La CFDT Renault soutient la création d’un syndicat dans le… Mississippi

Publié le 10/11/2015

Depuis 12 ans, un syndicat tente de s’implanter dans une usine Renault-Nissan dans le Mississippi aux Etats-Unis où les conditions de travail sont particulièrement difficiles. Mais la direction s’y oppose par tous les moyens. En visite en France, une délégation de syndicalistes américains a reçu le soutien des syndicats français et en particulier celui de la CFDT. 

Une délégation du syndicat américain United automobile workers (UAW) était présente du 2 au 7 novembre en France pour rencontrer des personnalités politiques et leurs homologues syndicaux français, dont la CFDT Renault. Objet de cette visite : alerter leurs interlocuteurs sur la situation de l’usine Renault-Nissan de Canton dans le Mississippi aux Etats-Unis.

Depuis son ouverture en 2003, cette usine qui emploie aujourd’hui près de 6 000 salariés est interdite au syndicat. « La direction fait tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher le syndicat de s’implanter », estime Richard Bensiger, l’un des responsables de la délégation de l’UAW. Cela se traduit par des menaces à peine voilées, des tables rondes organisées pour dissuader les salariés d’adhérer, des vidéos de propagande antisyndicales.

Des chaines très rentables mais aussi très destructrices

L’absence de syndicat a de graves conséquences sur les conditions de travail. Sur les 6 000 salariés 2 000 sont des intérimaires « qui ne seront jamais embauchés, regrette Richard Bensiger, parce que dans cet Etat du Mississippi, c’est possible tout comme il est possible de ne payer les employés que 10 $ de l’heure ou de les obliger à travailler 6 ou 7 jours par semaine sans même les prévenir à l’avance. » Dans le passé, l’Etat du Mississippi a été le théâtre d’affrontements entre les mouvements pour les droits civiques des Afro-américains, dont celui non violent de Martin Luther King, et une extrême droite puissante et ultra violente. Aujourd’hui, 85 % des salariés de cette usine sont afro-américains.

Les chaînes de production de cette usine sont parmi les plus rapides du groupe. « Elles sont donc très rentables », estime Richard Bensiger. Mais elles génèrent également de nombreux troubles musculo-squelettiques (TMS). Lee Ruffin et Linda Brown sont les deux salariés présents dans la délégation et tous deux sont victimes de TMS. « J’ai déjà a déjà été opéré plusieurs fois mais j’ai dû reprendre le même poste de travail sans aménagement », affirme Lee Rufin. Résultat : il se blesse à chaque fois qu’il reprend le travail. Il est désormais en arrêt jusqu’en septembre prochain avec seulement 65 % de son salaire !

La porte s’ouvre lentement

Devant l’absence totale de dialogue social et l’attitude bornée de la direction, l’UAW a fait appel aux syndicats étrangers pour peser sur la direction du groupe, Renault étant actionnaire à 43 % de Nissan et l’Etat français à 19,75 % de Renault. Les salariés brésiliens du groupe ont répondu à cet appel par des grèves de solidarité. Les Japonais et les Français aussi mais d’une autre manière. « Avec le temps et beaucoup de mobilisations syndicales, nous avons réussi à permettre au syndicat UAW d’intervenir dans le cadre du Comité de groupe restreint et ainsi d’être entendu. La porte s’ouvre lentement mais elle s’ouvre », constate Franck Daoût, le délégué syndical central (DSC) de la CFDT Renault qui poursuit « Le groupe Renault a signé en 2013 un accord cadre se référant aux normes de l’Organisation Internationale du travail et aux principes directeurs de l’OCDE. L’alliance Renault-Nissan implique donc un respect de ces principes sur l’ensemble des sites du groupe ce qui n’est évidemment pas le cas aux États-Unis. »

Pour autant, et pour faire avancer le dossier plus rapidement, le DSC CFDT estime qu’il faudra que toutes les fédérations nationales, françaises et japonaises notamment, mais aussi internationale avec IndustriAll, pesent pour obtenir la mise en place d’élections démocratiques dans l’usine du Mississippi.

dblain@cfdt.fr

©Photo Émilie Binois