L’emploi des jeunes : une vraie mission (locale)

Publié le 27/01/2015

À la mission locale de Val d’Orge dans l’Essone, les jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation représentaient 60% du public en 2013. En parallèle, la structure accueille de plus en plus de jeunes diplômés. État des lieux dans le 91.

MISSION Garcon Calvet DivergenceIls ont des allures d’adolescents, parfois des traits enfantins et des préoccupations d’adultes : ils cherchent un travail ou une formation qualifiante pour avancer dans la vie. En cette matinée de la fin décembre, de nombreux jeunes franchissent la porte de la mission locale du Val d’Orge (91). Ils sont aussitôt reçus en entretien, sans rendez-vous, c’est la règle. Aux conditions d’avoir entre 16 et 26 ans et de ne plus être scolarisé, ces jeunes sont accompagnés dans leur recherche d’emploi ou de stage par un conseiller référent, le même tout au long de leur parcours.

Le public évolue sous l’effet de la crise. « Nous recevons de plus en plus de jeunes diplômés de niveau bac ou plus », remarque Loïs Chagnard, directrice adjointe de la mission locale. Cependant, la grande majorité des jeunes accompagnés sont peu ou pas qualifiés. Ils sortent d’une dernière année de CAP, avec ou sans diplôme, ou ont quitté l’école entre la 4e et la seconde. Les statisticiens les appellent les Neet (Not in Education, Employment or Training), des jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation. Et leur nombre, un million en France, est alarmant. Au Val d’Orge, ils représentaient 60 % des jeunes suivis en 2013.

MISSION Entretien Calvet DivergenceC'est le cas de Roxanne, une jeune femme qui travaille sur son CV dans l’espace informatique en libre accès. Elle cherche un stage dans le cadre de la formation au CAP petite enfance qu’elle vient de décrocher. « On était trente candidates pour dix places, je n’en reviens pas d’avoir été prise ! », s’exclame cette jeune femme de 23 ans qui élève deux enfants. Elle a été « mère au foyer pendant trois ans » avant d’enchaîner des contrats courts en tant qu’Atsem (agent territorial spécialisé des écoles maternelles), mais sans diplôme. Le CAP lui permettra de passer le concours pour devenir fonctionnaire titulaire, travailler aussi bien en maternelle qu’en crèche et viser ensuite le diplôme d’auxiliaire de puériculture.

Etablir un réseau d'interlocuteurs adapté 

« Beaucoup de jeunes sont envoyés par Pôle emploi, d’autres viennent sur le conseil d’un copain, note Loïs Chagnard. Nous essayons dans un premier temps d’identifier les freins à l’insertion afin de mettre en place un réseau qui aidera le jeune à régler toute problématique autre que l’emploi. » L’obstacle peut venir d’un logement précaire (foyer, hôtel ou absence d’hébergement) – 8 % des jeunes de la mission du Val d’Orge sont dans ce cas –, d’un problème de santé, de troubles psychologiques ou de démêlés avec la justice. Le référent met le jeune en relation avec les interlocuteurs à même de l’aider : assistantes sociales, médecins, associations. Une fois ces difficultés aplanies, un vrai travail sur l’insertion peut commencer. Il existe toute une batterie de dispositifs d’accompagnement à l’insertion, dont les conditions d’accès et les modalités varient : un véritable casse-tête pour les conseillers des missions locales.

De nouveaux dispositifs et un bilan positif

MISSIONFilledos SebastienCalvet DivergenceDestiné aux décrocheurs et aux jeunes diplômés qui essuient des revers répétés dans leur insertion professionnelle, l’accompagnement des jeunes demandeurs d’emploi, prévu par l’accord du 7 avril 2011 et porté par la CFDT, présente un bilan positif. Plus de 82 000 jeunes ont intégré le dispositif et 87 % d’entre eux, à l’issue de l’accompagnement d’un an renouvelable six mois, sont en emploi ou en formation. À la mission locale du Val d’Orge, les « jeunes Ani » sont suivis pendant dix-huit mois, dont six mois après leur prise de poste dans un nouvel emploi, pour prévenir les accidents de parcours. Dernier dispositif conçu pour les Neet et les jeunes de 18 à 25 ans les plus en difficulté : la garantie jeunes. Il s’agit d’une allocation de 433 euros, assortie d’une obligation d’accompagnement par une mission locale sur la base du « donnant-donnant », pour multiplier les périodes d’emploi et de formation et construire un parcours. Expérimentée dans dix territoires depuis le 1er octobre 2013, elle a été étendue depuis le 1er janvier 2015 à dix nouveaux territoires (dont l’Essonne) et devrait en concerner 51 autres à la fin du premier trimestre 2015.

S’ils n’appartiennent pas tout à fait à la catégorie des dispositifs d’insertion, les emplois d’avenir, lancés fin 2012, ont représenté un véritable appel d’air pour les jeunes peu qualifiés. L’objectif gouvernemental de 150 000 emplois d’avenir fin 2014 a été dépassé. En CDI ou en CDD d’un an renouvelable, les jeunes qui en bénéficient acquièrent leur première expérience professionnelle et une qualification. « Le volet formation du dispositif a mis un peu de temps à se concrétiser mais aujourd’hui les employeurs jouent le jeu, explique Andrée Dumay, directrice de la mission locale du Val d’Orge et adhérente CFDT. Ces jeunes qui ont connu des échecs comprennent l’utilité d’une formation dans un contexte professionnel. » L’équipe de la mission locale s’apprête à lancer une nouvelle opération en partenariat avec la Cité des métiers. Cette fois, c’est l’apprentissage qui sera à l’honneur. Une autre voie d’accès au marché du travail, une autre mission pour l’insertion des jeunes éloignés de l’emploi.

mneltchaninoff@cfdt.fr

   


Bande de filles

Dans une salle de la mission locale, des jeunes filles bavardent et rigolent en attendant la session de l’après-midi. Elles sont suivies par la mission locale et participent à l’action « Femmes, jeunes et emploi », financée par le conseil général de l’Essonne. Animé par Magalie Ben Bachir, coordinatrice au CIDFF 91 (centre d’information sur les droits des femmes et des familles), ce stage de trois semaines vise à renforcer la confiance des jeunes femmes en leurs capacités en vue d’améliorer leur insertion sociale et professionnelle.

MISSIONaffiche PhotoCalvetDivergence« Les conseillers de la mission locale proposent cette action aux jeunes femmes quand ils ont l’intuition que quelque chose les freine dans leur parcours, qu’elles ne parviennent pas à se mobiliser, indique Magalie Ben Bachir. On ouvre pour elles un espace d’échanges où la confidentialité est garantie. Nous n’avons pas d’attente vis-à-vis d’elles, et cela leur donne une grande liberté. » Des séances d’information collective sur les droits sont organisées avec des représentants de la Caisse primaire d’assurance maladie, de la Caisse d’allocations familiales, une assistance sociale du centre communal d’action sociale, une psychologue, un juriste du CIDFF et une représentante du Mouvement du Nid, qui lutte contre les causes et les conséquences de la prostitution. Certaines surmontent ainsi leur appréhension face à l’administration.

Jeux de rôles

« Bon nombre d’entre elles ont subi des violences, parfois dans leur famille, des situations d’abandon, de harcèlement, et le fait de partager leur vécu et la dynamique de groupe les allègent », explique Magalie Ben Bachir. Pour faciliter l’expression et surmonter les blocages, des comédiennes interviennent dans le cadre de jeux de rôles. C’est souvent l’occasion pour ces jeunes filles d’oser prendre la parole. Des changements se révèlent au cours du stage, dans leur attitude et leur expression. Des liens se nouent, qui perdurent bien après la fin de la session. Et les résultats sont probants : 75 % des jeunes femmes retrouvent un emploi ou une formation à la suite de ce stage.

   
       

photos : © Sébastien Calvet