La CFDT Bombardier bataille pour obtenir des emplois pérennes

Publié le 31/05/2013
La section CFDT de Bombardier négocie des CDI pour les intérimaires et mise sur les contrats de génération.

Dans un Nord-Pas-de-Calais dévasté par la crise, l’entreprise Bombardier Transport France fait figure d’exception. Quand d’autres gèrent des plans sociaux, la direction vient d’embaucher un spécialiste du recrutement. D’ici à la fin du premier semestre 2014, environ 450 postes, selon l’activité, seront à pourvoir. Le canadien Bombardier, constructeur aéronautique à l’origine, en rachetant en 1989 les Ateliers du Nord de la France sur le site de Crespin dans le Valenciennois afin d’y produire les navettes du tunnel sous la Manche, a fait revivre ce fleuron de l’industrie ferroviaire. Un savoir-faire historique, des compétences précieuses ont ainsi pu être sauvées. Aujourd’hui, 30 % de la production ferroviaire nationale sort encore des ateliers valenciennois.

« Il n’y a pas d’école qui forme réellement aux métiers du ferroviaire, explique Pascal Lussiez, secrétaire du CE. Un jeune qui vient de passer son brevet de soudeur n’est pas habilité à souder sur les véhicules ; une formation en interne et un compagnonnage sont nécessaires. » L’entreprise compte 2 000 salariés et une soixantaine d’apprentis, dont une moitié d’ouvriers et l’autre d’ingénieurs. Pour la section syndicale de Bombardier, la qualité de l’emploi constitue une priorité. D’ailleurs, les dernières NAO se sont traduites par un réel progrès.

Transformer l’intérim en CDI

La CFDT a obtenu que 50 intérimaires (sur environ 150) signent un CDI d’ici à la fin 2013. « Les intérimaires sont la variable d’ajustement, rappelle Pascal. La direction joue sur les incertitudes du carnet de commandes quand elle nous dit : “On ne va quand même pas faire un PSE en cas de chute de l’activité.” Mais transformer l’intérim en emploi stable fait partie de nos priorités. » Deux agences d’intérim, Manpower et Adecco, sont présentes sur le site de Bombardier et recrutent en permanence. Les intérimaires font la navette entre les employeurs. L’intérêt des entreprises ? Une flexibilité maximale et une facturation qui autorise un paiement à 90 jours. « Cette pratique qui consiste à se “repasser” des intérimaires d’une entreprise à une autre ne peut plus durer », souligne Pascal. Pour favoriser le recrutement de jeunes en CDI, ils comptent s’appuyer sur le contrat de génération, qui intégrera le bilan de l’accord senior de 2009. La CFDT veut y voir figurer la reconnaissance de la pénibilité (lire ci-contre). « Des jeunes pourront être embauchés sur des métiers en tension et bénéficieront de la transmission de compétences. Lors de notre réunion de présentation, la direction a semblé favorable à notre projet. »

Un site revalorisé

Toujours avec l’objectif de protéger l’emploi, une réflexion a été menée par les syndicalistes sur la valorisation environnementale du site. « Selon les dernières évaluations, nous produisons 7 500 tonnes de gaz à effet de serre. Nous avons fait des propositions au CE d’exploitation d’énergies renouvelables, notamment de ressources géothermiques, explique Pascal. Nous souhaitons un engagement sur l’objectif européen des trois fois vingt : 20 % de CO2 en moins, 20 % d’économie d’énergie, 20 % d’énergies renouvelables d’ici à 2020. Notre activité consomme beaucoup de carton et d’emballages, qui pourraient être utilisés pour produire de l’énergie et la revendre. » Cette évolution apporterait un gain de compétitivité non négligeable. L’entreprise, en investissant dans la rénovation du site, renforcerait ainsi son ancrage dans la région. Un bon augure pour les salariés.

mneltchaninoff@cfdt.fr

 

Section agrandie

La CFDT est la deuxième organisation avec 29 % des voix (la CGT a obtenu 33 %, Sud 22 % et la CGC 18 %). La section comptait 5 adhérents en 2000 et 40 en 2013 (dont 3 élus DP, 2 au CE, 3 délégués syndicaux). Pour susciter l’adhésion, chaque DS peut être accompagné aux séances de négociation d’un « invité » choisi parmi des salariés non syndiqués.

Les salaires en 2013

L’accord salarial fixe un montant minimal d’augmentation de 35 euros, une augmentation collective de 1,6 % et 0,6 % d’augmentation individuelle pour les non-cadres, et 2,2 % d’enveloppe globale pour les augmentations individuelles des cadres. Un Perco est à l’étude.

Reconnaissance de la pénibilité

Au menu de la prochaine négociation sur l’accord senior figurent le contrat de génération et des mesures sur la pénibilité. Les salariés les plus proches de la retraite sont parfois incités à partir par le biais de ruptures conventionnelles. « Ces salariés sont parfois à la limite de l’invalidité, remarque Pascal. Nous voulons que l’entreprise prenne ses responsabilités en attribuant des jours de congés supplémentaires en fonction de la pénibilité du poste, jusqu’à environ 200 jours, collectés dans le CET pour faciliter un départ anticipé. »