[Vidéo] “Emploi, dialogue social, fonctions publiques : les trois priorités de la CFDT”

Publié le 11/09/2014

En cette rentrée sociale tendue, Laurent Berger revient sur les polémiques concernant les prétendus freins à l’emploi et les priorités de la CFDT pour les mois à venir. Il dit aussi son espoir de voir une Europe plus proche des plus fragiles et capable de donner toute sa place au dialogue social.

Quel jugement portes-tu sur l’ambiance de cette rentrée entre le chômage qui bat des records, la croissance toujours en berne, le tout dans un climat politique pour le moins compliqué ?

À la crise économique et sociale s’ajoute désormais une crise politique. Je dirais même une crise morale, une crise de sens qui alimente le pessimisme ambiant au risque d’entraîner les citoyens vers la désespérance. Plutôt que de chercher à construire des réponses pérennes, on a l’impression que certains cherchent juste des boucs-émissaires. À chaque fois qu’on réduit le débat public à des sorties populistes, on tourne un peu plus le dos à une société apaisée. On est à la croisée des chemins : si les forces politiques, patronales, syndicales, associatives, ne font pas le choix de sortir des postures et de relever le niveau du débat, pour trouver par la négociation et le compromis des solutions à court, moyen et long termes, alors on laissera le terrain aux extrêmes.

Plutôt que de chercher à construire des réponses pérennes, certains cherchent des boucs-émissaires


Les 35 heures, la législation sur le travail du dimanche ou encore les seuils sociaux sont présentés comme des freins à l’emploi…

      
   Les trois priorités de la CFDT   

Plutôt que d’essayer de trouver une solution au chômage, on pointe des coupables et on en fait des totems. Sortons du dogmatisme ! Peu d’entreprises demandent la remise en cause des 35 heures. Sur le travail du dimanche, dans un certain nombre de villes, les commerces n’y voient aucun intérêt économique. Même chose sur les seuils sociaux, un délégué du personnel ou un CHSCT n’a jamais freiné la croissance. Comme je l’ai déjà, dit la CFDT refuse la remise en cause de la durée légale du travail, mais demande un vrai débat dans les entreprises sur l’organisation du travail. Sur le travail du dimanche, la position de la CFDT est claire : pas de généralisation et le volontariat doit rester la règle. Avec cette base, il faut définir des contreparties – en termes de salaire, de repos compensateur, mais également de transport, de garde d’enfants etc. – pour tous les salariés, y compris ceux des activités connexes (comme la sécurité ou la propreté) et ceux des très petites entreprises. Enfin, les seuils ne sont pas un sujet de négociation pour la CFDT. Le sujet, c’est la qualité du dialogue social et la représentation de tous les salariés, notamment ceux des TPE. Dans le cadre d’une telle discussion, il n’y a pas de tabou. Mais la vraie question est de savoir quand les patrons reconnaîtront que le dialogue social est un vecteur de performance économique et sociale.

L’agenda social s’annonce chargé pour les mois à venir. Quelle sera la ligne directrice de la CFDT dans les négociations qui s’annoncent ?

LBLa CFDT a trois priorités. Tout d’abord : l’emploi des jeunes et des plus éloignés de l’emploi. Elle a obtenu la mise en œuvre de la « garantie jeunes », qui comprend une allocation et un accompagnement vers de la formation en 2015, pour 50 000 d’entre eux. Pour les plus éloignés de l’emploi, l’accompagnement, à travers la formation renforcée obtenue lors de la Conférence sociale de 2013, a permis aux deux tiers des bénéficiaires de retrouver un travail. Pour amplifier cette dynamique, nous demandons une négociation sur l’insertion. Par ailleurs, la CFDT soutient ses équipes dans les négociations de branche et d’entreprise engagées dans le cadre du Pacte de responsabilité afin d’obtenir des contreparties en faveur de l’emploi (investissement, formation, apprentissage). Sur ce sujet, le gouvernement ainsi que le patronat doivent prendre leurs responsabilités. S’ils ne le font pas, on sera dans une impasse. Deuxième priorité : le dialogue social. C’est notre conception de la démocratie et des relations sociales. Troisième priorité, les fonctions publiques. Au-delà de l’enjeu électoral du 4 décembre, il y a des problèmes de moyens, d’emplois, de gel du point d’indice, d’organisation du travail mais aussi de mal être des fonctionnaires et des contractuels, qui souffrent d’absence de reconnaissance et de sens de leur travail. Pour y répondre, il faut écouter les préoccupations des agents. Nous ne sommes pas opposés à des réformes mais nous n’accepterons pas qu’elles se fassent sans eux. Cela se traduira par une campagne CFDT de proximité auprès des agents.

Les fonctionnaires et les contractuels souffrent d’absence de reconnaissance et de sens de leur travail


La situation internationale est, elle aussi, anxiogène. Elle a des répercussions sur certains salariés français. Comment réagis-tu face à ces événements ?

Derrière ces événements il y avant tout des drames humains. Tout ce qui porte atteinte à la dignité humaine est insupportable pour la CFDT, qui est historiquement antitotalitaire et anticolonialiste. Sur le conflit israélo-palestinien, il faut tout faire pour trouver la voie de la paix. En Ukraine, l’Union européenne doit rester ferme, mais nous devons être vigilants sur des conséquences regrettables qu’ont les décisions européennes pour les salariés, comme chez STX notamment, ou dans l’agroalimentaire. Au Moyen-Orient comme ailleurs, nous soutenons tout ce qui peut faire reculer la barbarie. Sur le virus Ébola, nous avons eu une réaction syndicale coordonnée avec la CGT et les syndicats de Guinée, pour éviter de sanctionner économiquement ce pays au moment où il vit une catastrophe sanitaire.

L’Union européenne vient de se doter d’un nouvel exécutif. Il envisage de mettre en place un plan d’investissement qui semble inspiré par celui de la Confédération européenne des syndicats. Qu’attend la CFDT de cette nouvelle législature ?

Ce nouvel exécutif doit s’attacher à la relance de l’Europe. La première attente de la CFDT repose sur l’investissement et on ne peut que se réjouir que la Confédération européenne des syndicats (CES) ait été entendue sur le principe. Maintenant, il nous faut rester attentifs à la construction et à la déclinaison de ce plan d’investissement pour qu’il porte sur l’économique et sur le social. D’ailleurs, la CFDT revendique que les 6 milliards d’euros consacrés à la garantie jeunes en Europe passe à 25 milliards. La deuxième attente porte sur le rythme de la baisse des déficits qui est trop élevé. Les réformes sont en cours et il ne faut pas casser la croissance avec une logique budgétaire aveugle. On a besoin de finances publiques pour les politiques de solidarité, pour les services publics et pour l’investissement public. Enfin troisième point, la CFDT souhaite que l’UE poursuive l’harmonisation sociale et fiscale. Il s’agit de mettre en œuvre le contrat social européen sur l’indemnisation des chômeurs, le salaire minimum, les conditions de travail et l’harmonisation fiscale.

On a besoin de finances publiques pour les politiques de solidarité, pour les services publics et pour l’investissement public

Tout cela ne sera possible que si on rétablit un dialogue social européen efficace. C’est un vrai défi pour le syndicalisme européen et pour nous, syndicats français, qui accueillerons le congrès de la CES en septembre 2015 à Paris.

Propos recueillis par nballot@cfdt.fr et dblain@cfdt.fr