[Chronologie] Filière nucléaire : quel avenir pour Areva ?

Publié le 02/06/2015

[Mise à jour du 4 juin 2015] Le plan de redressement, annoncé par la direction d’Areva début mai, prévoit de 5 000 à 6 000 suppressions d’emplois dans le monde, dont 3 000 à 4 000 en France, d’ici à 2017. Presque toutes les filiales sont touchées. La CFDT dénonce la méthode qui consiste à annoncer des suppressions de postes alors que la stratégie industrielle n’est pas fixée.


   


4 juin 2015 : les annonces de l’État

L’État a tranché. À la suite du conseil de politique nucléaire, qui s’est tenu le 3 juin, l’Élysée a annoncé son choix en faveur d’une reprise par EDF de la majorité de l’activité réacteurs d’Areva, tout en promettant de renflouer le groupe, signant ainsi la fin du modèle intégré défendu depuis la création du groupe nucléaire, en 2001. EDF deviendrait donc actionnaire majoritaire de la filière Nuclear Power (NP) d’Areva (15 000 salariés sur les 44 000 que compte l’ensemble du groupe dans le monde). Areva NP est chargée de la conception des réacteurs, de la maintenance et des services « sur bases installées ». Cette décision fait redouter le pire aux équipes d’Areva, qui défendaient une toute autre option, notamment celle du maintien du modèle intégré.


   


2 juin 2015 : Forte mobilisation des salariés

A la veille d’un Conseil de politique nucléaire et à quelques jours des annonces concernant l’avenir du groupe, l’intersyndicale a appelé les salariés à la mobilisation, mardi 2 juin. Mobilisation réussie ! Une grande partie des effectifs du siège, situé à la Défense, a débrayé dans la matinée. L’ensemble des sites étaient également touchés par des mouvements de protestation et de grève des salariés : blocages, barrages, distribution de tracts, etc. Selon les premières estimations, 60% du personnel était en grève.


Fait rarissime chez Areva, les cadres du siège, situé à La Défense, ont débrayé, mardi 2 juin au matin, pour rejoindre la mobilisation organisée à l’appel de l’intersyndicale. Certains avaient même enfilé des chasubles par-dessus leur costume-cravate. L’heure est à l’inquiétude en effet pour l’ensemble des salariés du groupe (environ 44 000 salariés dans le monde et 29 000 en France), où un vaste plan de réduction des effectifs vient d’être annoncé. Il devrait toucher 5 000 à 6 000 salariés dans le monde et 3 000 à 4 000 en France. Il s’agirait dans un premier temps d’un plan de départs volontaires. Mais qui, pour les syndicats, n’est qu’un préambule à un plan social d’envergure.

Période cruciale

      

« Nous sommes dans une période cruciale. C’est maintenant qu’il faut se faire entendre », explique Jean-Pierre Bachmann, coordinateur CFDT pour le groupe Areva. Un conseil de politique nucléaire doit en effet avoir lieu mercredi 3 juin, en présence des ministres concernés par l’avenir de la filière nucléaire (mais en l’absence des directions du groupe Areva et EDF). Et, le ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, a précisé, lors de sa dernière rencontre avec les syndicats, le 22 mai, qu’il ferait des annonces concernant le groupe, d’ici début juillet.

Donner un cap

Areva connait une situation financière quasi intenable : 5 milliards de pertes en 2014, un endettement record. Situation qui a conduit la direction à annoncer, en avril, un plan d’économies de 1 milliard d’euros. Ce plan d’économies aura des conséquences non seulement sur l’emploi, avec des réductions drastiques, les salaires, mais aussi sur la sous-traitance (réduction des achats). « Mais  ce n’est pas cela qui va sauver le groupe !, dénonce Jean-Pierre Bachmann, qui ajoute : pour l’instant, les seuls à qui on demande de payer, ce sont les salariés ! Et ce n’est pas en faisant des économies sur leur dos qu’on résoudra le problème d’Areva». En tout état de cause, « si on demande des efforts aux salariés, il faut pouvoir donner un cap et éclaircir la question de la stratégie industrielle. Or aujourd’hui, ce cap n’est pas donné ». Pour la CFDT, il est inconcevable de pouvoir d’ores et déjà donner des chiffres de réductions de postes alors même que la stratégie industrielle n’est pas connue. Et dans ce domaine, « on voit bien que le gouvernement tergiverse ». Or, pour la CFDT, l’Etat (actionnaire à 87% d’Areva) doit prendre ses responsabilités : « qu’il donne les financements nécessaires à la recapitalisation du groupe, et qu’il garantisse sa pérennité industrielle ». Les organisations syndicales se sont d’ores et déjà donné rendez-vous mardi 9 juin pour une nouvelle AG.

epirat@cfdt.fr