[Entretien] “Les retraites complémentaires évolueront avec l’inflation”

Publié le 28/05/2019

Frédéric Sève est secrétaire national, responsable de la question des retraites à la CFDT et chef de file de la négociation Agirc-Arrco.

La CFDT a signé l’accord sur les retraites complémentaires des salariés du privé (Agirc-Arrco). Que faut-il en retenir ?

Cet accord illustre la pertinence d’une gestion paritaire. Après quatre années où des efforts importants ont été demandés aux actifs, aux retraités et aux entreprises pour faire face à la dégradation financière des régimes, les organisations syndicales et le patronat sont tombés d’accord sur de nouvelles règles plus avantageuses pour les quatre prochaines années (2019, 2020, 2021, 2022). Les comptes du régime s’étant redressés, il était normal qu’il y ait un juste retour des choses. Deux points sont particulièrement marquants. Les retraités ont la garantie que leur pension complémentaire évoluera au minimum avec les prix, et les actifs ont la garantie de voir la valeur d’achat des points retraite évoluer avec leurs salaires. Si l’on compare avec les décisions prises par le gouvernement sur le régime général, notamment celle sur le gel des pensions, la différence est frappante. D’ailleurs, l’ensemble des organisations syndicales ont approuvé cet accord, à l’exception de la CGT.

Un point fait pourtant polémique : le maintien du fameux coefficient de solidarité…

La CFDT s’est battue pendant toute la négociation pour que ce système de bonus-malus instauré lors du précédent accord disparaisse, mais le patronat s’est montré inflexible. C’était pour eux un point non négociable, un véritable totem politique. À force de discussions, nous avons quand même obtenu que ce coefficient minorant (– 10 % pendant trois ans pour les salariés faisant valoir leur droit à pension l’année de leur retraite à taux plein) ne soit pas appliqué à certains salariés fragiles économiquement ou physiquement, mais ce n’est pas suffisant. Nous comptons bien remettre ce sujet sur la table très vite. 

Ce système n’est pas gravé dans le marbre.

Cette négociation s’est déroulée en parallèle de la concertation sur la réforme des retraites conduite par le haut-commissaire Jean-Paul Delevoye. Quel lien peut-on faire entre ces deux dossiers ?

Il ne faut pas confondre les deux sujets. La négociation sur les retraites complémentaires était un rendez-vous prévu dans le cadre d’un régime existant géré par les partenaires sociaux. Même si un nouveau système se met en place dans les années à venir, les règles de ce régime continueront de s’appliquer pour les retraités actuels.

La concertation menée par le haut-commissaire s’inscrit, quant à elle, dans une réforme globale annoncée par le président de la République. Lors des discussions, la CFDT a pu faire entendre ses revendications et elle a souligné la qualité des échanges mais, à ce jour, le gouvernement n’a pas présenté de projet concret.

Le haut-commissaire doit rendre un rapport début juillet. Le projet de loi est, quant à lui, annoncé pour la fin de l’été. Nous ne pouvons donc pas juger de la pertinence d’une réforme qui n’existe pas encore. Nous pouvons juste exprimer des doutes, voire des craintes quant au calendrier. S’il n’est pas assoupli, il paraît difficile qu’une seconde concertation avec les partenaires sociaux sur la base d’un projet concret s’engage. Or, pour la CFDT, il est inconcevable que l’exécutif propose une réforme d’ampleur de nos retraites sans qu’elle soit précédée d’un débat avec les organisations syndicales et, plus globalement, avec l’ensemble de la société.

Propos recueilis par jcitron@cfdt.fr

©Photo Anne Bruel InfoCom CFDT