La lutte d’une syndicaliste marocaine pour les droits des femmes

Publié le 27/05/2014

Rencontre avec Amal El Amri, secrétaire nationale de l’Union marocaine du travail (UMT) et responsable des relations internationales, combattante au service des droits des femmes.

« Je me souviens d’un 1er-Mai à Casablanca avec Nicole Notat dans les années 90 » raconte Amal El Amri, secrétaire nationale de l’UMT, responsable des relations internationales. Le protocole d’accord, signé le 8 mai 2014 entre la CFDT et l’UMT, s’inscrit dans une longue histoire, fondée sur des valeurs communes d’autonomie, de démocratie et d’émancipation. Les deux organisations partagent aussi un objectif de parité. « Dès 1995, le congrès de l’UMT a voté une résolution en faveur de la représentation des femmes, explique Amal El Amri. Les 23 militantes qui composaient alors le Comité national des femmes ont intégré “de droit” la Commission administrative, l’organe délibératif de l’UMT composé de 120 membres élus, parmi lesquels figuraient déjà un certain nombre de femmes. »

À partir de 2010, la féminisation des instances a progressé. « Nous sommes arrivées à près de 30% de responsables syndicales », indique Amal qui précise toutefois que l’objectif de la parité reste à atteindre. Puis la décision a été prise de transformer le Comité des femmes de l’UMT en une entité autonome. « En 1962 il existait une Union marocaine des femmes progressistes où se retrouvaient aussi bien des travailleuses que des femmes au foyer. Nous avons souhaité la faire revivre en fusionnant notre Comité des femmes et l’Union progressiste. » Le 30 mars 2014, le 1er congrès de cette association renouvelée, à la croisée des chemins entre syndicalisme et société civile, a désigné Amal El Amri comme présidente. « Par ce biais, il nous est plus facile de venir en aide aux femmes employées par des voies informelles, souvent des migrantes embauchées comme domestiques. »

« Nous souhaitons la parité dans les assemblées élues » 


Amal Al Amri UMT CongresCSI Berlin2014 PhotoMNE
Après avoir été un pays « 
exportateur de main-d’œuvre », le Maroc est devenu une terre d’accueil pour les migrants venus d’Afrique subsaharienne, et dont le rêve d’atteindre l’Europe a été stoppé sur cette rive de la Méditerranée. L’ouverture vers une société civile marocaine, par ailleurs dynamique, permet une collaboration avec des ONG spécialisées dans les droits civiques, l’accès aux soins ou encore la petite enfance. C’est aussi une passerelle pour la syndicalisation des femmes.

« Notre Constitution, adoptée en 2011, garantit les mêmes droits économiques, sociaux et culturels à tous les citoyens, et donc aux citoyennes, précise Amal El Amri. Mais ce n’est pas suffisant. Nous voulons que soit inscrit en préambule un objectif de parité dans les assemblées élues. » Malgré les progrès accomplis au Maroc, une régression des droits des femmes n’est jamais exclue. Aussi Amal El Amri appelle-t-elle à la plus grande vigilance pour préserver et veiller à faire appliquer les droits acquis.

mneltchaninoff@cfdt.fr

   
 

La CFDT et l’UMT renforcent leur collaboration

Un protocole de collaboration a été signé le 8 mai à Casablanca par l’UMT et la CFDT. Les deux organisations souhaitent renforcer leurs relations sur la base des valeurs du syndicalisme démocratique et indépendant. Leurs priorités résident dans la promotion des droits syndicaux et des droits des salariés dans les entreprises françaises établies au Maroc.

L’accord doit permettre une meilleure collaboration dans les secteurs de l’aéronautique, de l’automobile, des industries mécaniques et électriques, ou encore dans les centres d’appels. L’égalité entre les hommes et les femmes, la protection des droits des travailleurs migrants et l’accès des jeunes à l’emploi décent feront l’objet d’actions menées sur la base d’un partage d’expériences.

Plus largement, les deux organisations s’engagent à coordonner et mettre en œuvre l’action syndicale dans l’espace économique et politique euro-méditerranéen, et à soutenir les processus démocratiques dans les nations arabes, notamment dans le domaine des libertés syndicales.