[Interview] “Pékin a provoqué la colère de la société civile”

Publié le 10/10/2014

Han Dongfangdirecteur du China Labour Bulletin, une ONG basée à Hongkong qui soutient la création d’un mouvement syndical indépendant en Chine continentale, explique les raisons qui ont conduit des centaines de milliers d’habitants de la ville à manifester leur colère fin septembre et début octobre.

Est-ce que China Labour Bulletin a participé aux manifestations de septembre et octobre ? 

Le China Labour Bulletin (CLB) ne participe pas aux manifestations en tant qu’organisation. Notre travail se concentre exclusivement sur le droit des travailleurs de la Chine continentale. C’est donc en tant que résidents de Hongkong que les militants de CLB se sont joints aux manifestations.

Cai Chongguo et moi-même [tous deux leaders de CLB] avons passé plusieurs soirées dans la rue à discuter avec les manifestants.

Comment analysez-vous ce mouvement ?

C’est la société civile qui sort dans la rue pour demander qu’on arrête de se moquer d’elle. La désobéissance civile est une pratique assez rare à Hongkong. Les dernières grandes manifestations remontent à 2003. C’est surtout un mouvement avec un plan d’action très précis et une revendication unique.

Pékin se réserve le droit d’approuver ou non tout candidat au poste de chef de l’exécutif

Le point d’achoppement est le processus de sélection et d’élection du chef de l’exécutif du gouvernement de Hongkong, en 2017, comme définit par un livre blanc publié par Pékin en juin 2014. En résumé, . C’est un affront pour la population de Hongkong qui s’était vu promettre une élection libre au suffrage universel. L’arrogance de Pékin a provoqué la colère de la société civile hongkongaise.

Comment s’est traduite cette colère ?

À la rentrée, toutes les associations étudiantes de la ville se sont unies. Elles ont annoncé une grève générale et ont finalement débrayé la dernière semaine de septembre. Trois jours plus tard, le mouvement Occupy Central a commencé. Des barricades ont été érigées un peu partout dans le centre pour bloquer le trafic et encercler les bureaux du gouvernement.

Hongkong n’est pas Paris ou Marseille. Les policiers n’ont pas l’habitude de la violence ni les manifestants celle de se faire gazer.

Le mouvement se serait peut-être essoufflé si les forces de l’ordre n’avaient pas utilisé des bombes de gaz lacrymogène pour disperser la foule. Il faut comprendre que Hongkong n’est pas Paris ou Marseille. Les policiers n’ont pas l’habitude de la violence ni les manifestants l’habitude de se faire gazer. L’emploi des gaz lacrymogènes sur des étudiants a choqué.

Avec quelles conséquences ?

La foule s’est multipliée. En l’espace de quelques heures, les syndicats de la cité, dont le Professional Teachers’ Union et HKCTU (Confédération syndicale de Hongkong), ont protesté contre la répression policière. Ils ont appelé à une grève générale en soutien aux étudiants. Le lendemain, des groupes de toutes les couches de la société ont rejoint les lycéens. Le mouvement s’est rapidement étendu à d’autres quartiers. Le 1er octobre, jour de la fête nationale commémorant la révolution communiste de 1949, des centaines de milliers d’habitants ont rejoint les étudiants.

Le 9 octobre [jour de l’interview], le mouvement s’essoufflait. Mais le centre de la ville, près des bureaux du gouvernement, était toujours occupé par des étudiants qui réclament un dialogue.

L’obtiendront-ils ?

Probablement pas. Pour autant, ce mouvement de désobéissance civile ne constitue pas un échec. C’est un pas en avant vers une participation plus active de la population de Hongkong à la vie politique de leur cité. Toute une génération a fait l’expérience de la mobilisation sociale. Elle est consciente de sa puissance. C’est un point de non-retour pour Pékin et pour le gouvernement de Hongkong. La population ne se taira plus.

Redoutez-vous une répression du type de celle qui a eu lieu à Tian’anmen ?

Non. Ça n’ira pas jusque-là. Pékin aurait tout à perdre en réagissant de la sorte.

dblain@cfdt.fr