Les grands enjeux de la rentrée sociale

Publié le 04/09/2019

Emploi, rémunérations, retraites, stratégie européenne… Tour d’horizon des principaux dossiers de cette rentrée 2019 avec les responsables des fédérations CFDT.

Agitée, la rentrée sociale ? « En tout cas, elle sera dense ! », convient la CFDT. Alors que les rendez-vous vont se multiplier dans les prochaines semaines, la mise en place des comités sociaux et économiques continue de mobiliser les militants dans les entreprises. Un enjeu central pour toute l’organisation (lire l’encadré) qui s’ajoute à la liste des priorités dans des secteurs en surchauffe. Car la trêve estivale n’aura pas permis d’apaiser les tensions chez les pompiers ou aux urgences, avec ce week-end le franchissement du seuil de 50 % de services en grève. « À la question des moyens humains et financiers s’ajoute le besoin de clarification des missions des services d’urgences. Il va falloir trancher, sans quoi le malaise risque de s’intensifier chez les soignants », résume la Fédération Santé-Sociaux, qui s’appuie sur les premiers résultats de la troisième édition de son enquête Parlons effectifs*. Dans les Ehpad, la mobilisation se poursuit pour améliorer les conditions de travail et l’accueil des personnes âgées, avec une probable date intersyndicale courant d’octobre. La Fédération Chimie-Énergie sera également mobilisée, avec un appel intersyndical à la grève le 19 septembre contre le plan de réorganisation d’EDF qui prévoit le découpage de l’entreprise en deux entités distinctes.

Emploi et qualité de l’emploi

     


Les priorités d’action nationale

Dans son discours de clôture de l’université syndicale d’été, Laurent Berger a évoqué les six priorités d’action de la CFDT pour cette rentrée sociale, au premier rang desquelles figure l’accompagnement des militants dans la mise en œuvre des CSE, de la négociation jusqu’aux élections : « La qualité du dialogue social dans les entreprises est en jeu, tout comme notre représentativité. » Viennent ensuite les questions de travail, sur lesquelles le patronat rechigne à discuter mais qu’il va falloir « continuer d’interpeller afin que l’organisation du travail devienne un réel sujet de discussion et que les travailleurs soient reconnus dans ce qu’ils apportent à l’entreprise et respectés pour leur travail ». En lien direct avec ces questions, vient la troisième priorité d’action de cette rentrée : la réforme des retraites. Alors que le calendrier se distend une nouvelle fois (le gouvernement envisage une deuxième phase de concertation d’un peu moins d’un an), la CFDT veut profiter de ce temps pour discuter et informer les militants et adhérents en répondant à leurs interrogations lors des débats programmés en région.

Dans les territoires, la mobilisation pour l’emploi et les transitions, et plus généralement la mobilisation pour un nouveau modèle de développement se poursuit. Ce doit être l’occasion de pousser les propositions du Pacte du pouvoir de vivre, dont le tour de France commencera à la mi-septembre. « La rencontre organisée à Matignon la semaine passée est peut-être le signe d’un changement de méthode. Mais nous jugerons sur pièce », a rappelé Laurent Berger. À l’interne, la CFDT veut intensifier la transformation de l’organisation, avec la mise en musique du dispositif Accompagnement-Ressources-Conseil (dont le site dédié connaît un succès croissant) et l’accélération de l’objectif développement de 10 % fixé au congrès confédéral de Rennes.
     

C’est bien la question de l’emploi qui est au cœur de cette rentrée sociale. « Après des années d’hésitations, le temps semble s’accélérer, résume Olivier Guivarch, de la Fédération des Services. Les transformations sont à l’œuvre, chaque secteur avec ses spécificités. Les destructions d’emplois touchent principalement la grande distribution et la vente conduisant à la disparition d’enseignes. Mais il ne faut pas déconnecter emploi et qualité de l’emploi, dramatique dans la logistique, et sur lesquels nous devons avoir une vision globale. Pour cela, il nous faut pousser le patronat à sortir de son corporatisme et créer davantage de passerelles entre nos différents secteurs. » Dans l’automobile, les constructeurs doivent renégocier les accords triennaux de compétitivité, dans un contexte compliqué : forte baisse de la fabrication de certains modèles mais surtout nouvelle obligation introduite par la loi d’orientation des mobilités (LOM), qui prévoit d’interdire tout moteur thermique (essence ou diesel) d’ici à 2040. « Le passage à l’électrique constitue un réel défi pour l’avenir de toute la filière et sera d’ailleurs au menu de notre bureau fédéral de rentrée », précise le secrétaire général de la CFDT-Métallurgie, Stéphane Destugues. Côté agriculture, les difficultés de la filière sucre et les coupes budgétaires décidées par le gouvernement concernant les chambres d’agriculture (8 000 salariés) font craindre des réorganisations et des suppressions d’emplois. Parallèlement, la renégociation de la politique agricole commune amène la FGA (CFDT agroalimentaire) à réclamer « en lien avec notre fédération européenne, la définition de critères de conditionnalité des aides relatifs aux réglementations sociales et à la santé des travailleurs et le développement d’une politique de l’emploi dans le cadre de la PAC », précise son secrétaire général, Fabien Guimbretière.

Des comptes, c’est ce que demandera la Fédération Banques et Assurances, qui dévoilera dans les prochains jours son évaluation des mesures du pacte de responsabilité dans les branches ayant conclu un accord en 2014. « Les chiffres, beaucoup plus forts qu’attendus, devraient interroger la puissance publique sur la question des allègements de charge sans contreparties demandées, insiste son secrétaire général, Luc Mathieu. Une partie des économies réalisées doit revenir aux salariés, par des mesures fortes en insertion par et dans l’emploi, et par un effort particulier en matière de développement de l’employabilité et de maintien dans l’emploi des salariés. »

aballe@cfdt.fr et epirat@cfdt.fr