[Congrès de la CES] “Nous devons nous tourner vers un nouveau modèle économique”

Publié le 22/05/2019

Dans un échange avec les délégués réunis à Vienne pour le 14 ème congrès de la Confédération européenne des syndicats, le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz insiste sur la nécessité de rétablir la croissance en Europe en la partageant équitablement.

Voilà qui ravira les partisans d’un nouveau modèle de développement. Invité d’honneur du congrès de Vienne, le prix Nobel Joseph Stiglitz n’a pas eu de mal, ce 22 mai, à captiver son auditoire. « Pendant des années, voire des décennies, nous nous sommes concentrés sur l’évolution des marchés en oubliant le sort des travailleurs. Prétendre que tout le monde peut bénéficier de la mondialisation est une hérésie », explique-t-il. En Europe comme ailleurs, « les 90% les moins favorisés ont vu leurs revenus stagner au cours des dernières décennies, quand dans le même temps ceux des plus favorisés ont explosé », cite-t-il en guise d’exemple.

Aujourd’hui, le déséquilibre croissant entre le pouvoir des entreprises et celui des travailleurs « abouti à une baisse des salaires en même temps qu’il affaiblit le syndicalisme ». Pour lui, la manière de structurer la négociation collective est essentielle. « Avec son New Deal, Roosevelt avait trouvé le moyen de remédier à ce déséquilibre en offrant aux salariés la possibilité de se regrouper et de s’organiser », permettant ainsi aux Etats-Unis de réduire les inégalités et de voir émerger une classe moyenne.

Un “Green New Deal“

Alors qu’en Europe, la croissance de la zone euro n’a pas rattrapé son niveau d’avant crise, aboutissant même à creuser les inégalités, il insiste sur la nécessité de rétablir la croissance en Europe et d’aboutir à « une économie qui partage les richesses plus équitablement, car ce sont ces économies qui bénéficient d’une croissance durable ». Il en appelle à une réforme structurelle, qui rééquilibre « les rôles du gouvernement, de l’économie et de la société civile. Que le gouvernement joue son rôle et fasse ce que le marché ne fera pas de lui-même, en matière de recherche, d’environnement, de protection sociale […] La politique néolibérale de ces 40 dernières années a été un échec », poursuit-il, avant d’appeler à un nouveau modèle. « Capitalisme progressiste, socialisme démocratique, sociale démocratie…peu importe le nom, il faut nous engager dans une autre voix. J’espère que la politique européenne permettra de faire ce choix pour l’avenir», a-t-il lancé devant les syndicats européens.

Il est selon lui tout aussi urgent de se pencher sur les questions environnementales. « Nous devons revoir la législation pour aller vers une économie de marché verte, qui pourrait créer de nouveaux d’emplois. Appelant à un “Green New Deal“, où coïnciderait transition écologique et transition sociale, il voit là une occasion de  rendre la société actuelle plus inclusive. Nous devons, dès maintenant, mettre toutes nos forces pour une économie sociale verte».

 aballe@cfdt.fr