La CFDT à la mode chez Chanel

Publié le 21/07/2017 à 11H37
Déjà présente sur les sites industriels du groupe Chanel et chez les cadres, la CFDT vient de renforcer sa présence dans le secteur de la mode. Désormais représentative de tous les salariés, elle n’en sera que plus performante dans les futures négociations.

« Jusqu’au début de cette année, les salariés du secteur de la mode vivaient un peu dans leur coin, commence Laurent Ecobichon, le délégué syndical central CFDT du groupe Chanel. Ils avaient peu de culture syndicale, à l’inverse de ceux qui travaillent dans des sites industriels. C’est une situation très différente que d’être un ouvrier au sein d’une usine de production Chanel de l’Oise et de travailler dans une boutique parisienne de la rue Cambon. » Une référence au premier magasin ouvert par Gabrielle Chanel en 1910, lieu historique de la mode française. Cette différence n’empêche pas la CFDT de rassembler ces deux types de salariés en son sein – surtout depuis les dernières élections dans le secteur mode.

Une campagne menée tambour battant

     

Création d’une nouvelle section
Déjà présente et première organisation dans le groupe, la CFDT de Chanel a soutenu la création d’une section dans le secteur de la mode (1 200 salariés). Au cours d’une campagne extrêmement courte mais sereine, la nouvelle section a résisté aux agressions de Force ouvrière et a remporté près de 70 % des voix lors une élection où le quorum a été atteint dès le premier tour.

Meilleure représentativité, nouvelles responsabilités
Le score chez Chanel Mode a encore amélioré la représentativité de la CFDT dans l’ensemble du groupe (42 %). Elle lui permet aussi d’être présente et représentative de toutes les catégories de personnel. Une position qui lui donne de nouvelles responsabilités et lui permet de prendre en compte les intérêts de tous ces personnels dans les négociations.

Structurer et pérenniser
Après avoir dépassé la CGT sur les sites industriels, conquis les cadres au détriment de la CFE-CGC et battu FO dans le secteur de la mode, la CFDT de Chanel s’est aujourd’hui fixé l’objectif de structurer les sections en place pour faire émerger de nouveaux militants afin qu’ils prennent des responsabilités en vue de pérenniser la présence de l’organisation dans le groupe.

     

« Pour sa première participation, la CFDT a écrasé la concurrence en obtenant 69,91 % des voix, se réjouit Patrick Frochen, le délégué syndical de Chanel Mode. Nous avons mené une campagne sereine en affichant notre volonté d’apaisement et de concertation, à l’inverse de Force ouvrière qui, bien qu’implantée depuis longtemps, a fait une campagne agressive à notre égard. » Il faut dire que Patrick Frochen est un transfuge de FO, qu’il a quittée parce qu’il en désapprouvait les méthodes.

« J’avais repéré Laurent Ecobichon lors de comités de groupe. Sa manière de faire, posée et pertinente, m’a tout de suite plu », poursuit le délégué syndical. De son côté, Laurent Ecobichon voit là l’occasion d’implanter la CFDT dans un secteur dont elle était jusque-là absente. « C’est toujours mieux de négocier avec, dans ses rangs, des salariés du secteur concerné », observe-t-il. Rapidement, les deux hommes s’entendent. C’est aussi la rencontre de deux secteurs professionnels : la chimie pour le délégué syndical central et les services pour le militant de Chanel Mode. Mais il n’est pas question de se disputer sur les limites des champs fédéraux respectifs. Le seul objectif est de faire gagner la CFDT. D’un côté, Laurent apporte son expertise syndicale et sa connaissance du groupe ; de l’autre, Patrick arrive avec son enthousiasme et une quarantaine de salariés prêts à s’engager à ses côtés. On est au début de l’année et les élections doivent se dérouler à la fin mars ; le temps presse.

« Nous avons fait appel à une boîte de communication afin de préparer nos interventions, raconte Patrick Frochen. Dans ce secteur d’activité, il nous fallait des tracts très professionnels, design et jolis pour la campagne de recrutement. » Le succès est au rendez-vous : il y a eu presque trop de postulants ! « Pratiquement tous les salariés qui se sont présentés étaient déjà des élus indépendants », explique Sophie Lecomte, déléguée syndicale de l’entité Chanel Parfums Beauté de Neuilly-sur-Seine, qui a donné un coup de main à l’occasion de ces élections. Et malgré la course de vitesse, le score aux élections a dépassé les espérances !

Quelques jours après cet excellent résultat, Patrick Frochen se retrouve en négociation avec la direction pour l’ouverture dominicale et tardive des magasins Chanel de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. « FO, qui était majoritaire, avait refusé de signer, explique-t-il. Pourtant, avec la majoration à 300 %, les jours de récupération, le taxi et les frais de garde des enfants, c’est un bon accord. » La CFDT le signe, immédiatement imitée par… FO.

Une CFDT représentative de tous les personnels

« Avec cette victoire, nous sommes désormais présents dans toutes les catégories professionnelles et dans tous les secteurs d’activité du groupe », constate Sophie Lecomte. La CFDT est également première organisation du groupe avec 42 %, toutes entités confondues. Elle a progressivement réduit l’implantation de la CGT, qui était surtout présente dans les sites industriels historiques de l’Oise. Elle a ensuite pris le leadership chez les cadres du siège où la CFE-CGC est présente, pour aujourd’hui s’installer fortement dans les magasins de mode dans lesquels FO dominait. « On avait en face de nous la CGT très dure de la chimie, se souvient Laurent Ecobichon, qui était loin des problématiques des cadres et des salariés des boutiques telles que le forfait jours, la charge de travail, le droit à la déconnexion ou le télétravail. »

Des sujets que la CFDT investit pleinement. « Près de 80 % des salariés de Chanel sont des femmes qui ont des problèmes de transports en région parisienne, de garde d’enfants, précise Sophie Lecomte. Nous avons négocié la mise en place d’une expérience de télétravail de quinze jours pour une durée d’un an. Nous en évaluerons les résultats à la fin de l’année 2017 en vue d’établir un accord pérenne. »

« Nous avons une direction ouverte au dialogue social et nous sommes dans un groupe qui obtient des résultats tant sur les plans du chiffre d’affaires que des emplois. Ce sont des avantages certains », apprécie le délégué syndical central. Résultat, une impressionnante liste d’accords signés : gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, égalité femmes-hommes, qualité de vie au travail, seniors, participation, intéressement, plan d’épargne retraite collectif, compte épargne-temps. Dernier en date, la mutuelle. « Être représentatif de toutes les catégories de personnel permet de comprendre et de négocier des garanties à la fois pour des salariés parisiens qui ont recours à une médecine souvent hors tarifs conventionnés et des salariés vivant en province dans un cadre médical plus conventionnel », explique Sophie Lecomte.

Favoriser l’émergence de nouveaux militants

La CFDT est également présente au conseil de surveillance du groupe, sans droit de vote. « C’est important de comprendre les orientations stratégiques de l’entreprise afin d’accompagner les salariés dans les adaptations à venir aux nouveaux métiers. Dans ce milieu très concurrentiel de la mode, Chanel se donne les moyens de se renouveler, constate Laurent Ecobichon. Le groupe investit au fil de l’eau tout en restant très attaché à la présence de son industrie dans l’Oise et à son image de marque française. » Un attachement que ses salariés lui rendent bien.

Mais, aujourd’hui, la priorité pour la CFDT est de structurer ses sections, notamment avec l’arrivée d’une quarantaine de nouveaux adhérents de Chanel Mode. « L’idée, expose Laurent Ecobichon, est d’installer durablement la section de la mode et de faire émerger des militants qui prendront des responsabilités afin de pérenniser notre présence dans le groupe. »

 dblain@cfdt.fr 

     

Repères

• Le groupe Chanel est organisé en trois pôles : Chanel Parfums Beauté (1 500 salariés), Chanel Coordination (400 salariés) et Chanel SAS (2 000 salariés), qui inclut Chanel Mode (1 200 salariés). Au total, dix entités dans ces trois pôles relevant de conventions collectives différentes : couture, joaillerie, mode, industrie chimique (parfums)…

• La CFDT est première avec 42 % des voix, devant la CFE-CGC (23 %), la CGT (17,8 %), FO (11 %), Sud (5,5 %) et l’Unsa (1 %). Chez Chanel Mode, elle a obtenu 69,91 % en mars 2017, devant FO (23,72 %) et l’Unsa (6,37 %).