Les enjeux d’une conférence sociale sous pression

Publié le 01/07/2014 (mis à jour le 07/07/2014)

Pour sa troisième édition, les 7 et 8 juillet, la conférence sociale a fait l’objet de nombreuses surenchères. La CFDT a quant à elle affiché des « objectifs précis ».

Dire que la pression monte autour de la « grande conférence sociale pour l'emploi » des 7 et 8 juillet serait un euphémisme. Jamais ce rendez-vous emblématique de la démocratie sociale à la française, dont le président de la République avait souhaité qu’elle marque de son empreinte son quinquennat, ne se sera tenu dans un climat aussi tendu. Déclarations à l’emporte-pièce et menaces de boycott se sont multipliées côté patronal aussi bien que syndical, comme pour faire monter les enchères avant la troisième édition de ce qui se voulait avant tout une méthode : un temps de débat entre acteurs – partenaires sociaux, représentants de l’État et des collectivités – aux intérêts (ou aux postures) souvent divergents, la fixation de priorités communes traduites dans une feuille de route annuelle, un suivi et une évaluation avant une nouvelle conférence sociale.

À quoi sert la conférence sociale ?

« Il y a une attente surdimensionnée sur ce type d’événements, constate Laurent Berger dans une interview à Médiapart (accès payant). À quoi sert la conférence sociale ? À décider d’engager des négociations, à en fixer le calendrier. La conférence sociale n’est pas un miracle qui va faire tomber de cinq points le chômage. C’est une conception du dialogue entre l’État, les patrons, les syndicats et les représentants des régions. » Autrement dit, la conférence sociale n’est jamais que ce que ses participants en font. Ni plus ni moins.

Le nombre de dossiers ouverts depuis la première « grande conférence sociale » de 2012 confirme qu’il ne s’agit pas d’une grand-messe pour amuser la galerie, comme d’aucuns le laissent accroire : contrats de génération, sécurisation de l’emploi, représentativité patronale, plan pauvreté, réforme de la formation professionnelle, garantie jeunes, qualité de vie au travail et égalité professionnelle, plan de formation d’urgence des demandeurs d’emploi, gouvernance de la santé au travail, renforcement de l’application de la directive détachement, pacte de compétitivité, ancêtre du pacte de responsabilité…. La liste est longue et non exhaustive.

Tous les chantiers n’ont pas abouti, loin de là. En ce qui concerne la santé au travail et la qualité de vie au travail, comme en matière de politique industrielle, « des jalons allant dans le bon sens ont été posés, même si tout n’a pas encore débouché et qu’il manque une visibilité, une cohérence », estime-t-on à la Confédération. L’avenir du financement de la protection sociale reste à trancher, dans la perspective nouvelle du pacte de responsabilité. L’indispensable débat quant aux missions des services publics – déjà réclamé par la CFDT sous le précédent quinquennat et rendu plus indispensable encore avec la réforme territoriale annoncée – n’a pas eu lieu. La négociation sur la modernisation du dialogue social, qui inclut notamment le parcours professionnel des représentants du personnel, reste à mener. Autant de sujets épineux, auxquels cette troisième conférence sociale n’échappera pas et que la CFDT entend bien pousser.

Les objectifs de la CFDT

Loin des atermoiements des uns et des autres, la CFDT se rendra à la conférence sociale des 7 et 8 juillet avec « des objectifs précis », a indiqué la secrétaire générale adjointe de la CFDT, Véronique Descacq. L’événement verra la mise en place de l’observatoire des contreparties au pacte de responsabilité, qui permettra de vérifier que la trajectoire des allègements de cotisations et de fiscalité octroyés aux entreprises suit bien le respect de leurs engagements en matière d’emploi, d’apprentissage, d’insertion professionnelle, de révision des classifications, de dialogue social. « Il faut mettre en œuvre d’urgence le pacte de responsabilité » dans toutes ses composantes, a rappelé Laurent Berger. La CFDT propose notamment de lancer une délibération d’aide à la méthodologie pour les négociations sur les classifications dans les branches. En matière d’emploi, outre les fruits attendus du pacte, la CFDT veut que la mobilisation de tous les acteurs permette de booster l’apprentissage, notamment par une amélioration des liens entre milieux professionnel et éducatif, ainsi que l’insertion. « Aucune décrue du chômage n’est en vue à court terme, et lorsque celle-ci interviendra, la désinsertion professionnelle de nombreux salariés restera une question lourde à traiter pendant une longue période. C’est la raison pour laquelle nous nous associons au collectif Alerte pour demander que la question de l’insertion soit traitée à la conférence sociale », explique Véronique Descacq. Le rendez-vous devra par ailleurs acter l’ouverture de la négociation sur l’emploi des jeunes décidée par les partenaires sociaux dans le cadre de l’agenda social 2013-2014. Il sera également l’occasion d’affirmer le portage politique du plan d’investissement européen revendiqué par la Confédération européenne des syndicats.

Responsabilité de tous

Une fois de plus, le dialogue social sera donc le fil rouge de la conférence sociale et ses acteurs en première ligne. Laurent Berger en a rappelé l’impérieuse nécessité : « Les 5 millions de personnes en situation de chômage ou de sous-emploi qui attendent des mesures et des perspectives nous imposent de chercher des solutions contre le chômage, contre la précarité et pour la compétitivité. C’est de la responsabilité du gouvernement mais aussi de tous ceux qui vont se retrouver lors de la conférence sociale. »

aseigne@cfdt.fr