Le petit miracle du Smic allemand

Publié le 19/01/2016

Jan Stern, chargé de mission au département International-Europe de la confédération allemande des syndicats (DGB) fait le point sur le salaire minimum instauré en Allemagne depuis un an.

Le salaire minimum est entré en vigueur depuis un an dans le pays. Quel bilan peut en tirer le DGB ?

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Ce sont 3,6 millions de salariés qui profitent du salaire minimum. Les statistiques officielles montrent que ce salaire minimum bénéficie d’abord aux salariés qui en ont le plus besoin, à savoir ceux qui n’ont pas été en apprentissage ; qui ont peu de formation ; le secteur des services ; les Länder de l’Est. Dans le détail, cela représente une augmentation de salaires de 3,3 % pour les non-qualifiés, de 9 % pour les salariés des Länder de l’Est, de 6 % pour les salariés non qualifiés de l’hôtellerie et, enfin, de 19,5 % pour les femmes travaillant dans l’hôtellerie dans l’est du pays !

Comment réagit le patronat ?

Ces résultats déjouent leurs pronostics, qui étaient catastrophistes. Rien de ce que le BDA [le Medef allemand] avait prédit ne s’est produit. C’est même le contraire. Le salaire minimum a permis de créer 688 000 emplois assujettis à l’assurance sociale, soit une hausse de 2,2 %. Une partie de ces créations d’emplois sont des minijobs transformés en emplois réguliers, comme le souhaitait le DGB. Les emplois à temps partiel ont baissé de 3,9 % au profit d’emplois à temps complet. Nous en concluons que le salaire minimum est générateur emplois. Aujourd’hui, même le patronat en convient.

Il n’y a aucun bémol ?

Si. D’une part, des secteurs tels que l’industrie de la viande bénéficient d’une dérogation au salaire minimum qui devrait durer quelque temps. Et certains groupes de personnes sont exclus du salaire minimum, tels que les stagiaires ou bien les chômeurs de longue durée. D’autre part, le DGB critique le manque de personnel dans l’administration des douanes, qui est chargée du contrôle de la mise en application du salaire minimum. Le DGB considère que le salaire minimum constitue un filet de protection pour les salariés les plus vulnérables. Pour nous, la référence reste la convention collective car elle produit des salaires plus élevés et s’attaque également aux questions des conditions de travail.

L’arrivée d’un million de réfugiés ne percute-t-elle pas la mise en œuvre de cette mesure ?

Le DGB est aussi hostile à l’exclusion des réfugiés du dispositif. La CDU-CSU [démocrates-chrétiens, le parti d’Angela Merkel] a ouvert le débat sur la question du salaire minimum applicable ou non aux réfugiés. Le SPD [Parti social-démocrate, dans la coalition gouvernementale] a pris position, comme le patronat plus récemment, contre l’exclusion des réfugiés du salaire minimum.

Pour l’instant, le salaire minimum est à 8,50 euros brut l’heure. Y a-t-il des augmentations prévues ?

Il n’y a pas de mécanisme d’augmentation automatique prévu comme en France. La Commission
du salaire minimum, composée de représentants des syndicats, du patronat et d’experts, proposera tous les vingt-quatre mois une augmentation que le gouvernement validera ou non. Au vu de la situation budgétaire équilibrée du pays, le DGB proposera une augmentation du salaire minimum lors de la réunion de la commission, cet été.

Propos recueillis par dblain@cfdt.fr