Brésil : Dilma Roussef déçoit la CUT

Publié le 09/03/2015

Au cours de la 3e étape de sa mission brésilienne, la délégation CFDT, emmenée par Laurent Berger, a rencontré les responsables de la CUT, de la CSA, des salariés et la direction de Carrefour et a été reçue par l’ancien syndicaliste et président du Brésil, Lula.

« Nous avons soutenu Dilma Roussef lors de sa dernière campagne mais aujourd’hui nous sommes en désaccord avec ses mesures provisoires. » Antonio Lisboa, secrétaire national de la CUT du Brésil chargé de l’international, ne cache pas sa déception, comme de nombreux militants et adhérents de la plus grande centrale syndicale sud-américaine (7,5 millions d’adhérents). Depuis sa création en 1983, la CUT soutient et fait campagne pour le candidat du Parti des travailleurs, celui de Lula, lui-même créateur de la CUT. En novembre dernier, Dilma Roussef a été réélue d’une courte tête à la présidence du pays et « la CUT n’a pas ménagé ses efforts pour cela », explique João Felicio, de la CUT et président de la CSI (Confédération syndicale internationale).

       
   

Rencontre avec le président Lula

Lula et Berger
Grand moment d’émotion enfin pour la délégation CFDT vendredi lorsqu’elle a été reçue à l’Institut Lula par l’ex-président, en personne. L’ancien syndicaliste a redit toute l’estime et l’amitié qu’il porte à la CFDT pour le soutien qu’elle lui a témoigné dans les temps difficiles de la dictature militaire. Lula a rappelé sa conviction de « l’utilité d’un syndicalisme efficace dans le monde ». Enfin Laurent Berger, très ému, a salué ce grand président et l’a chaleureusement remercié pour cette rencontre qui venait clore la mission CFDT en terre brésilienne.

   

Antonio Lisboa regrette l’utilisation d’un dispositif réglementaire spécial, une sorte de 49.3 à la disposition de la présidence, pour faire passer des mesures qui s’appliquent immédiatement en attendant d’être avalisées ou pas par le parlement. Or, dans le paquet de mesures provisoires annoncées récemment, deux d’entre elles heurtent fortement les syndicalistes de la CUT. La révision du système de retraite, notamment la réversion, mais surtout le recul de l’accès à l’assurance-chômage après 18 mois de travail au lieu de 6.

Désaccord sur le fond et sur la forme

Ce paquet, qui devrait rpermettre des économies s’élevant à 18 milliards de réals (5,4 milliards d’euros), n’a fait l’objet d’aucune négociation, ni même d’aucune concertation avec les partenaires sociaux. La pilule passe mal. Certes l’économie brésilienne entre dans une phase de récession mais pour la CUT, cela ne dispense pas le gouvernement de dialogue social. Le ministre du Travail, Manoel Dias, qui a reçu la délégation CFDT Brésil, affirme que « la récession ne durera pas plus de six mois ». Un optimisme que ne partagent pas les responsables de la CUT. En fait, le désaccord porte autant sur le fond que sur la forme. Les observateurs s’accordent à trouver la méthode Dilma très autoritaire.

« Présidente depuis janvier 2011, elle n’a reçu officiellement les syndicats qu’en mai 2012 », rappelle une source autorisée. Là où l’ancien président Lula, en bon syndicaliste, négociait habilement, trouvait des compromis, Dilma décide sans consulter personne, pas plus les syndicats que les organisations patronales. Une attitude qui a conduit la CUT a appelé à une manifestation le 13 mars. De plus un autre appel à des manifestations le 15 mars a même été lancé sur Internet, demandant la destitution de la présidente. Il est relayé par les partis d’opposition mais ne devrait cependant pas connaître un grand écho.

Une même approche de la coopération syndicale

De son côté, la délégation CFDT a poursuivi sa mission et a atteint ses objectifs en termes de coopération. Un protocole devrait être signé en juin prochain avec la CUT. Celui-ci portera sur plusieurs thèmes : les migrations de travailleurs brésiliens en France, des échanges sur la COP 21 (Conférence internationale sur le changement climatique du 30 novembre au 11 décembre à Paris) et des coopérations croisées CFDT-CUT vers l’Afrique. Sur ce dernier point, « nos deux organisations partagent une même approche de la coopération, explique Frédérique Lellouche, de l’Institut Belleville en charge de la coopération à la CFDT. Il s’agit dans tous les cas de partir des besoins, des demandes des pays africains pour des interventions sur la formation syndicale et l’émergence de leaders syndicaux ».

De même, la délégation CFDT a rencontré les responsables de la CSA, (Confédération syndicale des travailleurs des Amériques), basée à São Paulo. Des pistes de coopération ont été dessinées. La première porte sur « une auto-réforme syndicale » comme l’appellent les syndicalistes sud-américains visant à adapter les syndicats aux nouveaux défis internationaux. La deuxième concerne Haïti où « on a commencé à reconstruire les murs après le séisme de 2010 mais pas la cohésion sociale », selon Victor Baez, le secrétaire général de la CSA.  Des discussions vont s’engager entre les deux organisations dans ce sens.

Discrimination syndicale chez Carrefour

 Carrefour Brésil 
 La délégation CFDT avec des militantes brésiliennes de Carrefour 

La délégation CFDT a également pu rencontrer des salariées de Carrefour qui est présent depuis 1975 au Brésil. Avec deux enseignes, Carrefour et Atacadão, le groupe emploie plus de 60 000 salariés et est un des plus gros employeurs du pays en compétition avec… le groupe français Casino. Une des salariées a témoigné d’un cas de discrimination syndicale dont elle a été victime dans son magasin à Teresina dans l’Etat du Piaui. Grâce à sa combativité et au soutien de la CUT, elle a pu retrouver une place à part entière dans l’entreprise où elle avait été mise en quarantaine.

La direction des ressources humaines de Carrefour qui a accepté de rencontrer la délégation CFDT a présenté une belle vitrine en matière de responsabilité sociale (RSE), offrant par exemple 4 heures par mois à certains salariés investis dans du « travail social » dans les favelas. Mais ce bilan RSE positif n’empêche pas l’enseigne Carrefour de connaitre un important turn over puisqu’il dépassait 38 % pour 44 000 salariés l’an passé !

dblain@cfdt.fr