[Témoignages] Alstom : tous les salariés mobilisés

Publié le 28/09/2016 à 10H13
L’avenir du site franc-comtois, menacé de fermeture, se joue ces jours-ci, entre comité central d’entreprise, mobilisations et annonces gouvernementales.

Semaine cruciale pour les « Alstommes » toujours dans l’attente de réponses sur leur avenir. Ce 27 septembre, 300 salariés de l’usine d’Alstom de Belfort s’étaient donné rendez-vous devant le siège du groupe industriel à Saint-Ouen (93) – avant d’être rejoints par d’autres salariés des différents sites du constructeur. « Il y a une vraie solidarité qui s’organise ici. Pendant que nous sommes là, d’autres manifestations sont en cours sur tous les sites du groupe, où la mobilisation atteint 50 % par endroits », a expliqué Olivier Kohler, délégué syndical du site de Belfort. Avec ses collègues, il a fait le choix de venir en TGV. « Un symbole, explique t’il, puisque le TGV est un produit sorti des usines d’Alstom, le fruit du travail des salariés d’Alstom. »

Quelques minutes avant d’être reçu par la direction générale du groupe, il ne se fait pourtant guère d’illusions. La veille, lors d’un comité central d’entreprise (CCE) extraordinaire, la direction est certes sortie du silence auquel elle avait habitué les salariés cette dernière quinzaine, mais le discours, lui, n’a pas changé depuis l’annonce début septembre de l’arrêt de la production à Belfort d’ici 2018. « La direction ne remet pas en cause le transfert à Reichshoffen, même si elle se refuse à parler de plan social et préfère parler de proposition de transfert ». À la sortie du CCE, elle s’est contentée d’indiquer que « le processus serait suspendu tant que le gouvernement ne ferait pas ses annonces, poursuit Patrick de Cara, délégué CFDT qui participait au CCE. Autrement dit, il nous reste une semaine, jusqu'au 4 octobre, pour sauver Belfort ».

Tous les regards sont maintenant tournés vers l’État. Actionnaire du groupe à hauteur de 20%, il devrait annoncer dans les prochains jours son plan pour le fabricant de locomotives. Des annonces très attendues, la CFDT ayant déjà prévenu par la voix de son secrétaire générale des conséquences d’un échec en la matière. « Il y a une responsabilité de l’État pour sauver le site d’Alstom et il faut qu’il s’y engage […] Après 2022, il y aura de la production avec le TGV du futur. Entre temps il faut des commandes, notamment via la RATP, la SNCF. Sinon, on se retrouvera dans cinq ans et on dira : “mince ! on ne peut plus construire parce qu’on a mis en l’air l’outil industriel”.  


 Paroles d’Alstommes

ALSTOM JF DR « Nous sommes convaincus que des solutions existent »
Jean-François. Salarié de Belfort depuis vingt-cinq ans

L’annonce de la fermeture a eu un impact bien au-delà des salariés de Belfort. C’est tout un territoire qui est mobilisé. On voudrait nous voir résignés, or c’est tout le contraire : nous sommes debout, et nous resterons debout, car nous sommes convaincus que des solutions existent. Le problème, c’est qu’elles ne nous appartiennent pas, et qu’aujourd’hui l’intérêt économique d’un groupe prime sur la politique industrielle d’un pays.

 

ALSTOM Dominique DR« Qu’ont-ils fait des 10 millions d’euros attribués au titre du CICE ? »
Dominique. Salariée de Belfort depuis trente six ans

Après plus de 30 ans de bons et loyaux services auprès d’Alstom, je n’accepte pas le silence et le déni dans lequel on nous laisse depuis 15 jours. Il n’est pas question d’appeler à la grève illimitée, cela n’aurait pas de sens. Ce que l’on demande, c’est un peu de respect et des explications. Qu’ont-ils fait des 10 millions d’euros attribués au titre du CICE ? Cet argent était censé financer l’investissement non ? Il est où, l’investissement, quand on décide la fermeture d’un site ?

 

ALSTOM ALI DR« Quand vous vendez des contrats, vous vendez le transfert de technologie avec »
Ali. Salarié du Creusot depuis sept ans

Nous sommes venus pour soutenir les salariés de Belfort et des autres sites en difficulté (La Rochelle, Ornans). Nous sommes un groupe et ce qui arrive aujourd’hui chez eux peut très bien nous arriver demain, du fait de la baisse d’activité et de la concurrence mondiale. Pendant longtemps, Alstom, Bombardier et Siemens ont été leader sur le marché. Aujourd’hui, la concurrence est espagnole, chinoise, suisse…Or quand vous vendez des contrats, vous vendez le transfert de technologie avec. Trois quatre ans après, on touche du doigt les conséquences sur l’emploi.

 

asballe@cfdt.fr

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