[Vidéo] Réforme des retraites : “La CFDT refuse toutes mesures paramétriques”

Publié le 25/11/2019

• À une semaine de la manifestation du 5 décembre, la CFDT exige davantage de transparence de la part du gouvernement.
• Le Bureau national a voté le 21 novembre une déclaration rappelant les positions de l’organisation et son refus de toute mesure d’âge ou portant sur la durée de cotisation.

           

Le gouvernement veut-il faire une réforme budgétaire ou de justice sociale ? Alors que les esprits s’échauffent sur la réforme des retraites, la CFDT exige du gouvernement qu’il sorte de son ambiguïté et cesse les déclarations contradictoires qui exacerbent les tensions sur un dossier très anxiogène pour les Français. Depuis dix-huit mois, elle participe aux concertations avec le Haut-Commissariat et s’est souvent félicitée de la richesse des échanges. Mais les récentes déclarations du Premier ministre – laissant entendre que le gouvernement pourrait prendre des mesures allongeant la durée de cotisation – ont jeté le trouble. Pour la CFDT, ces propos sont en totale contradiction avec les engagements du président de la République, qui annonçait une réforme structurelle et non budgétaire de notre système. « Nous demandons au Président d’appliquer son programme », soulignait avec ironie le secrétaire général lors d’une conférence de presse le 21 novembre.

Une position claire

Quelques heures plus tôt, le Bureau national réaffirmait dans une déclaration votée à l’unanimité son refus de toute mesure paramétrique qui modifierait l’âge de départ ou la durée de cotisation. Une telle décision toucherait les populations les plus fragiles et accentuerait les inégalités, ce qui va à l’encontre des objectifs de la réforme systémique promise par l’exécutif. Le texte réaffirme également la nécessité de réformer en profondeur en créant un système de retraite universel où tous les actifs, du public comme du privé, seraient solidaires. Ce choix assumé d’une réforme d’ampleur qui permette de redonner confiance aux générations futures dans notre système de retraite constitue la raison pour laquelle la CFDT n’appelle pas à la mobilisation du 5 décembre, dont le mot d’ordre est le refus de toute réforme. « Nous défendons l’idée d’une réforme systémique des retraites depuis 2010, a rappelé Laurent Berger. Je respecte les positions des autres organisations syndicales, mais nous avons une divergence de fond. Il n’est pas question que nous fassions grève pour défendre le statu quo actuel, qui est source d’injustice et d’inégalité. »

Reçue par le Premier ministre le 25 novembre dans le cadre des concertations avec l’ensemble des partenaires sociaux, la CFDT a répété ce message. Elle est prête à s’engager dans une réforme des retraites si l’objectif est la justice sociale, et compte aller au bout de la concertation pour l’obtenir. La délégation menée par Laurent Berger a notamment insisté sur l’opportunité offerte par cette réforme de mieux prendre en compte la pénibilité au travail et les basses pensions ou de bâtir enfin un système de retraite progressive qui réponde aux enjeux de l’allongement de la durée de cotisation et à l’aspiration des salariés à avoir davantage de liberté au moment de faire valoir leur droit à pension. « Les tergiversations du gouvernement autour de cette réforme font que l’on a perdu l’objectif initial, renchérit Laurent Berger. Il doit à présent montrer que son ambition est de construire un régime plus fort et plus solidaire et non de faire dans l’urgence des économies aveugles. La position de la CFDT est claire sur ce point et nous lui avons rappelé lors de cette rencontre. »

Le gouvernement reste évasif ou du moins attentiste, soufflant le chaud et le froid. En s’appuyant sur le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites (lire l’encadré), il réaffirme son ambition d’équilibrer les comptes d’ici à 2025-2030 tout en assurant vouloir mener à bien sa réforme d’ampleur. Deux objectifs qui paraissent antinomiques. Cette attitude équivoque s’applique également à sa gestion des régimes spéciaux : un jour il laisse entendre qu’il pourrait appliquer la clause du grand-père (faire la réforme pour les nouveaux salariés)… et stigmatise les salariés de ces régimes le lendemain, alimentant ainsi leur colère et leur défiance. « Le climat social en France est suffisamment tendu pour ne pas alimenter les polémiques, martèle Laurent Berger. La CFDT essaie d’être cohérente dans cette période compliquée. Nous demandons au Premier ministre comme au Président d’en faire autant. »

jcitron@cfdt.fr

     

Un rapport trop largement instrumentalisé

La sortie d’un rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) est toujours un moment délicat tant le contenu est source d’instrumentalisation politique de toutes parts. Le dernier ne fait pas exception à la règle. Remis au Premier ministre le 21 novembre, il a déjà fait couler beaucoup d’encre alors qu’il ne contient aucune surprise. Les experts devaient, à la demande du gouvernement, faire un point sur la situation financière du système et étudier les mesures susceptibles d’être prises pour garantir l’équilibre du régime à l’horizon 2025. Ce travail, déjà largement effectué quelques mois plus tôt, confirme ainsi les grandes données macroéconomiques connues des spécialistes.
Très loin de l’analyse produite par le gouvernement – qui s’appuie sur ce travail pour exiger des mesures d’économies estimées « entre 7 et 18 milliards selon les scénarios économiques retenus » –, le travail du COR montre que les mesures prises ces dernières années ont permis de faire face au papy-boom et de stabiliser les dépenses autour de 13,8 % du PIB. Dit autrement : à législation constante, la part de la richesse nationale consacrée aux retraites resterait stable. Le déficit auquel fait référence l’exécutif s’explique par le niveau des recettes qui est, lui, orienté à la baisse.

Ce fameux déficit dont on n’a pas fini d’entendre parler ne signifie donc pas que le système s’est emballé et qu’il est urgent de prendre des mesures permettant de stopper une dérive des comptes. Il pose en revanche la question du niveau d’efforts que nous sommes prêts à consentir pour les retraites. Et le travail des experts du COR n’est pas de répondre à cette question…