La CFDT fait le pari d’un nouvel avenir industriel pour le site de Bosch Mondeville

Publié le 05/01/2016

Depuis plus de deux ans, la direction de Bosch Mondeville et les organisations syndicales tentent de définir un nouveau projet. Ils viennent d’obtenir 11 millions d’euros du groupe pour lancer une nouvelle activité dans leur usine. Un beau pari !

À Mondeville, dans la périphérie de Caen, Bosch ne passe pas inaperçu. Chaque jour, 630 salariés embauchent dans cette usine spécialiste des composants électroniques pour l’industrie automobile. Ouverte en 1961, acquise par le groupe allemand en 1973, l’entreprise est bien connue dans la région et semblait, il y a encore peu, immuable. « Entrer chez Bosch », c’était la garantie de travailler dans de bonnes conditions et de percevoir un salaire tout aussi satisfaisant. « En 2000, les effectifs sont montés à 1 269 personnes », se souvient Pascal Pistis, délégué syndical CFDT de l’entreprise et secrétaire du Syndicat métaux de Caen.

           

Personne n’imaginait que cette usine emblématique était un colosse aux pieds d’argile. Depuis une dizaine d’années, le groupe allemand délocalise progressivement sa production dans des pays européens à bas coûts, principalement la Hongrie et la Roumanie, pour suivre le mouvement lancé par tous les constructeurs automobiles européens. À Mondeville, l’activité baisse donc lentement mais sûrement, et les effectifs fondent à coups de plans de départs anticipés à la retraite. « Tout se fait en douceur car le groupe veille à prendre des mesures qualifiées de “socialement acceptables” », raconte une salariée.

Le sauvetage, à l’unanimité

En 2011, clairement conscientes du problème, toutes les organisations syndicales décident de travailler avec la direction de l’usine et le cabinet d’expertise Syndex au sein d’un GRI (groupe de réflexion industriel) afin de trouver une issue à cette situation funeste. Deux ans plus tard, en 2013, la situation devient encore plus critique. Le groupe annonce qu’il n’attribuera plus à l’avenir de nouveaux produits de grandes séries à Bosch Mondeville. Ce que nul n’imaginait vraiment devient réalité : le site court de grands risques de fermer à moyen terme si rien n’est fait.

C’est dans ce contexte incertain que l’intersyndicale et la direction ont négocié un accord de compétitivité. La direction de l’usine, qui a obtenu l’autorisation du groupe de développer une activité de sous-traitance électronique dans d’autres secteurs que l’automobile, demande aux organisations syndicales de faire des efforts de productivité pour, selon elle, devenir compétitive sur ce nouveau créneau.

Après quatorze séances de négociations, un compromis est trouvé à la fin 2015. Le groupe allemand promet d’investir 11 millions d’euros sur cinq ans afin d’aider Bosch Mondeville à développer sa nouvelle activité et s’engage à préserver 500 emplois d’ici à 2020. En échange, les salariés acceptent un nouveau plan de départs anticipés à la retraite qui fera passer l’effectif de 630 à 500 salariés en cinq ans, une plus grande flexibilité dans le travail avec la mise en place d’un compte épargne-temps et une légère modération salariale. Selon la direction, l’ensemble des mesures représente de 5 à 6 % de gain de compétitivité. « Nous avons veillé à ce que les efforts soient répartis entre tous les salariés de l’entreprise. Les ouvriers comme les cadres ou le personnel administratif sont concernés, souligne Fabienne Walczak, déléguée syndicale CFDT. C’était une demande forte des salariés dès le début de la négociation. »

Autre point très important, les organisations syndicales sont restées unies pendant toute la négociation, ce qui a permis de peser fortement face à la direction. Un référendum a, in fine, permis de s’assurer du soutien des salariés, qui ont approuvé le texte à 92 %. « Honnêtement, les efforts demandés par la direction de Bosch restent raisonnables, analyse l’un d’eux. Cela explique pourquoi tout le monde a voté en faveur du texte. Si la direction nous avait promis des embauches, je suis sûr que nous aurions pu accepter d’aller plus loin. »

Loin de garantir la pérennité de l’usine à long terme, cet accord symbolise avant tout la volonté des salariés de travailler de concert avec la direction afin de donner toutes ses chances à la nouvelle activité qui doit venir remplacer progressivement les chaînes de fabrication dédiées à l’automobile. « L’idée est de faire passer Bosch Mondeville du statut de simple usine d’un groupe mondial à celui de PME indépendante évoluant au sein d’un groupe mondial, résume Fabienne Walczak. Nous n’avons aucune assurance que ce projet fonctionne à la hauteur des objectifs affichés, mais cela valait la peine de tenter l’aventure plutôt que de laisser l’usine mourir à petit feu. »

Le temps de faire ses preuves

Selon le directeur de l’usine, Pierre Lenganey, cet accord est d’une réelle modernité car il ouvre des perspectives : « Même en faisant tous les efforts du monde, Mondeville ne peut pas rester compétitive dans l’électronique destinée à l’automobile. Au lieu d’accompagner en douceur la fin des activités de Bosch à Caen, nous avons fait le choix d’être offensifs. Le travail que nous menons avec les organisations syndicales depuis plusieurs années a joué un rôle important pour convaincre la direction du groupe que nous pouvions relever ce pari. Les 11 millions d’investissements prévus vont notamment servir à recruter une force commerciale et à structurer notre nouvelle activité. Et grâce à cet accord, nous avons à présent cinq ans devant nous pour faire nos preuves. »

Aux yeux des salariés qui ont soutenu le travail de l’intersyndicale pendant toute cette période, la signature de l’accord a finalement été vécue comme un soulagement. « Lorsque la direction annonce qu’elle veut négocier un accord de compétitivité, cela fait toujours peur, conclut un militant. Au final, il n’y a pas eu beaucoup de casse, mais nous serons vraiment satisfaits quand nous verrons l’activité reprendre et que l’on parlera, pour une fois, d’embauches et non de départs anticipés ! »

jcitron@cfdt.fr