La belle percée de la CFDT chez les territoriaux de la Somme

Publié le 29/09/2015

En quelques années, le Syndicat Interco 80 a réussi de véritables performances en matière de syndicalisation des agents territoriaux de la Somme. Clés du succès : les pratiques de terrain et une sacrée énergie !

Cela doit tenir à son passé de footballeur professionnel, puis d’entraîneur : une facilité de contact, une manière énergique de prendre les choses à bras-le-corps, une réactivité… Avec ses faux airs de Bruce Willis, Alexandre Boutté, secrétaire de la section de la mairie de Roye, a l’habitude de mouiller le maillot sur le terrain… Y compris sur le terrain syndical. Et les résultats sont là : en quelques années, le nombre d’adhérents a plus que doublé, passant de 200 à 500.

  


Proximité
Les militants n’attendent pas les périodes électorales pour aller à la rencontre des agents, mais multiplient les tournées toute l’année. Ils sillonnent les petites communes et intercommunalités de ce territoire rural, dont les agents sont souvent isolés, sans aucune connaissance de leurs droits. Ils sont là pour informer, expliquer, soutenir.

Des réponses, des solutions
L’action des militants est pragmatique. Elle a permis de nombreuses avancées : obtention de primes, de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) pour de nombreux agents. Nombre d’entre eux découvrent, grâce à la CFDT, l’existence de la GIPA (garantie individuelle de pouvoir d’achat). Les militants d’Interco proposent systématiquement de calculer leurs éventuels arriérés. Certains reçoivent ainsi un chèque de plusieurs centaines d’euros.

Une action au service du développement
Le syndicat se développe et structure dans le même temps. D’où l’instauration du tutorat, effectué par les membres du bureau du syndicat auprès des nouveaux élus, le temps que ces derniers prennent leurs marques et gagnent en autonomie. Le syndicat est également attentif au renouvellement générationnel, qu’il encourage largement.

  

La CFDT s’est aussi implantée dans bon nombre de communes et d’intercommunalités, taillant au passage des croupières à la CGT ou FO dans certains de leurs fiefs. Sur la seule journée du 14 septembre, il a engrangé 11 adhésions dont 7 sur la petite commune d’Airaines, qui compte 44 agents municipaux. « Nous étions passés juste avant l’été, et nous avions ressenti le malaise des agents », explique Alexandre. Sans laisser traîner, il est revenu début septembre. Se sentant soutenus, les personnels de la mairie ont adhéré. Car ce jeune militant qui, à 35 ans à peine, multiplie les responsabilités (trésorier de l’Union régionale interprofessionnelle de Picardie, secrétaire de la section de la mairie de Roye, membre du groupe Jeunes fédéral) n’est pas du genre à attendre les périodes électorales pour aller au contact des personnels. « Mon moteur, c’est l’envie d’aider les gens, démêler les situations, ne pas les laisser en difficulté », explique-t-il. Il est en outre viscéralement intolérant aux injustices et toujours prêt à monter au créneau quand il s’agit de les combattre. Aussi, son action et celle du syndicat est-elle la bienvenue dans ce département rural qui compte une myriade de petites communes où les agents sont souvent isolés, sans aucune notion de leurs droits. Et où ils vivent parfois des situations difficiles sans avoir d’interlocuteur.

Des améliorations notables pour les personnels

La présence de la CFDT permet de changer la donne. À la mairie de Roye, qui compte une centaine d’agents dont 55 titulaires, 45 contractuels, 24 adhérents, sans compter les sympathisants, l’intervention d’Alexandre après la tentative de suicide – sur son lieu de travail – d’un agent technique, fin juin, a été salutaire. Non seulement elle a évité que l’affaire soit étouffée, mais elle a permis que ce drame soit reconnu en accident du travail. « Et on ne va pas en rester là », promet le jeune militant, qui pense organiser une action devant la mairie prochainement, bien décidé à ne rien lâcher de façon à dénoncer certaines pratiques malsaines d’intimidation en cours dans la municipalité. « Y en a marre des élus ou de certains DGS [directeurs généraux de services] qui se prennent pour des cow-boys », s’agace-t-il. Il bataille ferme, d’ailleurs, afin que tous les agents puissent bénéficier du régime indemnitaire (les primes). Ou pour que la NBI (nouvelle bonification indiciaire), sorte de coup de pouce versé aux emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulière, ne soit pas donnée « à la tête du client », dénonce Alexandre.

Depuis l’implantation de la CFDT à la mairie, en 2011, la liste des acquis au bénéfice des personnels s’est allongée : obtention de tickets restaurant, amélioration de la prise en charge de la mutuelle santé, garantie de maintien de salaire en cas d’arrêt maladie, négociation d’un plan de formation pour tous les agents… La CFDT s’est surtout fait remarquer parce qu’elle a négocié l’application rétroactive sur les quatre dernières années de la GIPA (garantie individuelle de pouvoir d’achat), un dispositif qui doit permettre que le traitement des agents ne soit pas inférieur à l’inflation. Ce qui, pour certains agents, s’est traduit par un chèque de plusieurs centaines d’euros. En faveur des agents de l’animation et de la culture, la CFDT a aussi fait bouger les lignes. En obtenant, par exemple, que les animateurs des centres de loisirs puissent prendre deux semaines de congé l’été, une journée de repos quand ils partent sur des camps de neuf-dix jours, ou le paiement des heures de nuit. « J’ai connu la période où on n’avait rien, où on travaillait non-stop », note Olivier Hernout, 36 ans, adjoint d’animation à la Maison d’information jeunesse. Adhérent CFDT depuis 2008, il doit justement au syndicat d’avoir pu réintégrer son poste après trois années de mise en disponibilité, entre 2005 et 2008, alors que le DRH ne voulait pas en entendre parler. Sans donner aucune justification valable à son refus. « Le syndicat, c’est notre soutien, apprécie également Thérèse Lavieville, agent d’accueil à la piscine municipale et adhérente depuis 2009. Avec lui, on apprend à connaître et à défendre nos droits. J’ai découvert l’existence de certaines primes. Je n’en avais jamais entendu parler. » Comme la fameuse NBI.

Auprès d’Alexandre, les adhérents savent qu’ils trouveront toujours une écoute attentive… et des réponses ! « Avec Alexandre, ce n’est pas “on va voir”, c’est “je m’en occupe” », résume Jérôme, agent au service technique de l’eau de la mairie de Roye et adhérent CFDT. Soucieux de promouvoir le renouvellement des militants, le jeune homme souhaite passer la main à la fin de l’année et confier le secrétariat de la section de Roye à une nouvelle élue. Auprès de la toute jeune section de la commune de Moreuil (60 agents dont une quinzaine d’adhérents), où la CFDT a réussi à s’implanter juste avant les élections dans la fonction publique, en décembre 2014, il joue par ailleurs le rôle de tuteur. « Au syndicat, nous avons instauré ce système de tutorat, qui nous semble indispensable, pour permettre aux nouvelles et nouveaux élu(e)s de prendre pleinement leurs responsabilités. Les membres du bureau accompagnent une ou deux sections », explique Alexandre, très à l’aise dans ce rôle de « coach ». Dans son équipe, Alexandre joue défenseur. Ça vous étonne ?

epirat@cfdt.fr

   

Repères

• Le Syndicat Interco 80 compte 500 adhérents après plusieurs années de développement actif.

• Il multiplie les implantations de sections ; celle de l’intercommunalité de Moreuil date de la mi-septembre.

• Le syndicat espère obtenir un second poste de représentant du personnel dans le centre de gestion de la Somme, lors des élections du 8 octobre. « Ce serait historique ! » Le scrutin de décembre 2014 avait été contesté par la CGT. Seuls les agents de catégorie C vont voter.