Inserformabanques : la CFDT fait rimer banques et insertion

Publié le 18/10/2016

Depuis 2009, une trentaine de jeunes ont bénéficié d’un dispositif d’insertion dans les métiers des banques lancé par le Syndicat CFDT des banques de la métropole lilloise. La troisième opération est en cours.

« Je pensais que la banque était un monde inaccessible. C’est ma conseillère à la Maison de l’emploi qui m’a convaincu du contraire. » Le jeune homme de 24 ans qui s’exprime ainsi a signé le 12 septembre dernier un contrat de professionnalisation avec la Caisse d’Épargne de Lille. Issu d’un quartier sensible et titulaire du seul bac professionnel de commerce – alors que les banques recrutent maintenant au moins à bac + 3 –, ses chances d’intégrer le secteur étaient plus que minces. C’était sans compter sur le dispositif Inserformabanques, une opération d’insertion dans les banques de la métropole lilloise de jeunes éloignés de l’emploi, dont l’initiative revient au Syndicat CFDT des banques de la métropole lilloise.

« Avec cette démarche, nous sommes bien dans les valeurs de la CFDT : émancipation des individus et lutte contre l’exclusion. On en est à la troisième édition, se réjouit Christian Barazutti, militant aujourd’hui retraité et l’une des deux chevilles ouvrières du projet avec Patrick Busière, le secrétaire du syndicat. Depuis 2009, une trentaine de jeunes ont trouvé un emploi dans la banque grâce à ce dispositif. » Mais avant d’en arriver là, les deux militants CFDT ont œuvré des années à convaincre de nombreux partenaires de s’investir dans ce projet. En commençant par l’interne : sections syndicales, syndicat et structures interprofessionnelles.

Un réseau de partenaires

     

De nombreux partenaires
Une multitude de partenaires se sont mis autour de la table pour parvenir à mettre en œuvre le dispositif Inserformabanques : section syndicale, syndicat, structures interprofessionnelles, mission locale, Maison de l’emploi de Lille, Pôle emploi, Centre de formation de la profession bancaire, région, département, ville, Association française des banques, Afpa, Opca.

Le rôle décisif de la CFDT
Le rôle de la CFDT a été déterminant dans ce dispositif. Elle en est l’initiatrice, a convaincu les employeurs du bien-fondé de la démarche, en assure le suivi. En aval, au sein de l’entreprise, son travail consiste à accueillir les jeunes, les accompagner et les informer sur la présence et l’utilité des organisations syndicales dans l’entreprise. Les structures CFDT parties prenantes dans cette opération souhaitent désormais essaimer ; elles aimeraient voir le dispositif Inserformabanques se décliner dans d’autres régions et d’autres secteurs.

Le pacte de responsabilité
Les banques ont touché 2,3 milliards d’euros au titre du pacte de responsabilité et de solidarité. Celui-ci prévoit trois volets dont l’un porte sur l’insertion. « Il y a sur ce volet des négociations enthousiasmantes concernant l’insertion à mener au plan local », souligne le secrétaire général de la Fédération des Banques et Assurances, Luc Mathieu.

     

L’histoire débute après les émeutes de 2005 dans les banlieues. Alors que les partenaires sociaux au niveau national prennent conscience de la nécessité de trouver des réponses constructives à ces événements, les représentants CFDT lancent un débat au conseil d’administration de l’OpcaBaia, le principal organisme collecteur des fonds de la formation professionnelle dans le secteur des banques et assurances. De leur côté, l’Union régionale interprofessionnelle du Nord-Pas-de-Calais, le Syndicat CFDT des banques de la métropole lilloise et la Maison de l’emploi de Lille engagent également une réflexion sur le sujet.

En 2007, celle-ci s’enrichit avec la participation de nouveaux acteurs : le Centre de formation de la profession bancaire (CFPB), des représentants de la région et du département, Pôle emploi, la mission locale, le comité régional des banques et l’Afpa (Association nationale pour la formation professionnelle des adultes). Rapidement, les discussions avec l’Association française des banques (AFB) conduisent les initiateurs du projet à réviser leurs ambitions initiales : afin de rester en phase avec les exigences des employeurs, ils doivent relever le niveau requis de non-bachelier à bachelier parmi la centaine de candidats à Inserformabanques déjà identifiés.

« Ceux qui n’ont pas été retenus ont tout de même bénéficié de la dynamique qui était enclenchée. Cela a permis à la moitié d’entre eux de trouver des contrats de professionnalisation dans d’autres secteurs d’activité », se souvient Christian Barazutti. « Dans une telle opération, la qualité du premier recrutement est essentielle », insiste Patrick Busière. En mai 2009, une première promotion de jeunes tout justes bacheliers, éloignés de l’emploi, signent une série de contrats de professionnalisation afin d’être formés aux métiers de chargé d’accueil et de téléconseiller.

« Le plus difficile dans l’élaboration de ce dispositif reste de convaincre les employeurs, raconte Johanna Delestré, du Syndicat CFDT des banques de la métropole lilloise. On en arrive parfois à leur expliquer que ce serait dommage de faire savoir que leur établissement est le seul sur la place de Lille à ne pas prendre de jeunes en insertion ! » Un argument qui porte souvent, bien que trois des quinze jeunes de la promotion 2016 d’Inserformabanques n’aient pas encore trouvé d’employeur.

« Il ne s’agit pas d’un recrutement au rabais, explique le patron du réseau des Caisses d’Épargne du Nord. Ces jeunes suivent le même processus que les autres, au cours duquel la qualité des CV et les motivations sont examinées au plus près. Simplement, cela entre dans notre démarche de diversification de notre recrutement. » « Ces jeunes ont des profils inhabituels pour les banques, convient Marie Ingarao, de la Maison de l’emploi de Lille, mais ils ont un dynamisme surprenant qu’ils souhaitent mettre au service des banques. »

C’est le cas de Karl, bien décidé à faire carrière dans ce secteur. En congé de reclassement après un licenciement, titulaire d’un diplôme de force de vente, repéré par Inserformabanques, il s’est vu proposer un stage d’immersion et une enquête métier « très poussée » qui l’ont convaincu de se lancer dans la banque. « La réussite de ces jeunes devrait d’ailleurs inciter les banques à s’interroger sur les niveaux de recrutement qu’elles exigent », observe Patrick Busière.

Un moteur, la détermination

Cette opération a évidemment un coût en énergie militante mais aussi financier. « À ce niveau, l’OpcaBaia a joué un rôle important en augmentant les tarifs des contrats de professionnalisation renforcés et en allongeant le nombre d’heures des préparations opérationnelles à l’emploi collectives », affirme Thierry Pierret, de la Fédération CFDT des Banques et Assurances, chargé de mission au conseil d’administration de cet Opca. « Dans le passé, nous avons même réussi à financer des costumes pour les jeunes gens et des tailleurs pour les jeunes femmes, se targue Christian Barazutti, mais il ne faut pas s’arrêter aux questions financières et techniques, que nous savons gérer aujourd’hui. » Et d’ajouter : « Nous pouvons venir en appui d’équipes syndicales qui souhaiteraient se lancer dans cette aventure. L’important, c’est la détermination. »

Luc Mathieu, secrétaire général de la Fédération des Banques et Assurances, rappelle que « les banques ont touché 2,3 milliards d’euros au titre du pacte de responsabilité et de solidarité, qui comprend un volet insertion. À nos équipes qui regrettent de n’avoir pas grand-chose à négocier au plan local parce que les grandes négociations se font au niveau national, je leur dis : il y a sur ce volet insertion des négociations enthousiasmantes à mener au plan local ».

Essaimer sur d’autres secteurs

« Notre travail d’organisation syndicale est multiple dans l’insertion, même si chacun doit rester dans son rôle, ce qui est la condition nécessaire pour que ce partenariat aboutisse, insiste Chantal Richard, secrétaire confédérale chargée du dossier insertion. Non seulement nous sommes initiateurs, et il nous revient de convaincre les employeurs du bien-fondé de cette démarche et d’en assurer le suivi, mais lorsque le projet prend forme, un autre travail commence. Nous devons accueillir les jeunes dans l’entreprise, les accompagner et leur expliquer à quoi sert une organisation syndicale. Enfin, c’est aussi notre rôle d’essaimer sur d’autres territoires et dans d’autres secteurs d’activité. »

Les militants CFDT des banques de Lille métropole rêvent de décliner l’opération Inserformabanques dans d’autres territoires ou secteurs. Et le directeur des affaires sociales de l’Association française des Banques (AFB), Philippe Gendillou, ne dit pas non à ce projet : « Nous avons demandé à l’Opca de nous faire un reporting sur ces expériences locales et nous ferons partager les résultats. Mais ce genre d’opération tient beaucoup à la qualité des personnes qui les ont mis en œuvre. » Un hommage appuyé aux équipes du Nord, prêtes à donner une nouvelle dimension à Inserformabanques.

dblain@cfdt.fr

 

     

Repères

• Le Syndicat CFDT des banques de la métropole lilloise compte 1 200 adhérents sur un périmètre géographique couvrant près de 10 000 salariés.

• L’ex-région Nord-Pas-de-Calais compte 18 000 salariés des banques. En France, plus de 370 000 salariés travaillent dans le secteur bancaire.

• La population salariée des banques de l’ex-région est moins féminisée qu’à l’échelle nationale, avec 44 % de femmes contre 51 % en moyenne – mais le nombre de techniciens y est supérieur de près de 10 points à la moyenne nationale, avec près de 70 % contre 60 %.