[Dossier L’Union après la crise] Suède/ La stratégie alternative

Publié le 27/07/2020

Seul État membre de l’Union à n’avoir pas décidé de se confiner, la Suède souffre de son isolement au sein des pays nordiques. Un véritable traumatisme pour ce petit pays qui a toujours joué collectif avec ses voisins.

En Suède, les écoles et les collèges n’ont jamais fermé. Et les restaurants comme les bars n’ont pas eu à tirer le rideau. Depuis le début de la crise sanitaire, ce petit pays de 10,3 millions d’habitants a adopté une stratégie radicalement différente de ses voisins européens face à la propagation du coronavirus. Alors que le Royaume-Uni ou les États-Unis se sont finalement résolus au confinement après une période de réticence, la Suède n’a pas dévié, soutenue par sa population. Mais le nombre de morts, très supérieur à celui constaté dans la région, soulève aujourd’hui de nombreux débats et fait naître la crainte d’être stigmatisé au niveau régional. À la mi-juin, le royaume scandinave a enregistré plus de 52 000 cas de malades du Covid-19 et 4 891 décès. Un taux de mortalité parmi les plus élevés d’Europe, avec 484,3 morts par million d’habitants, soit près de cinq fois plus que chez son voisin danois et jusqu’à dix fois plus qu’en Norvège.

« La peur d’une crise économique a supplanté la peur du virus, constate Sara Bertilsson. Pour cette journaliste suédoise vivant à Paris et travaillant pour France 24, son pays a, dès le début de la crise sanitaire, considéré que stopper l’activité aurait des conséquences sociales et économiques telles que le confinement ne pouvait se justifier. Une fois cette décision prise, le plus étonnant, c’est qu’il n’y a pas vraiment eu de remise en question malgré la propagation du virus dans le pays, analyse-elle. Il y a peut-être eu un effet “premier de la classe”, car les Suédois ont tendance à se considérer comme plus responsables ou plus efficaces que leurs voisins. Nous donnons souvent des leçons. »

Paradoxe de cette stratégie alternative, l’économie suédoise n’échappera pas à la récession (…)

Paradoxe de cette stratégie alternative, l’économie suédoise n’échappera pas à la récession – bien qu’il soit encore trop tôt pour établir des comparaisons avec les pays voisins. Très ouverte sur l’extérieure et très exportatrice, l’économie du pays souffre. Pire, les pays voisins redoutent à présent de rouvrir leur frontière aux Suédois, alors que le marché du travail régional se joue depuis longtemps des frontières. La libre circulation date de 1954.

La ville de Malmö, par exemple (la troisième du pays avec 560 000 habitants), jouxte Copenhague et ses 1 650 000 habitants. Cet ensemble, appelé région de l’Øresund, constitue un pôle économique majeur en Scandinavie. Or, pendant plusieurs mois, les Suédois n’ont pas pu y circuler librement. Plus au nord, c’est également la Norvège qui a fermé sa frontière, privant les Suédois d’une partie de leur marché du travail naturel.

« C’est la première fois que nous connaissons une telle limitation de nos déplacements. Cela crée une forme de traumatisme. Et même si la situation va évoluer, cela risque de laisser des traces. Les Suédois se sentent aujourd’hui stigmatisés », ajoute Sara Bertilsson. Cités par Le Monde, les propos de Sven Tornberg, maire de Haparanda, 9 600 habitants, dans le nord de la Suède, collée à Tornio et ses 22 300 habitants, côté finlandais, sont éloquents : « C’est comme si on avait tracé une frontière en plein centre-ville. Nous avons en commun des musées, une école, le service des urgences, le réseau d’assainissement des eaux… Les gens vivent d’un côté et travaillent de l’autre. Mais, depuis la mi-mars, c’est fini. »    

jcitron@cfdt.fr

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Un syndicalisme qui plaide l’ouverture

La confédération syndicale suédoise LO (Landsorganisationen i Sverige) espère que cette crise conduise à remettre en question la politique économique du pays, très néolibérale pendant des décennies, à travers la réduction des coûts et des taxes. « Espérons qu’il y ait une prise de conscience quant à la nécessité d’investir dans une société du bien commun et du travail plutôt que dans une société du moins d’impôts », résume Loa Brynjulfsdottir, responsable du secteur international de LO.

Fidèle à la culture suédoise du libre-échange et de la coopération mondiale, LO s’inquiète par ailleurs des réactions protectionnistes en Europe. « Le chômage va considérablement augmenter et la crise risque de devenir encore plus grave si les frontières se ferment pour les personnes ou les marchandises », insiste cette militante. Une position totalement en accord avec le gouvernement actuel.