La CFDT a gravi tous les étages chez Schindler ascenseurs

Publié le 20/11/2015

Partie d’une agence alsacienne au milieu des années 90, la CFDT de Schindler a méthodiquement tissé sa toile et est devenue la première organisation syndicale de l’entreprise cette année.

Les raisons d’adhérer à une organisation syndicale sont parfois étonnantes. Roland Heller se souvient parfaitement que tout a commencé par un coup de sang, quand le comité d’établissement de son agence (tenu à l’époque par FO) a annoncé qu’il souhaitait acheter un appartement au ski. « C’était une décision que nous étions plusieurs à trouver absurde. Nous n’étions pas assez nombreux au sein de la société pour que cet appartement puisse être utilisé à plein. Nous préférions que le CE organise des voyages. » En poste chez Schindler depuis déjà vingt ans, ce salarié plutôt éloigné de la culture syndicale – « je savais juste que je ne voulais pas adhérer à la CGT » – décide ce jour-là de monter une liste concurrente. Nous sommes en 1995. À la CFDT locale, l’accueil a d’abord été un peu réservé. « On nous a fait comprendre qu’on ne faisait pas du syndicalisme pour organiser des voyages, mais ils ont tout de même accepté que nous nous présentions avec leur étiquette. »

Une méthodique conquête du territoire

     

Volonté de conquête
À partir du moment où Rolland Heller a décidé d’étendre le rayonnement de la CFDT au-delà de l’Alsace, il aura fallu dix ans pour en faire la première organisation syndicale de l’entreprise. « C’est une question de caractère. Je ne me voyais pas rester tranquille dans notre antenne régionale en subissant des décisions prises au niveau national. »

Gestion décentralisée
L’organisation de l’entreprise nécessite de laisser une grande autonomie aux militants locaux, comme s’il s’agissait de 15 entités différentes. Les salariés votent avant tout pour les collègues qu’ils côtoient tous les jours et dont ils peuvent juger de l’efficacité et de la fiabilité aussi bien au travail que dans leur mission d’élu syndical. Le rôle du délégué syndical central est de dénicher les personnes qui souhaitent s’investir et de fédérer les énergies.

Succession préparée
La force de la CFDT de Schindler est d’avoir su anticiper les transitions. Quand Roland Heller devient DSC, il siège au comité central d’entreprise depuis plusieurs années et connaît parfaitement les dossiers en cours. La personne qui va lui succéder en fin d’année, Sébastien Cwiklinski, a également été formée. Ce quadragénaire qui assurera la relève participe déjà à toutes les négociations importantes, notamment celle en préparation sur le temps de travail.

     

Cette décision, la CFDT n’aura jamais à la regretter car cette joyeuse bande de collègues a bel et bien organisé des voyages un peu partout à travers le monde, mais elle ne s’est pas contentée de cela. Très vite, son engagement pour les salariés et ses compétences ont été reconnus par tous leurs collègues. À la première élection, les cédétistes ont pris le CE et, quelques années plus tard, la CFDT est devenue l’unique organisation syndicale de l’agence, une sorte de petit village gaulois dans une entreprise où la CGT réalise alors 80 % à l’échelle nationale. Partant de ce fief alsacien, ils ont patiemment conquis le territoire. Avec un tel historique, on comprend la joie et la fierté de ces militants, quand, en juin dernier, la CFDT est devenue la première organisation de l’entreprise avec 51,07 % des voix contre 48,93 % à la CGT. Un beau cadeau pour Roland qui, à quelques mois de la retraite, voit tous ses efforts récompensés.

« J’ai été progressivement pris par le virus syndical », explique ce travailleur acharné qui a toujours mené de front sa carrière professionnelle et son engagement à la CFDT. Aujourd’hui responsable de travaux dans son agence, il coordonne à la fois une équipe de techniciens et des élus syndicaux partout en France. « Je suis très organisé, c’est mon côté alsacien, plaisante-t-il. La direction n’a d’ailleurs jamais pu me reprocher quoi que ce soit dans mon travail, et notre agence a toujours été l’une des plus performantes de France. Quand, en 2008, j’ai pris la responsabilité de la CFDT Schindler au niveau national, j’ai construit un plan de bataille pour que la CFDT conquière le CCE [comité central d’entreprise]. J’avais trop souffert de siéger dans cette instance sans que ma parole soit prise en compte. Il y avait alors onze titulaires CGT, contre deux CFDT. »

La « méthode Heller » s’est révélée aussi simple qu’efficace. Repérer dans chacune des agences la personne dont le dynamisme et le charisme vont emporter l’adhésion de ses collègues. « Selon moi, le syndicalisme, c’est avant tout une question de personnes. » Grâce à son ancienneté dans l’entreprise, il dispose d’un gros réseau personnel qu’il étend méthodiquement. Son statut de cadre l’a beaucoup aidé dans un premier temps. Les cadres des autres agences ont en effet été séduits par son discours, qui n’excluait aucune catégorie de personnel. La CFE-CGC a d’ailleurs rapidement jeté l’éponge, et une partie des militants sont venus étoffer les troupes CFDT. Son statut lui permet également de rencontrer plus régulièrement les salariés des autres agences. « À chaque fois que je suis une formation interne ou que je participe à une réunion au niveau national, je demande à mes homologues s’ils ont des gars qui accepteraient de s’engager sur une liste CFDT. Petit à petit, on arrive à placer la bonne personne à la bonne place. »

Dans cette partie d’échecs, la CFDT de Schindler a fait preuve de beaucoup de pragmatisme en concentrant ses efforts sur des agences dont la taille pouvait faire basculer le vote à l’échelle nationale. Le bord de la Méditerranée, terre traditionnellement rouge vif, est vite devenu une priorité. L’agence de Nice a basculé CFDT il y a quelques années, mais celle de Marseille résiste encore. En 2015, le CE est resté entre les mains de la CGT à une voix près.

Une position à conforter lors des élections de 2017

Décisive, avec six fois plus de salariés qu’en Alsace, la région Île-de-France a également fait l’objet de toutes les attentions. Quelques semaines avant les élections professionnelles, les élus alsaciens les plus expérimentés ont investi ce bastion CGT le temps d’une journée afin d’animer une réunion d’information syndicale dans chacun des antennes du territoire. « Ces opérations commandos ne remplacent pas la présence sur le terrain, mais permettent de convaincre les indécis et de grappiller de précieuses voix », analyse Roland. En obtenant le score inespéré de 36,65 % dans cette région (contre 63,32 % pour la CGT), le pari a été relevé et la majorité a finalement basculé au niveau national.

Sébastien Cwiklinski, qui va succéder à Roland à la tête de la CFDT Schindler dans quelques mois, aura la lourde tâche de conforter cette pole position lors des élections de 2017. D’ici là, ce militant issu de l’antenne Schindler Nord Picardie n’aura guère le temps de se reposer sur ses lauriers : la direction vient d’annoncer qu’elle souhaitait revoir l’accord sur le temps de travail. À présent majoritaire dans l’entreprise, la CFDT sera en première ligne dans cette négociation qui s’annonce forcément compliquée. La rançon du succès pour ces militants qui ont heureusement prouvé qu’ils n’avaient pas peur de prendre leurs responsabilités…

jcitron@cfdt.fr

     


Repères

Groupe familial suisse créé en 1874, Schindler est spécialiste des ascenseurs. Il emploie 54 000 salariés (dont 2 600 en France) dans une centaine de pays.

• Chacune des 15 agences possède son comité d’établissement. Le comité central d’entreprise permet d’aborder les questions liées à la stratégie nationale et un forum européen, la stratégie du groupe sur le continent.

• Aux dernières élections, la CFDT a obtenu 45,66 %, la CGT 43,75 %, FO 9,23 % et la CFTC 1,37 %. Seules la CFDT et la CGT sont donc représentatives, avec 51,07 % pour la CFDT.