Internet - Les héros du réseau

Publié le 06/06/2020

Le confinement a été un véritable test de la qualité et de la fiabilité de notre réseau internet. Opérateur historique, Orange a dû se réorganiser en urgence. Sur terre comme en mer, ses techniciens ont répondu présents.

Légende Le Pierre de Fermat est un navire câblier polyvalent de la flotte d’Orange basé à Brest et destiné à la maintenance et à l’installation de câbles sous-marins dans l’océan Atlantique. Il mesure 100,10 mètres de long et 21,50 mètres de large. (© Blondie Free Art).


Pour les huit millions de Français qui travaillent chez eux depuis le 16 mars, le travail tient à… un fil. En cuivre et, de plus en plus, en fibre de verre, c’est bien un fil qui permet la transmission des données numériques longue distance et à la vitesse de la lumière. En tant qu’opérateur d’importance vitale, Orange se devait d’assurer la continuité de ses opérations de maintenance et d’amélioration du réseau internet et mobile. Seules ses boutiques ont fermé. Mais les interventions sur site, particuliers ou entreprises, ont été assurées, et ce, en dépit d’un trafic deux fois plus important et d’effectifs réduits pour cause de garde d’enfants ou de maladie.

REpartiteur BlondieFreeArtLe trafic de données numériques a explosé

En temps normal, la France compte 90 % d’internautes, et le temps passé à visionner des vidéos et des programmes audiovisuels sur internet est estimé à environ cinq heures au minimum par semaine (source : Baromètre du numérique). Mais, depuis plusieurs semaines, le trafic sur internet et le réseau de téléphonie mobile a explosé : le télétravail a été multiplié par sept, le flux des données sur mobile est en hausse toute la journée, le trafic internet a augmenté de 30 à 50 % et celui des plateformes de télévision de 20 à 40 %.

« Même si nous sommes habitués à subir des pics de consommation, le réseau mobile a été scruté à la loupe, on nous a demandé beaucoup plus d’actions préventives que d’ordinaire », explique un technicien qui intervient dans les Hautes-Pyrénées. « Il a fallu faire plus avec moins ; notre satisfaction est d’avoir réussi à dépanner et servir tous nos clients en dépit de la pandémie, ajoute-t-il. La preuve : personne n’a parlé de nous dans les médias, alors si nous sommes passés inaperçus, c’est que tout a fonctionné, n’est-ce pas ? » Pourtant, il a fallu composer avec les incertitudes de tous ceux qui se sont retrouvés au contact du public.

Sous la pression des organisations syndicales, des mesures strictes de sécurité sanitaire ont rapidement été imposées : chez les particuliers, le technicien devait se présenter avec un masque sur le visage et en fournir un au client, il devait rester seul dans la pièce, fenêtre ouverte, et pouvoir bénéficier d’un accès à un point d’eau.

Si, toute l’année, Orange dispose d’une « task force » pour intervenir dans les hôpitaux, auprès des pompiers ou de la police, dans le contexte actuel, ce sont des volontaires qui ont assuré les opérations de maintenance à l’hôpital : pour cela, ils devaient passer une visite médicale avec le médecin du travail. « Bien entendu, les premiers jours, nous n’étions pas très rassurés, confie un technicien volontaire. Mais il était vital de pouvoir dépanner des soignants ou des personnes seules. Donc, pour les urgences, nous n’avions pas d’états d’âme. En revanche, sur des actions qui nous semblaient moins prioritaires, c’était plus compliqué à vivre. »

20 000 antennes 4G à reparamétrer

« Les habitudes de consommation des Français ont changé en quelques heures ! Nous avons dû recalibrer nos antennes pour que le réseau des particuliers ne sature pas et gérer de nouveaux effets de seuil au jour le jour », explique un ingénieur de la direction technique d’Île-de-France (qui gère 6 000 antennes mobiles). « Les équipes d’exploitation ont également reparamétré le réseau afin que les plateformes de service clients puissent tenir la charge, ainsi que celle des équipes de sécurité qui veillent, anticipent et corrigent les attaques malveillantes et régulières de cyber-hackeurs. »

En interne aussi, le télétravail est devenu la norme pour 60 000 salariés du groupe. En seulement quelques jours, la capacité VPN d’Orange (tunnel sécurisé entre la connexion à domicile et le serveur de l’entreprise) a été augmentée de 26 000 à 53 000 connexions simultanées. « Un véritable exploit !, selon cet ingénieur, qui salue aussi la créativité des équipes techniques pour faire face. Beaucoup d’idées ont surgi sur les réseaux sociaux internes, des groupes de questions-réponses se sont formés spontanément sur WhatsApp et Skype au service de la résolution des problèmes. »

Un métier à revaloriser

Pour Élisa Mistral, déléguée syndicale centrale CFDT d’Orange, tout l’ensemble de la filière s’est maintenu, permettant aux très nombreux petits acteurs et sous-traitants qui dépendent d’Orange de continuer à vivre : « Un très bon point dans la tourmente, souligne-t-elle. Mais nous voulons que les techniciens soient mieux reconnus : leur rôle est vital et pourtant ce sont les moins payés dans l’entreprise. Leurs compétences et leur utilité ne sont pas suffisamment valorisées alors qu’ils étaient en première ligne pendant toutes ces semaines. Nous voulons que la direction s’en souvienne, et nous ne manquerons pas de le rappeler avec vigueur lorsque les négociations salariales reprendront. Nous pourrons notamment faire valoir que les sondages auprès de nos clients montrent un taux de satisfaction en hausse depuis le début de la crise. »

cnillus@cfdt.fr

 

Orange Marine, sur le pont

Onboat Orange BlondieFreeArtOrange est le seul opérateur à avoir sa propre flotte de bateaux en Europe. L’entreprise travaille pour un groupement d’opérateurs, tous membres de l’Acma (Atlantic Cable Maintenance & Repair Agreement, accord de maintenance et de réparation des câbles de l’Atlantique). À bord des navires câbliers d’Orange, l’équipage est composé pour une moitié de marins et l’autre moitié de techniciens, tous salariés d’Orange.

« Notre mission consiste à localiser exactement le câble défectueux (jusqu’à 5 000 mètres de profondeur), le remonter à bord, le réparer et réaliser des contrôles afin de s’assurer que le défaut a été éliminé. Coronavirus ou pas, on part sous 24 heures lorsqu’un problème est diagnostiqué sur le réseau. Nous avons l’habitude d’être confinés ! Nous, nous appelons cela un embarquement, pas un confinement… Mais depuis le début de la crise, nous restons quarante-cinq jours en mer au lieu de trente habituellement », explique Yannick, qui travaille à bord du Pierre de Fermat.

Si, fort heureusement, aucun cas de Covid-19 n’a été déclaré, la relève de l’équipage au début avril s’est révélée très délicate : l’équipage qui a appareillé était constitué de volontaires uniquement. Les salariés ont été testés deux fois avant de monter à bord, où ils devaient observer les règles de distanciation, bien qu’elles soient très difficiles à respecter sur un bateau. La première quinzaine écoulée, ils ont pu souffler : pas de contamination en vue.