSE du groupe ?

La CFDT a aussi réussi à injecter une bonne dose de RSE à travers l’accord d’intéressement renouvelé en 2018. Faire baisser l’empreinte environnementale globale de l’entreprise fait partie des objectifs de RTE ? Alors c’est l’affaire de tous. Dans l’optique que les agents s’investissent, la section a fait introduire dans le calcul de l’intéressement des critères liés aux bonnes pratiques. « La question était la suivante : il y a des choses sur lesquelles les agents peuvent agir, et d’autres non, précise Laure. Par exemple, nous avons préconisé qu’un indice de performance soit lié à la baisse du nombre d’impressions papier : la prime augmenterait en fonction du niveau de réduction du nombre des impressions. La consigne est tellement bien passée qu’il s’est produit un triplement de l’objectif initial ; les impressions ont chuté de près de 20 % et les économies faites sur ce poste ont représenté pour chaque salarié 84 euros d’intéressement supplémentaire en 2018 ! » Un critère environnemental concerne la baisse des émissions d’hexafluorure de soufre (SF6), utilisé comme isolant sur des matériels installés dans les postes. Le rejet dans l’atmosphère d’un kilo de SF6 a un impact comparable à 22 tonnes de dioxyde de carbone (CO2), les fuites constatées sur certains équipements ont donc une conséquence directe sur l’effet de serre. La section a revendiqué que l’indicateur d’intéressement soit en relation avec le respect du programme de remise en état des installations. Le montant de l’intéressement en tient compte et augmente au fur et à mesure que la situation s’améliore.

Le cap mis sur le comité social et économique

Ces résultats, les militants veulent les rendre visibles. Et montrer qu’ils ont des idées à revendre. « Nous avons pris l’habitude de rédiger nos tracts avant les réunions avec la direction. Car nous retrouvions nos propositions sur les tracts des autres organisations syndicales : elles ne prenaient pas la parole mais pompaient nos idées et les imprimaient ! », raconte Laure.

De nombreux outils de communication ont été mis en place afin d’accompagner, notamment, la campagne électorale dans la perspective des élections du CSE, en novembre. Les salariés peuvent télécharger la toute nouvelle application « CFDT RTE » sur leurs téléphones mobiles. Réalisée en partenariat avec la Confédération, elle avait d’abord été déployée auprès des militants et des adhérents. Et après avoir investi Twitter et Facebook, les sections CFDT se sont lancées dans la réalisation de vidéos bientôt diffusées sur Instagram, dans lesquelles les militants expliquent ce qu’ils font. Un livret de 20 pages détaillant les revendications de la CFDT et tout ce qu’elle a obtenu chez RTE est en cours de finalisation ; il sera distribué dès cette rentrée. « Nous tractons physiquement, dit Laure, car il n’y a pas de meilleur prétexte pour faire la tournée des bureaux et engager la discussion. » Avec 700 adhérents en tout, les échanges dans le reste de l’entreprise se font, bien sûr, grâce aux possibilités offertes par les SMS, les mails et le téléphone mais aussi grâce à un réseau de 58 militants répartis dans les sept régions. Comme souvent, la CFDT fournit quantité d’informations aux salariés au sujet desquelles la direction des ressources humaines communique peu ou mal. Une faiblesse de la direction qui fait la force des sections orange.

cnillus@cfdt.fr

photo © DR

 

Repères

• Réseau de transport d’électricité (RTE), qui assure le transport de l’électricité sur les lignes à haute et très haute tension entre les fournisseurs d’électricité (français et européens) et les consommateurs, doit garantir le bon fonctionnement et la sûreté du système.

• RTE emploie 8 500 salariés dans sept régions de France et au siège, à la Défense, où travaillent 2 000 personnes.

• La CFDT est la deuxième organisation syndicale (29 %), derrière la CGT (39 %) mais devant la CFE-CGC (21 %) et FO (11 %). Les différentes sections CFDT comptent 700 adhérents.