Les syndicats européens rencontrent Angela Merkel

Publié le 04/04/2012 à 00H00
À l'initiative du DGB, des responsables syndicaux de neuf pays de l'Union se sont réunis à Berlin le 22 mars afin de plaider en faveur d'un pacte social et de croissance à l'échelle européenne auprès d'Angela Merkel et de Frank-Walter Steinmeier, président du groupe parlementaire du principal parti d'opposition, le SPD (Parti social-démocrate d'Allemagne).

Selon Michael Sommer, le président du DGB, cette rencontre a été organisée pour « mettre l’accent sur les conséquences sociales de la politique de crise européenne, imposée largement par le gouvernement allemand ». En effet, la Confédération allemande des syndicats constate qu’alors que « Ia crise financière et économique est encore loin d’être terminée, et que les conséquences sociales sont graves dans beaucoup d’États membres, le débat en Allemagne manque d’informations sur la situation de ses voisins européens ».

Relance de la croissance et de l’investissement

Présente dans la délégation syndicale, Bernadette Ségol, secrétaire générale de la CES, a pu en exposer la position. À savoir que, tout en reconnaissant l’obligation de réduire les déficits et les dettes publiques, le syndicalisme européen insiste sur la nécessité de relancer la croissance et l’investissement. Selon la Confédération européenne des syndicats, cela passe par la mise en place d’une réelle solidarité européenne, à travers les eurobonds, ainsi que par l’instauration d’un salaire minimum dans chaque État membre. L’objectif étant de tendre, à terme, vers un salaire minimum à hauteur de 60 % du salaire médian dans chaque pays.

Face aux syndicalistes – avec lesquels elle a eu « un échange franc » –, la chancelière allemande a assumé sans ambiguïté sa politique européenne… qui donne l’absolue priorité à la réduction des dettes. D’autant que, d’après elle, certains États membres « vivent au-dessus de leurs moyens ». Et de citer l’exemple du salaire minimum grec, de 25 % supérieur à celui en vigueur au Portugal, alors que les PIB des deux pays sont comparables. Ce choix de la fermeté est globalement partagé par le SPD. Comme le note François Chérèque, « on est face à un consensus allemand en ce qui concerne l’assainissement des finances publiques ». En revanche, les sociaux-démocrates, traditionnellement proches du DGB, se montrent moins hostiles qu’Angela Merkel à une relance européenne.

De même, si, contrairement à la chancelière, SPD et DGB sont favorables à l’instauration d’un salaire minimum en Allemagne, ils rejettent l’objectif de la CES de le porter à 60 % du salaire médian, au nom de la compétitivité allemande. Une position qui ne peut pas satisfaire la CFDT, comme l’a expliqué François Chérèque, en mettant en avant l’exemple édifiant des salariés payés 5 euros l’heure dans certains abattoirs allemands : « En agissant ainsi, l’Allemagne pratique un véritable dumping social sur les salaires, qui se traduira par des transferts d’emplois de la France vers l’Allemagne et l’augmentation du nombre de travailleurs pauvres outre-Rhin. »

Quoi qu’il en soit, François Chérèque notait à son retour que « l’écoute accordée aux partenaires sociaux par les principaux responsables politiques du pays est totalement dans la tradition allemande ; ce qui contraste très fortement avec ce que nous entendons parfois lors de la campagne présidentielle en France »…

photo : DGB